Shodo Depuis près d'un siècle les arts martiaux ont connu un développement considérable dans le monde entier. Kung-fu, Taekwondo et autres sont aujourd'hui pratiqués dans la majorité des grandes agglomérations. Parmi ces disciplines, Judo, Karaté et Aïkido sont les plus répandues grâce aux stratégies volontaristes de leurs écoles dans les années 50 telles que l'envoi d'experts à l'étranger. Nous savons maintenant quel a été l'impact de ces maîtres aux quatre coins du monde, mais quel impact a eu l'exil sur leur art et leur développement personnel?
Le Jujutsu et à sa suite le Judo ont été pratiqués hors du Japon dès la fin du 19ème siècle de manière anecdotique. C'est au début du 20ème siècle que le Judo commença réellement à se répandre dans le monde. Ayant été le premier des trois disciplines majeures à être systématisé il sera à peu près le seul à être pratiqué à l'étranger jusqu'aux années 50.
Mikinosuke Kawaishi Au début des années 50 le Karaté et l'Aïkido disposent alors eux aussi d'un groupe solidement établi au Japon. Dès qu'ils furent autorisés à quitter l'archipel des experts de Judo retournérent aux quatre coins du monde, rapidement suivis par les premiers experts d'Aïkido et de Karaté.
La plupart de ces maîtres aujourd'hui mondialement connus ont été envoyés par leurs organisations afin de développer leur discipline à l'étranger. Ils étaient passés par des entraînements extrèmement intenses et partaient pleins de vigueur et d'enthousiasme. Leur liste est longue mais citons parmi tant d'autres Mikinosuke Kawaishi, Shozo Awazu et Ishiro Abe en Judo, Hirokazu Kanazawa, Taiji Kase et Hidetaka Nishiyama en Karaté, et Koichi Tohei, Nobuyoshi Tamura et Yoshimitsu Yamada en Aïkido.
Porteurs des espoirs de leurs organisations, ces jeunes senseïs entreprirent de diffuser leur pratique. Parlant souvent peu ou pas du tout la langue du pays où ils s'installèrent, ils rencontrèrent souvent de grandes difficultés. Mais le développement actuel de leurs disciplines montre qu'ils les surmontèrent admirablement.
Hirokazu Kanazawa Et si aujourd'hui les disciplines comme le Taekwondo ou le Kung-fu connaissent aussi un rapide développement c'est en adoptant souvent la même politique volontariste que leurs prédecesseurs japonais à l'étranger.
Mais les maîtres que sont devenus les jeunes senseïs de l'époque héroïque sont-ils différents de leurs collègues restés au Japon? En quoi leur exil les a-t-il marqués, et en quoi cela a-t-il eu un impact sur leur pratique…
S'il est bien évident que l'enseignement des arts martiaux n'est jamais une tâche aisée, il est clair que le fait d'être chez soi facilite les choses. Les jeunes professeurs restés au Japon qui faisaient partie des grandes organisations qui avaient envoyé des experts à l'étranger furent placés à la tête de dojos, de sections universitaires ou d'entreprises. De plus le systême japonais sempaï/kohaï impliquant le respect envers les aînés ils furent en général à l'abri de l'agressivité des jeunes même si cela n'empêchait pas les entraînements "physiques".
Nobuyoshi Tamura Les senseïs partis à l'étranger se retrouvèrent eux dans une situation totalement différente. Arrivant dans des pays qu'ils ne connaissaient pas ils se retrouvèrent confrontés à des cultures différentes. Considérant le prix des transports à cette époque ils ne pouvaient rentrer dans leur pays durant de nombreuses années et ne pouvaient encore moins accéder à leur nourriture habituelle. Si l'on ajoute la barrière de la langue et l'image négative des japonais dans le monde après la seconde guerre mondiale on arrive à un tableau assez proche de l'environnement dans lequel ils ont vécu.
Ajoutons à cela que les élèves de cette époque ne pratiquaient pas les arts martiaux comme des loisirs mais beaucoup plus intensément, voire brutalement qu'aujourd'hui. Et ils "testaient" souvent les nouveaux venus. Ceux qui avaient une expérience venaient de la boxe ou de la lutte. Si l'on considère en plus que leur gabarit étaient nettement supérieur à celui de la plupart des senseïs on a à peu près une image claire des obstacles que ces derniers rencontrèrent.
Mais toutes ces difficultés furent sans doute des chances. Elles permirent à ces "missionaires" d'affiner leur art, les obligèrent à se confronter à la réalité. En ce sens elles ont sans doute été un moteur dont n'ont pu profiter leurs condisciples restés au Japon dans un pays qui n'aspirait alors plus qu'à la paix.
Les senseïs expatriés ont vécu comme les célèbres adeptes du passé une sorte de musha shugyo, ce voyage initiatique qu'entreprenaient les guerriers désireux de se perfectionner au cours duquel ils allaient de dojos en dojos, défiant les adeptes qu'ils rencontraient afin de forger leur art.
Aujourd'hui certains de ces jeunes senseïs ont disparu mais les autres sont au sommet de leur discipline et ont des milliers d'élèves. Ils ont eu le courage et la chance de donner vie aux rêves des fondateurs de leurs voies. Ils ont affiné leur art à un niveau qu'ils n'auraient sans doute pas atteint s'ils n'avaient rencontré autant de difficultés…
Grand ami de Maître Awazu, ce dernier est venu en novembre 2006 à Bordeaux rendre Hommage pour les 50 ans de l'école personnelle de Maître Michigami, Ecole de Judo Michigami.
Lisant vos articles assidument, ce n'était pas la peine de faire de long voyage pour rencontrer un Maître de Budo, il était là à Bordeaux oublié par les grandes instances qu'il a éduquées et dirigées, initiateur de la triptique "shin, gin, taï "
A sa mort en 2004 il a eu des funérères Nationiaux au Japon dans un temple Shinto.
Son école exixte toujours à Bordeaux et vous serait le bienvenu.
Je n'ai pratiqué le Judo que dans mon enfance et connaît donc peu la discipline et ses maîtres. J'avais toutefois connaissance de maître Michigami mais je n'ai cité que quelques maîtres à titre d'exemple.
Je suis toutefois surpris par deux de vos affirmations (sans que cela enlève la moindre valeur à la pratique de Michigami senseï). Je ne pense pas qu'il ait eu des funérailles nationales car celles-ci sont normalement réservées à des hommes d'état et des géants tels que Kano Jigoro ou Ueshiba Moriheï qui furent ses maîtres n'en eurent pas.
D'autres part "shin gi taï" est un principe commun aux Budo qui est bien antérieur à Michigami senseï.
Bonne pratique,
Tamaki Léo
Depuis lontemps je suis votre journal, car je suis passionné par les Arts Martiaux Traditionnels, et vous comblez cette passion par votre expérience et vos voyages.
Je ne voudrais pas me répéter mais je vous invite à consulter la biographie de Maître Michigami sur le net.
Pour les 2 affirmations, je vous les enverrai quand j'aurai reussi à scannériser un article de la provenance de Mr JL jazarin ( shin, gin, tai) , et de la FFJDA pour les funérailles nationales dans un Temple SHINTO du Japon.
En espérant que nous resterons en correspondance, cordialement, Daniel GOMEZ.