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Mercredi 16 août 2006 3 16 /08 /2006 05:41

    Depuis près d'un siècle les arts martiaux ont connu un développement considérable dans le monde entier. Kung-fu, Taekwondo et autres sont aujourd'hui pratiqués dans la majorité des grandes agglomérations. Parmi ces disciplines, Judo, Karaté et Aïkido sont les plus répandues grâce aux stratégies volontaristes de leurs écoles dans les années 50 telles que l'envoi d'experts à l'étranger. Nous savons maintenant quel a été l'impact de ces maîtres aux quatre coins du monde, mais quel impact a eu l'exil sur leur art et leur développement personnel?

    Le Jujutsu et à sa suite le Judo ont été pratiqués hors du Japon dès la fin du 19ème siècle de manière anecdotique. C'est au début du 20ème siècle que le Judo commença réellement à se répandre dans le monde. Ayant été le premier des trois disciplines majeures à être systématisé il sera à peu près le seul à être pratiqué à l'étranger jusqu'aux années 50.


Mikinosuke Kawaishi

    Au début des années 50 le Karaté et l'Aïkido disposent alors eux aussi d'un groupe solidement établi au Japon. Dès qu'ils furent autorisés à quitter l'archipel des experts de Judo retournérent aux quatre coins du monde, rapidement suivis par les premiers experts d'Aïkido et de Karaté.

    La plupart de ces maîtres aujourd'hui mondialement connus ont été envoyés par leurs organisations afin de développer leur discipline à l'étranger. Ils étaient passés par des entraînements extrèmement intenses et partaient pleins de vigueur et d'enthousiasme. Leur liste est longue mais citons parmi tant d'autres Mikinosuke Kawaishi, Shozo Awazu et Ishiro Abe en Judo, Hirokazu Kanazawa, Taiji Kase et Hidetaka Nishiyama en Karaté, et Koichi Tohei, Nobuyoshi Tamura et Yoshimitsu Yamada en Aïkido.

    Porteurs des espoirs de leurs organisations, ces jeunes senseïs entreprirent de diffuser leur pratique. Parlant souvent peu ou pas du tout la langue du pays où ils s'installèrent, ils rencontrèrent souvent de grandes difficultés. Mais le développement actuel de leurs disciplines montre qu'ils les surmontèrent admirablement.


Hirokazu Kanazawa

    Et si aujourd'hui les disciplines comme le Taekwondo ou le Kung-fu connaissent aussi un rapide développement c'est en adoptant souvent la même politique volontariste que leurs prédecesseurs japonais à l'étranger.

    Mais les maîtres que sont devenus les jeunes senseïs de l'époque héroïque sont-ils différents de leurs collègues restés au Japon? En quoi leur exil les a-t-il marqués, et en quoi cela a-t-il eu un impact sur leur pratique…

    S'il est bien évident que l'enseignement des arts martiaux n'est jamais une tâche aisée, il est clair que le fait d'être chez soi facilite les choses. Les jeunes professeurs restés au Japon qui faisaient partie des grandes organisations qui avaient envoyé des experts à l'étranger furent placés à la tête de dojos, de sections universitaires ou d'entreprises. De plus le systême japonais sempaï/kohaï impliquant le respect envers les aînés ils furent en général à l'abri de l'agressivité des jeunes même si cela n'empêchait pas les entraînements "physiques".


Nobuyoshi Tamura

    Les senseïs partis à l'étranger se retrouvèrent eux dans une situation totalement différente. Arrivant dans des pays qu'ils ne connaissaient pas ils se retrouvèrent confrontés à des cultures différentes. Considérant le prix des transports à cette époque ils ne pouvaient rentrer dans leur pays durant de nombreuses années et ne pouvaient encore moins accéder à leur nourriture habituelle. Si l'on ajoute la barrière de la langue et l'image négative des japonais dans le monde après la seconde guerre mondiale on arrive à un tableau assez proche de l'environnement dans lequel ils ont vécu.

    Ajoutons à cela que les élèves de cette époque ne pratiquaient pas les arts martiaux comme des loisirs mais beaucoup plus intensément, voire brutalement qu'aujourd'hui. Et ils "testaient" souvent les nouveaux venus. Ceux qui avaient une expérience venaient de la boxe ou de la lutte. Si l'on considère en plus que leur gabarit étaient nettement supérieur à celui de la plupart des senseïs on a à peu près une image claire des obstacles que ces derniers rencontrèrent.

