Mercredi 19 mars 2008
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Une pratique à l'horizon limité
Aujourd'hui la pratique sportive ou martiale repose sur le développement de nos capacités physiques et techniques. Nous apprenons à affiner nos mouvements en augmentant notre force, notre
rapidité et notre endurance. Une telle pratique ne nous offre malheureusement qu'un horizon limité et nous amène rapidement face à nos limites.
Quelle que soit la discipline, Judo, Karaté, Aïkido, Kendo, Iaïdo, Taï chi, etc… la pratique d'un débutant, celle d'un maître et celle d'un compétiteur sont fondamentalement les mêmes. Bien sûr
les gestes du maître sont les plus précis et sa technique ne présente plus de failles tandis que ceux du compétiteur sont plus dynamiques et puissants. Les gestes ont été affinés et les qualités
développées. Mais l'utilisation du corps est la même.
Et cette utilisation du corps ne permet pas au petit de battre le grand, au faible de vaincre le fort. Pour remédier à cela et permettre à chacun d'accéder à son quart d'heure de gloire les
disciplines possédant un versant sportif ont créé des catégories de poids et d'âge.
Mais quel intérêt de pratiquer une technique qui ne nous permet éventuellement que de battre nos semblables et où notre efficacité ira en s'amenuisant?
Aujourd'hui où les duels et les batailles sont rares, le développement de capacités de combat n'est évidemment pas d'un intérêt vital. Ainsi du moment que la pratique procure délassement et
distraction chacun peut être satisfait. Mais pas un bushi n'aurait mis sa vie dans les mains des voies martiales telles qu'elles sont pratiquées maintenant…
Nakadai Tatsuya dans Ran de Kurosawa Akira
La véritable pratique martiale est un outil de survie. Elle doit permettre au souple de vaincre le dur, à son pratiquant de survivre dans des situations où il est
surpassé par la force, le nombre, l'armement de ses adversaires. Il faut que le terme le plus faible d'une équation mathématique dépasse le plus fort, qu'un puisse vaincre dix.
Changer les fondements de l'utilisation du corps
Cela n'est possible qu'en changeant les fondements mêmes de l'utilisation du corps. Les hommes possèdent tous deux bras, deux jambes, une tête et un tronc. Chacun croit ainsi naturellement que
les hommes étant semblables il n'existe qu'une manière de lever le bras, de marcher ou de respirer et que l'on peut pratiquer les voies martiales en utilisant le corps de la même manière qu'un
joueur de tennis ou un sprinteur.
Les techniques martiales traditionnelles reposent sur des principes élaborés pendant des siècles par des hommes dont l'espérance de vie dépendait de leur capacité à combattre. L'instinct de
survie leur a permis de découvrir le potentiel incroyable de l'homme et de l'utilisation de son corps et de son esprit.
Des principes d'utilisation du corps totalement différents ont vu le jour et certains guerriers ont pu faire preuves d'aptitudes extraordinaires. Ces exploits ne sont pas le fait de qualités
surhumaines mais d'un travail lent, constant, et de siècles de recherche.
Kuroda Tetsuzan
De nombreux principes ont été découverts, basés parfois sur des théories opposées mais permettant également d'atteindre une efficacité vitale. Alors que certaines écoles développaient la
stabilité, la puissance et l'enracinement d'autres travaillaient la mobilité, la vitesse et la légèreté. Utilisant les muscles, les os, les tendons, les organes et l'esprit d'une manière nouvelle
et plus efficace elles ouvraient des perspectives fantastiques et donnaient un outil précieux à leurs membres.
Certaines de ces théories ont été transmises de manière ininterrompue dans certaines écoles tandis que beaucoup d'autres ont été perdues. Aujourd'hui bien sûr il peut paraître futile de chercher
et travailler ces principes. C'est oublier qu'ils permettaient bien plus que la victoire sur un adversaire. Ils permettaient de vivre mieux et plus longtemps.
Redécouverte de la richesse des pratiques traditionnelles
A la fin du 19ème siècle, au lendemain de la seconde guerre mondiale, et à la fin du 20ème siècle, le Japon est passé par plusieurs périodes de désintérêt pour ses propres voies martiales.
Aujourd'hui pourtant l'archipel redécouvre avec intérêt la richesse incroyable de ses traditions.
Des pratiquants et chercheurs d'exception tels que Kono Yoshinori, Kuroda Tetsuzan ou Hino Akira sont sollicités de toute part pour leur capacité à améliorer l'utilisation du corps dans tous les
domaines. Les magazines, émissions de télévision, livres, DVD et séminaires permettent au grand public de comprendre l'intérêt du patrimoine martial de leur pays et ses applications.
