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Dimanche 26 août 2007 7 26 /08 /2007 23:05
Titre:              Ran

Réalisateur: Kurosawa Akira

Acteurs:       Nakadai Tatsuya, Terao Akira
 
Durée:           2h40
 
Année:          1985
 
Un tournage sur les pentes du Mont Fuji


Ran est une des dernières œuvres de Kurosawa, et son dernier jidaï geki, film d'époque. Librement inspiré du Roi Lear de Shakespeare et de l'histoire de Mori Motonari, Ran est une fresque grandiose pleine de bruit et de fureur.

 
Une époque cruelle à l'étiquette raffinée

Epoque féodale au Japon, un vieux seigneur, Ichimonji Hidetora, partage ses terres entre ses trois fils. Alors que les deux plus âgés se confondent en témoignages d'affection, le cadet prédit le chaos…

 
Entre No et cinéma

Ran est une œuvre magnifique. Elle ravira tous les amateurs de Kurosawa, jidaï geki, Shakespeare et tout simplement de cinéma. Il faut toutefois noter qu'il ne s'agit pas d'un chambara où les morceaux de bravoures se succèdent dans de spectaculaires duels. Les amateurs de combat purs et durs feront donc mieux de se tourner vers d'autres œuvres de Kurosawa telles que Sanjuro ou le Garde du corps qui seront plus à même de les satisfaire.

 
Au centre Ichimonji Hidetora joué par Nakadai Tatsuya

Le Japon connu la plus longue ère de paix de l'histoire de l'humanité. On oublie pourtant que l'archipel fut le théâtre de combats acharnés. L'esprit de loyauté que les Tokugawa essayèrent de rendre indissociable de l'esprit japonais à leur profit n'avait alors aucunement la faveur des guerriers de l'époque…

Si l'intrigue de Ran ne repose pas sur un fait historique précis mais s'inspire du Roi Lear, sa vraisemblance est plus qu'évidente. Kurosawa s'est aussi inspiré du célèbre Mori Motonari (1497 – 1571) qui réunifia les provinces du sud du Japon. Motonari qui eut une descendance heureuse, à l'inverse de Hidetaro, est aussi à l'origine de la métaphore des trois flèches qui est aussi transformée par Kurosawa dans son intrigue.

Il est dit que Mori en présence de trois de ses fils leur donna à chacun une flèche en leur demandant de la briser, ce qu'ils réussirent tous. Il leur donna alors à chacun trois flèches en faisceau qu'il leur demanda de briser. Aucun n'y parvint et il leur démontra ainsi la force de l'union.

 
Une mise en scène d'une virtuosité extraordinaire dans le découpage des plans

Kurosawa a 75 ans en 82 lorsqu'il débute le tournage de Ran, le même âge que son personnage principal. Ce fil lui aura demandé un travail considérable au point qu'il déclarera même que le magnifique Kagemusha lui servit surtout de répétition et lui permit de travailler sur les costumes!

Ran nécessita dix ans de préparation pendant lesquels Kurosawa peint notamment l'ensemble du storyboard! Il fallut deux ans pour la seule création des costumes, tous cousus à la main. Les décors furent construits en grandeur nature sur les pentes du mont Fuji et le tournage dura huit mois.

Le tournage fut par ailleurs marqué par des tragédies personnelles qui touchèrent Kurosawa. Tout d'abord sa vue qui baissa très gravement peu avant le début des prises de vues. Sa femme ensuite qui décéda durant le tournage.

 
Ran, le tumulte, le chaos!

Ran est un film paradoxal. Paradoxal parce qu'il oscille en permanence entre le réalisme et la métaphore, le jeu naturel et celui issu du théâtre de No. Un sentiment créé par le jeu des acteurs mais aussi par la mise en scène du film. A l'exception d'une scène Ran est notamment tourné uniquement en plan large. Les visages de certains personnages principaux sont d'ailleurs maquillés au point qu'ils ressemblent à des masques, notamment ceux de Hidetaro et de dame Kaede.

 
Des décors grandeur nature

Le jeu de Nakadai Tatsuya est époustouflant. Sa performance physique est époustouflante et ce travail magistral est peut-être uniquement limité par une voix trop puissante pour un vieillard de 70 ans.

 
Une tragédie universelle

Cette fresque épique et grandiose montre si besoin est que le cœur des hommes est le même en Orient ou en Occident, et que le vernis culturel cache les mêmes instincts primaires et les mêmes pulsions bestiales. L'œuvre de Shakespeare résonne dans celle de Kurosawa et elles trouvent un écho en chacun de nous…

Une poésie plastique incroyable




Par Léo Tamaki - Publié dans : Cinéma
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