    Mais toutes ces difficultés furent sans doute des chances. Elles permirent à ces "missionaires" d'affiner leur art, les obligèrent à se confronter à la réalité. En ce sens elles ont sans doute été un moteur dont n'ont pu profiter leurs condisciples restés au Japon dans un pays qui n'aspirait alors plus qu'à la paix.

    Les senseïs expatriés ont vécu comme les célèbres adeptes du passé une sorte de musha shugyo, ce voyage initiatique qu'entreprenaient les guerriers désireux de se perfectionner au cours duquel ils allaient de dojos en dojos, défiant les adeptes qu'ils rencontraient afin de forger leur art.

    Aujourd'hui certains de ces jeunes senseïs ont disparu mais les autres sont au sommet de leur discipline et ont des milliers d'élèves. Ils ont eu le courage et la chance de donner vie aux rêves des fondateurs de leurs voies. Ils ont affiné leur art à un niveau qu'ils n'auraient sans doute pas atteint s'ils n'avaient rencontré autant de difficultés…


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Mardi 22 août 2006 2 22 /08 /2006 16:07

    Les voies martiales sont issues de traditions plusieurs fois séculaires. Intimement liées à la vie de leurs pratiquants elles ont évolué au gré de l’histoire, passant du statut de méthodes de destruction à celui de voies de réalisation. Et leurs techniques ont évoluées en même temps que leur but. Mais le plus grand changement est sans aucun doute l'état d'esprit dans lequel elles étaient pratiquées...

    Il est clair qu'à une époque où le seul garant de votre vie était votre habileté martiale, l'intensité des entraînements ne faisait aucun doute. Mais aujourd'hui où le risque d'une confrontation physique mortelle s'amenuise, les voies martiales sont de plus en plus considérées comme des loisirs. Les pratiquants viennent au dojo pour suer un peu, socialiser et se changer les idées. Et il n'y a rien de critiquable à cela. Du moment que cela est fait en connaissance de cause… Car il serait faux et même dangereux de croire que l'on peut atteindre autre chose qu'une efficacité toute relative, sans parler d'arriver à un éveil ou autre illumination en s'entraînant de cette manière.


Irimi nage


    Si l'on veut donner un sens à la pratique il est important de sortir de la "zone de confort". Etre dans la zone de confort ne signifie pas que l'on ne se fatigue pas, que l'on ne sue pas. Etre dans la zone de confort signifie que l'on ne dépasse pas ses limites, que l'on s'écoute et que l'on reste dans l'ombre d'une pratique tiède, sans risques, sans véritables difficultés et surtout sans grand intérêt...

    Le facteur physique peut sembler le plus évident mais il est loin d’être le plus important. Celui qui vient et recherche uniquement à dépasser ses limites physiques sort de la zone de confort du corps mais pas de celle de l'esprit.

    Sortir de la zone de confort demande un investissement personnel important et un effort constant. Physiquement cela implique de ne pas s'écouter lorsque la fatigue ou la douleur surviennent.

    Qui n'a jamais ressenti de fatigue si intense qu'elle vous donne la nausée? Qui n'a jamais été blessé ou ressenti une douleur lors d'un entraînement? Cela est presque inévitable dans la pratique des arts martiaux, à plus forte raison si elle est intense. Mais hormis une blessure grave il est généralement possible de surmonter la douleur et de finir l'entraînement. Il ne s'agit pas de continuer à pratiquer en aggravant une blessure mais d'arriver à trouver une manière de finir l'entraînement malgré elle.

    L'idée n'est pas de souffrir pour souffrir, simplement d'arriver à en faire abstraction si nécessaire lorsque la situation se présente. C'est une force d'esprit qui sera utile en de nombreux cas.

    Nous ne sommes plus sur des champs de bataille et il peut paraître archaïque de vouloir pratiquer ainsi. Mais il est utopique de croire que l'on peut retirer les mêmes bénéfices de la pratique que nos prédécesseurs si nos efforts ne sont pas à la hauteur des leurs.


Mae geri


    Il existe bien sûr de nombreuses autres voies, non moins efficaces sans doute qui mènent à la réalisation avec un investissement différent. Mais si l'on espère se réaliser à travers la pratique des voies martiales il faut avoir le courage de se dépasser comme l'ont fait les grands adeptes du passé.

    Sortir de la zone de confort c'est produire un effort continu. Cela veut dire aussi que la pratique ne tient pas compte de l'environnement extérieur. N'allez pas au dojo que s'il est proche de chez vous, qu'il est spacieux, agréable et qu'il fait beau!