Kono Yoshinori
Les danseurs, judokas, champions de base-ball, golf ou combat libre qui viennent consulter les maîtres Kono, Kuroda ou Hino ont compris cet enjeu et chacun dans son domaine a pu voir l'efficacité
de l'utilisation du corps dans les voies martiales dans le développement de son propre potentiel. Tel sportif qui croyait sa carrière terminé en raison de son déclin physique parvient à retrouver
son meilleur niveau, tel mèdecin intègre une manière plus efficace de bouger qui lui permet de mieux manipuler et soigner ses patients, tel chorégraphe voit son univers s'élargir subitement et la
richesse de son univers se multiplier, tel jeune champion réussit enfin à atteindre les sommets… Et cela non pas en s'appuyant sur le développement de leurs capacités physiques mais en intégrant
une nouvelle utilisation de leur corps.
Hino Akira
L'utilisation actuelle habituelle nous limite et l'homme perd petit à petit le contrôle de sa propre enveloppe qui lui devient étrangère. Dans une société où nous avons de moins en moins
d'efforts physiques à fournir il est plus que jamais nécessaire de réapprivoiser notre corps et d'apprendre à l'utiliser efficacement.
Par Léo Tamaki
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Publié dans : Budo
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Bonjour, et merci pour cet article très intéressant,
Il y a néanmoins un item sur lequel j'aurais souhaité des précisions. Vous indiquez que la limite des arts "Judo, Karaté, Aïkido, Kendo, Iaïdo, Taï chi, etc…" est que l'utilisation du corps est la même pour tous les pratiquants.
Je n'ai pas bien compris en quoi pour les arts martiaux plus traditionnels que vous citer l'utilisation du corps serait différente pour tous les pratiquants. A titre d'exemple, on pourrait imaginer deux élèves de maitre Hino de niveau égal, ou deux élèves de maitre Kuroda qui s'affronteraient. Ne serions nous pas alors encore ramenés à la même équation, à savoir que ce serait à nouveau le plus fort, ou le plus rapide qui l'emporterait ?
Encore un article enrichissant ! Cela donne envie d'appronfir cette maîtrise du corps.
En lisant l'article on à vraiment l'impression que les arts martiaux permettent une sorte de méditation en mouvement (je me trompe peut être).
Ce qui incite à mieux comprendre et connaître ces pratiques et les mélanger avec d'autres.
DG si tu considère qu'un disciple de Sensei Hino puisse battre un disciple de Sensei Kuroda parce qu'il est le plus fort ou le plus rapide repose tout simplement sur le fait que le potentiel physique à seulement était mis en question.
Inverse la question: pourquoi celui-ci a t'il battu celui-là? Oui peut-être parce que son potentiel physique est supérieur mais admettons que tous les deux ont le même potentiel qui vaincra l'autre?
Celui qui aura compris que l'utilisation de son corps passera avant par son esprit et abandonnera la futilité de son avantage physique au profit de sa prise de conscience de Soi et de l'autre.
Je t'invite fortement à visionner des vidéos de ces maitres sur You Tube ou Daily Motion pour juste comprendre.
A bientôt
Je lis régulièrement la revue Dragon, mais je dois t'avouer que je zappais ta chronique...sans même en avoir lue une seule!
Dans les dernier numéro, j'ai découvert les articles sur Hino, Akuzawa qui m'ont poussé à approfondir mes recherches via le net.
Et là j'ai découvert ton blog avec tous ces articles qui (paradoxalement, aujourd'hui) m'ont touché, interpellé au plus profond, m'ont poussé à "voir" autrement...alors je voullais juste te dire: Merci! Et pourquoi pas, rdv à un de tes prochain stages
Chris
Merci pour ton message.
Dragon est un magazine avec beaucoup à lire, je suis certain que beaucoup "zappent" la chronique que j'écris. Franchement je ne leur donne pas tort :D
J'essaye de partager ce que j'apprends, observe, essaye... mais les paroles de maître sont évidemment plus riches d'enseignements.
En tout cas si quoi que ce soit à pu t'être utile je m'en réjouis ;-)
Très bonne pratique,
Léo
Cher Léo,
Selon toi, en reprenant tes termes, un bushi aurait-il mis sa vie dans les mains du Systema?
Autre question, l'aïkido, qui ne nécessite pas de force particulière, ne nous offre-t-il pas un horizon plus clair que le judo ou le karaté?
Merci de ta réponse.
Cher Molad,
Malheureusement je ne peux que spéculer... Le Systéma en tout cas me semble apporter une réponse adaptée aux situations que sont amenés à rencontrer les forces spéciales d'aujourd'hui. Sa pratique est pensée et étudiée pour des cas précis et il est difficile de dire si il serait adapté au contexte des bushis.
Concernant ce que propose l'Aïkido, le Judo ou le Karaté il s'agit d'un débat auquel on ne peut pas non plus apporter de réponse tranchée. L'important à mon sens est de choisir ce qui convient à nos aspirations, notre caractère, notre physique. Chacun d'entre nous est unique et c'est pourquoi il est bon et logique qu'il existe diverses voies martiales.
A titre personnel mon choix s'est porté sur l'Aïkido ;-)
Merci pour la lecture,
Léo