    Les premiers pratiquants en France s'entraînaient sur de la sciure de bois recouverte d'une bâche. Et c'est encore le cas dans de nombreux pays pauvres tel Cuba. Les dojos traditionnels japonais étaient et sont encore généralement petits. Le premier dojo de maître Ueshiba à Tokyo faisait huit tatamis, moins de seize mètres carrés. Pratiquer sur des surface dures ou irrégulières et dans un espace restreint oblige à développer une attention globale, ce qui est une capacité martiale par excellence.

    Sortir de la zone de confort, ou plutôt peut-être "zone d'habitude", c'est chercher à aller toujours plus loin dans sa pratique physique mais aussi technique et spirituelle. Se remettre en question, chercher à aller au-delà des apparences.

    L’intensité ne se traduit pas uniquement par de plus grands efforts physiques mais aussi par l’attention, la posture, l’assiduité et le sérieux dans la pratique.

    De nombreux pratiquants réguliers restent enfermés dans l’image qu’ils ont de la pratique. Après avoir atteint un niveau d’habileté relatif ils cessent d’absorber ce qu’offrent les enseignants. Au dojo ou en stage ils reproduisent sans cesse leurs techniques de la même manière, regardant sans voir, installés dans leur "zone de confort" mentale.

Jo nage


    Mais jusqu'où aller? C'est évidemment une question d'appréciation personnelle mais le minimum est d'effectuer les exercices que vous demande votre enseignant car un bon professeur a généralement mieux conscience que vous de vos capacités.

    Ce n’est qu’ainsi, en augmentant graduellement mais continuellement l’intensité de ses efforts, cherchant entraînements après entraînements à aller au-delà des apparences sous la direction de son enseignant que l’on peut retirer les plus grands bénéfices de la pratique d’une Voie martiale…


 

Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Vendredi 8 septembre 2006 5 08 /09 /2006 15:22

    Aujourd’hui les arts martiaux et sports de combats sont pratiqués à travers le monde. Mais que différencie ces pratiques aux noms exotiques ?

    Les arts de combats sont souvent classés selon le type de technique dominant dans la discipline, les projections pour le Judo, les coups frappés pour le Karaté, etc… Mais cela est surtout valable pour les arts modernes qui se sont spécialisés, les disciplines anciennes ayant généralement eu un éventail technique beaucoup plus large. La différence essentielle tient au but de ces pratiques. Je prendrai ici l’exemple des pratiques martiales japonaises dont les différences sont assez explicites. Je simplifierai en divisant ces disciplines en trois catégories, les Bujutsu, les Budo et les Kakutogi.

    Historiquement les premiers à avoir fait leur apparition sont les Bujutsu. La traduction littérale de Bujutsu est « technique martiale ». Les Bujutsu recouvrent l’ensemble des anciens ryu japonais, les écoles martiales traditionnelles. La création des principaux ryu s’étale sur plusieurs siècles et certains remonteraient aussi loin que le 6ème siècle. Les ryu possédant les plus anciennes traces écrites de leur existence remontent déja au 15ème siècle.


Iaijutsu

    Les Bujutsu furent donc systématisés à des époques où les combats à mort étaient soit fréquents soit possibles. Ils ont eu pour but primordial l’efficacité en combat de survie, que ce soit sur un champ de bataille, dans une embuscade ou lors d’un duel. De fait leurs techniques sont centrées sur une efficacité impitoyable car la vie de leurs adeptes en dépendaient. Les Bujutsu devaient permettre à leurs pratiquants de survivre à une confrontation même en infériorité numérique, blessés et désarmés.

    Les Budo sont apparues entre la fin du 19ème siècle et le milieu du 20ème. Ils sont souvent les descendants directs des Bujutsu, le Jujutsu ayant donné naissance au Judo, le Kenjutsu au Kendo, le Iaijutsu au Iaido, etc… La tradition littérale de Budo est « voie martiale ». Leur but est l’éducation du corps et de l’esprit à travers des techniques martiales. Le but fondamental n’étant plus le combat de survie de nombreuses techniques disparurent ou furent modifiées.

Karatedo


    Les Kakutogi sont apparus à partir du milieu du 20ème siècle. Leur traduction littérale est « technique de combat ». Ils s’agit de tous les « sports » de combat. Au Japon ce terme recouvre surtout ce qu’on appelle en occident le MMA (mixed martial arts, disciplines enseignant des techniques de frappes, projections et immobilisations dans l’objectif d’une confrontation sur ring). Les techniques de Kakutogi sont destinées à des combattants se mesurant dans un cadre très précis. Combattant un contre un sur une surface limitée dans un lieu, un jour et pendant un temps déterminés les pratiquants de ces disciplines cherchent à vaincre leur adversaire sans lui infliger de blessures graves. Les techniques les plus dangereuses pour l’intégrité de leurs adversaire sont donc bannies.

Freefight


    Les trois principales catégories définies il n’est toutefois pas toujours évident de déterminer le groupe auquel appartient une discipline. Les ryus traditionnels ont généralement conservé intactes les techniques destructrices des samouraïs mais leur pratique vise à présent généralement la formation de l’homme en tant qu’être humain à travers notamment la concentration et la précision nécessaires à la pratique plus qu’à former des machines de guerre.
    Les Budo comme le Judo, le Karaté et parfois même le Kendo ont de plus en plus tendance à mettre l’accent sur la compétition en reléguant l’éducation au second plan et se confondent souvent avec les Kakutogi comme la présence de nombreux champions de Judo dans les compétitions de type Pride (plus grande compétition de combat libre au monde se déroulant au Japon) l’atteste.
    Les Kakutogi  quand à eux ont une situation plus claire bien que certains développent une pratique pour les non-compétiteurs qui s’inspire des Budo traditionnels.

    Ces classifications sont bien sûr très sommaires et Donn Draeger entre autre écrivit énormément sur ce thème. Elles peuvent toutefois apporter un éclairage sur les différentes pratiques du paysage martial actuel.

 


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Samedi 28 avril 2007 6 28 /04 /2007 20:56

Kuroda Tetsuzan est un des maîtres d’arts martiaux les plus connus du Japon. En 1970 il devient à vingt ans le plus jeune pratiquant de l’histoire à recevoir le titre de Hanshi Hachidan (8ème dan) de Kobudo du Daï Nippon Butokukaï. Auteur de nombreux livres et vidéos il fait régulièrement la une des magazines spécialisés et écrit une chronique mensuelle dans la revue la plus réputée et diffusée sur les arts martiaux traditionnels au Japon, Hiden Budo Bujutsu. Découvrons son école, le Shinbukan.

 

Kuroda Tetsuzan pratiquant le iaïjutsu
 

Fondation du Shinbukan Kuroda Dojo

Les Kuroda étaient une famille de samouraïs du han (province) de Toyama au service du clan Maeda. Au 19ème siècle Kuroda Yaheï Masayoshi étudia sous la direction de Genzo Noguchi et reçut l’enseignement de cinq écoles martiales, le Shishin Takuma-ryu Jujutsu, le Komagawa Kaïshin-ryu Kenjutsu, le Tamiya-ryu Iaïjutsu, le Tsubaki Kotengu-ryu Bojutsu et le Seigyoku Oguri-ryu Sakkatsujutsu. Pratiquant passionné et extrèmement doué, il fut choisi comme successeur par son maître et fonda le Kuroda Dojo en 1848. En 1884 son école fut honorée par Maeda Toshiatsu, l’ancien chef du clan du han de Toyama, et devint dès lors connue sous le nom de Shinbukan Kuroda Dojo.

Kuroda Hiroshi Masakuni succéda à son père, Yaheï. Il eut deux fils, Masayoshi et Yasuji. Masayoshi, l’aîné s’entraîna jusqu’à ce qu’il fut temps pour lui de passer un ultime test, affronter une attaque de son père armé d’une véritable lance en n’ayant pour se défendre qu’une simple serviette. Il échoua malgré ses talents en Kenjutsu pourtant exceptionnels. A l’âge de 18 ans il avait fait face à un maître renommé de Kendo de niveau Kyoshi dans un match au Butokuden et l’avait battu.

 
Kuroda Yasuji

Yasuji, aussi connu sous le nom de Tesshinsaï était le second fils de Kuroda Hiroshi. Il fut un budoka extraordinaire. Né en 1897 il reçut ses mokuroku en Jujutsu et Kenjutsu à l’âge de 15 ans, et ses menkyo en Bojutsu, Sakkatsu jutsu et Jujutsu à l’âge de 18 ans. Lorsqu’il fut temps pour lui de subir le test ultime il dut faire face à mains nues à une attaque de son père armé d’un véritable sabre. Il réussit le test et devint Soke du Shinbukan Kuroda Dojo. A l’âge de vingt ans il déménagea à Omiya dans la préfecture de Saïtama et fonda le Omiya Kuroda Dojo.


Kuroda Yasuji pratiquant le jujutsu



Après la seconde guerre mondiale, durant l’occupation américaine, il était interdit de pratiquer et enseigner les Bujutsu et les Budo. Yasuji Kuroda considérant que les bénéfices de l’étude des Voies martiales ne devaient pas se perdre continua pourtant à enseigner les Shinbukan Kuroda Ryugi en défiant ouvertement le Gouvernement d’occupation. La levée de l’interdiction qu’il obtint pour son Dojo et ceux de Saïtama devait finalement s’étendre à tout le Japon. Son fils, Kuroda Shigeki lui succéda en tant que Soke lorsqu’il fut âgé.

 

Kuroda Yasuji pratiquant le kenjutsu


Kuroda Tetsuzan

Kuroda Tetsuzan est né en 1950. Il fut entraîné dès son plus jeune âge par son père et son grand-père. A l’âge de 20 ans il reçut le titre de Hanshi Hachidan (8ème dan) de Kobudo du Daï Nippon Butokukaï. Il est la plus jeune personne a avoir jamais reçu ce titre et est alors le sujet de nombreux articles de journaux à travers le Japon. A la mort de Yasuji il devient le 15ème et actuel Soke du Shinbukan Kuroda Dojo. Il est réputé pour ses mouvements « invisibles » et de « disparition » et une rapidité légendaire.

 

Kuroda Tetsuzan pratiquant le kenjutsu


L’enseignement au sein du Shinbukan Kuroda Dojo

Le Shinbukan Kuroda Dojo était célèbre pour sa capacité à entraîner les samouraïs jusqu’aux plus hauts niveaux d’habileté et le niveau exigé des étudiants était très élevé. Un nouvel élève ne pratiquait que le suburi de base de l’école pendant une durée de trois ans. A la fin de cette période si il était capable de l’exécuter correctement il était admis au sein du Dojo.

A l’origine les élèves apprenaient d’abord le Kenjutsu et le Jujutsu. Ensuite, si ils étaient bons dans ces arts ils recevaient l’enseignement du Bojutsu. Finalement seuls les étudiants extrèmement doués dans ces trois traditions recevaient l’enseignement de l’art du Iaïjutsu. Aujourd’hui encore les élèves passent environ six mois à pratiquer le suburi de base.

Comme dans tout Bugeï (méthode de combat) samouraï, le Jujutsu est totalement lié au Kenjutsu. Le Shishin Takuma-ryu Jujutsu est un style extrèmement souple que de nombreuses personnes considèrent comme des techniques utilisant le principe de l’Aïki de manière extrèmement sophistiquée. Pourtant Kuroda senseï n’utilise pas ce terme. Il explique que lorsque cette expression commença à se populariser son grand-père Yasuji déclara que tout système de Jujutsu devait être aussi subtil et qu’il n’y avait donc pas de raisons de le spécifier.

Aujourd’hui Kuroda senseï enseigne d’abord le Jujutsu et le Kenjutsu, puis le Iaïjutsu et enfin le Bojutsu.

 
Les écoles du Shinbukan Kuroda Dojo

Aujourd’hui le programme d’études du Shimbukan Kuroda Dojo consiste en quatre écoles :

            -Shishin Takuma-ryu Jujutsu

            -Komagawa Kaïshin-ryu Kenjutsu

            -Tamiya-ryu Iaïjutsu

            -Tsubaki Kotengu-ryu Bojutsu

Le cinquième ryu, Seigyoku Oguri-ryu Sakkatsujutsu n’est plus enseigné distinctement.

 
Shishin Takuma-ryu Jujutsu

Le Shishin Takuma-ryu est une très ancienne école de Jujutsu dont les origines remontent au 10ème siècle. Ses trois premiers Soke furent des moines bouddhistes. C’est à l’époque du quatrième Soke, un samouraï, que ce Jujutsu se développa dans la classe guerrière.

Le Shishin Takuma-ryu est un système de Jujutsu classique enseigné à travers des katas à deux. Sa pratique est extrèmement souple et n’utilise aucune puissance physique.

 
Komagawa Kaïshin-ryu Kenjutsu

Le Komagawa Kaïshin-ryu Kenjutsu a été créé au 16ème siècle par Komagawa Tarouzaemon Kuniyoshi, élève de Kamiizumi Ise no Kami, fondateur du Shinkage-ryu.

Selon la légende Kamiizumi aurait refusé de décerner le menkyo kaiden à Komagawa malgré son excellence en Shinkage-ryu. Ce dernier partit alors et apprit aisément dix autres styles de kenjutsu avant de retourner voir Kamiizumi afin de lui montrer ses progrès. Mais Kamiizumi refusait toujours de lui décerner le menkyo kaiden du Shinkage-ryu…

Komagawa repartit donc. Un jour alors qu’il s’entraînait en forêt il fut attaqué par une meute de loups. En se défendant il réalisa qu’il était naturellement gaucher et que ses positions et mouvements en combat étaient éloignées des attentes de Kamiizumi. Il retourna le voir après cet incident et lui démontra les formes correctes. C’est alors qu’il reçut le menkyo kaiden du Shinkage-ryu et commença à enseigner le Kenjutsu.

Le premier kata enseigné dans ce style est nommé Yodare sukashi. Son nom signifie « essuyer la bave » et fait référence au combat que Komagawa livra contre la meute de loups lorsqu’il leur trancha la gorge de son sabre…

Le Komagawa Kaïshin-ryu enseigne l’utilisation des armes suivantes à travers la pratique de katas à deux :

            -Tachi : le sabre long

            -Kodachi : le sabre court

            -Jutte : un bâton court muni d’un crochet permettant de nombreuses techniques de             désarmement

            -Naginata : le fauchard, un long bâton muni d’une lame courbe

            -Ryoto : l’utilisation simultanée de deux sabres

 
Tamiya-ryu Iaïjutsu

Le Tamiya-ryu Iaïjutsu a été créé au 17ème siècle par Tamiya Gon’emon Muneshige. Son origine remonte à Hayashizaki Jinsuke, créateur du Iaïjutsu. Cette école diffère du Tamiya-ryu homonyme répandu en France.

L’enseignement comporte actuellement environ 70 techniques en position assise et debout.

 
Tsubaki Kotengu-ryu Bojutsu

Le Tsubaki Kotengu-ryu Bojutsu a été créé à la fin du 16ème siècle par Tsubaki Kotengu. Tsubaki Kotengu étant un pseudonyme, personne ne connaît la véritable identité de son fondateur…

Le Tsubaki Kotengu-ryu enseigne l’utilisation du bo ou jo contre le sabre.

 

Kuroda Yasuji pratiquant le iaïjutsu


Un système traditionnel

Je suis entré au Shinbukan pendant l’été 2004. J’avais lu plusieurs années auparavant quelques articles sur un maître appelé Kuroda Tetsuzan qui avaient éveillés mon attention et je décidai cet été là de le rencontrer.

Je réussis à prendre contact avec lui et après les présentations formelles, la première chose qu’il me demanda était de prendre connaissance des règles de son école, leur entière acceptation étant nécessaire avant même qu’il considère mon inscription. Je découvrais le fonctionnement d’un koryu dont je n’avais connaissance jusqu’alors que par mes lectures.

Les règles étaient simples et claires, insistant sur une conduite et une attitude correcte, mais surtout sur l’interdiction de pratiquer avec des personnes ne faisant pas partie de l’école, enseigner ou effectuer des démonstrations. Bien qu’alors je ne compris pas totalement le sens de ces règles à une époque où l’information circule aussi facilement, je décidais de les respecter totalement et Kuroda senseï m’accepta comme élève.

Aujourd’hui je comprends le sens et la nécessité d’un tel engagement. Il est bon que des disciplines telles que le Judo, le Karaté ou l’Aïkido soient facilement accessibles au public. Toutefois un enseignement ouvert avec de nombreux pratiquants pose souvent le problème de la transmission. Le choix de maître Kuroda de faire perdurer un système traditionnel lui permet de former des élèves dans la forme la plus pure des techniques.

 
Un maître hors du commun

Avant mon premier cours je n’avais jamais vu Kuroda senseï pratiquer. J’avais lu tout ce que j’avais pu trouver sur lui et cela m’avait suffisamment enthousiasmé pour m’inscrire dans son école. Mais quel choc ce fut lorsque je le vis pratiquer.

Je pratiquais depuis plus de vingt ans lorsque je vis maître Kuroda pour la première fois. J’étais passé par plusieurs disciplines pour finir par m’investir dans l’Aïkido. J’avais vécu plusieurs années au Japon et je continuais à y passer plusieurs mois par an pendant lesquels je pratiquais avec les maîtres les plus renommés. Mais je n’avais jamais rien vu de tel.

La technique de maître Kuroda est d’une rapidité, une souplesse, une fluidité et une subtilité incroyables. Je ne chercherai pas ici à faire une longue liste de superlatifs qui sont somme toute la norme dans la majorité des magazines qui présentent des maîtres fabuleux aux capacités toujours plus incroyables. Je me contenterai de citer Stanley Pranin, rédacteur en chef d’Aïkido journal qui a passé sa vie à côtoyer les plus grands maîtres :

« Regarder Kuroda senseï dégainer est une expérience bouleversante. Cela s’apparente à une révélation religieuse où vous remerciez humblement le Créateur de vous avoir permis d’être le témoin d’un mouvement aussi miraculeux ! »

 

Kuroda Tetsuzan pratiquant le iaïjutsu


Chikara nuki kurabe

Une constante du travail au Shinbukan est l’absence d’utilisation de la force. Les techniques sont douces mais inarrêtables. On se retrouve au sol et on se sent presque stupide. Mais quel que soit le degré de force que l’on met le résultat est toujours le même. Au contraire lorsque l’on se relâche on arrive peu à peu à lire les mouvements des partenaires et à les stopper à leur démarrage.

Le travail de cette sensibilité est appelé chikara nuki kurabe, la comparaison du retrait de la force, où celui qui est le plus relâché est toujours au final le maître de la situation. Cette sensibilité est très importante à mains nues mais vitale dans le travail aux armes. Elle est une des clés qui permet de lire les gestes de l’adversaire.

 

La précision travaillée au Shinbukan est phénoménale. A tel point que par exemple lors des premiers cours je me trouvais bloqué par mon partenaire dès que j’initiais le moindre geste. Excédé car je croyais être totalement relâché je pensais que les élèves chutaient systématiquement lorsque maître Kuroda passait avec eux et bloquaient tous les autres. Ce n’est qu’au quatrième cours qu’à force d’attention j’ai commencer à ressentir de l’intérieur mes tensions. J’ai alors réalisé qu’on n’est généralement conscient que des tensions superficielles mais que nos muscles profonds restent tendus.

Au fil du temps on développe une perception de son corps qui est dix fois, cent fois supérieure à celle que l’on a au départ. Alors que l’on mesurait les choses au mètre il faut passer au centimètre, au millimètre. C’est un travail qui ne nécessite pas d’efforts physiques au sens où on l’entend habituellement, mais qui est épuisant mentalement.

 

Depuis que je suis l’enseignement de Kuroda senseï je dois avouer que j’ai été fréquemment le témoin de faits que je lisais dans les livres sur les grands adeptes du passé. Des évènements que j’imaginais embellis et métaphoriques. Aujourd’hui j’ai découvert qu’ils ne sont que le résultat d’un entraînement assidu dans un système subtil élaboré pendant cinq siècles.

Je terminerai en citant à nouveau Stanley Pranin parlant de Kuroda senseï :

« Tout dans son art vous encourage à fixer vos objectifs à un niveau nettement supérieur. Les anciennes limites deviennent la base à partir de laquelle se hisser à de nouvelles hauteurs ! »

 

Kuroda Tetsuzan pratiquant le jujutsu
 
Pour en savoir plus

Une série d’articles sur maître Kuroda a été écrite par les maîtres Tokitsu et Uemura qui furent ses élèves. Il est possible d’en trouver certains sur internet.

De nombreux articles et livres ont été écrits par Kuroda senseï mais ne sont disponibles qu’au Japon et sans traductions.

On peut par contre se procurer ses DVD. Les plus intéressants pour découvrir son école sont « Kuroda ken no maki » qui regroupe un large échantillon de son travail aux armes avec trois katas de Iaïjutsu, six au bokken, six au jutte et douze au kodachi en Kenjutsu et « Kuroda ju no maki » où il démontre 29 katas assis et debout de Jujutsu.

Pour finir il existe quelques vidéos que l’on peut voir sur Youtube aux adresses suivantes :

Des scènes issues de ses DVD :
Un court reportage de la BBC :
Une démonstration à l’Aïki Expo :
Une ancienne démonstration à Omiya :
 
Autre article sur le même sujet ici.
Interview de Kuroda senseï.


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Dimanche 24 juin 2007 7 24 /06 /2007 10:26
A trente-huit ans, sans avoir jamais pratiqué les arts martiaux de sa vie, Okamoto Seïgo débute l’étude du Daïto ryu. Onze ans plus tard il est déja 7ème dan. Aujourd’hui Okamoto senseï a quatre-vingt deux ans et est l’un des maîtres d’arts martiaux les plus célèbres du Japon. Rencontre avec un homme d’exception.


Seigo Okamoto


Daïto-ryu Aïkijujutsu
Le Daïto-ryu Aïkijujutsu est l’école qu’enseignait le légendaire Takeda Sokaku, l’un des derniers samouraïs du Japon. Art martial aux origines mythiques, l’Aïkijujutsu est une technique à l’efficacité redoutable.

Takeda Sokaku
Takeda Sokaku est une véritable légende des arts martiaux. Combattant impitoyable à la personnalité excentrique, sa vie est nimbée de mystères. Il enseigna à plus de 30 000 personnes, généralement des militaires, agents de police ou personnalités. Parmi ses élèves les plus célèbres on note Ueshiba Moriheï, fondateur de l’Aïkido, Sagawa Yukiyoshi, Takuma Hisa et Horikawa Kodo.

Horikawa senseï
Le père de Kodo, Horikawa Taiso, était un passionné d’arts martiaux. Expert en Shibukawa-ryu Jujutsu il se passionnera pour l’étude du Daïto-ryu après sa rencontre avec Takeda Sokaku. Il sera d’ailleurs un de ses rares élèves à obtenir le diplôme de Kyoju Dairi. Kodo commencera donc l’étude des arts martiaux sous la direction de son père avant d’étudier directement avec Takeda.
Horikawa senseï était un homme de petite stature. Ne pouvant compter sur ses capacités physiques Takeda lui conseilla dès ses débuts de se concentrer sur la maîtrise de l’Aïki. Il deviendra un des plus grands maîtres du Daïto-ryu et sa maîtrise de l’Aïki sera légendaire...

Débuts tardifs
Okamoto Seïgo est né en 1925 à Yubari sur l’île de Hokkaïdo, la plus grande île du nord du Japon. Après un bref passage à l’armée il devient journaliste puis crée sa propre société avant de travailler pour une grande entreprise. A l’âge de trente-huit ans il décide de pratiquer une activité physique afin de s’entretenir. Il choisit de pratiquer les arts martiaux… car ils se pratiquent en intérieur et ne nécessitent pas de braver le terrible froid des hivers de Hokkaïdo.

Un vieillard insignifiant
Lorsqu’il est présenté à Horikawa senseï pour la première fois Okamoto n’est guère impressionné. Horikawa Kodo est à l’époque un vieillard de soixante-neuf ans qui mesure moins d’un mètre cinquante et porte d’épaisses lunettes… Lorsqu’il le voit projeter avec facilité cinq jeunes élèves le dépassant d’une tête qui l’attaquent simultanément il croit à une mise en scène. Mais tout change à l’instant où il l’attaque lui-même.
A trente-huit ans Okamoto est dans la force de l’âge. Grand et bien charpenté il se retrouve pourtant instantanément déséquilibré à chaque fois dès l’instant où il se retrouve en contact avec Horikawa. Stupéfait par cette incroyable technique il commence sur le champ l’étude du Daïto-ryu.

Un entraînement rigoureux
On a du mal aujourd’hui à imaginer la difficulté et la sévérité d’un entraînement tel qu’il pouvait avoir lieu au Japon ne serait-ce qu’il y a quelques dizaines d’années.
Mais Okamoto senseï s’entraîne avec ferveur, jour après jour. Le premier mois il ne fait que recevoir les techniques et chuter sans cesse. Les entraînements sont rigoureux et aucune explication n’est jamais donnée. Mais motivé par son admiration pour les merveilleuses techniques de Horikawa senseï et le plaisir du sake partagé qui suit les entraînements il continue à pratiquer sans relâche.

Une progression fulgurante
Un an après ses débuts il intègre le cours des élèves avancés. Dès lors ses progrès seront encore plus rapides. Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente Okamoto assistera à tous les cours de Horikawa senseï quasiment sans exceptions jusqu’à son départ pour Tokyo quatorze ans plus tard.
Après deux ou trois ans il commence à être à l’aise dans les chutes mais ne comprend toujours rien aux techniques qu’il étudie. Après cinq ans Horikawa lui demande de prendre en charge le cours des débutants.
Le temps et les élèves passent au dojo. Un à un les anciens d’Okamoto pris par leurs obligations familliales ou professionnelles sont contraints de cesser la pratique et bientôt il est l’élève le plus ancien.
De même il est parvenu petit à petit à comprendre et utiliser le principe de l’Aïki. Après dix ans d’études il devient l’assistant de Horikawa senseï. Seulement onze ans après ses débuts il est déja 7ème dan.
En 1977 Okamoto déménage à Tokyo. Avec la bénédiction de son maître il ouvre la branche de Tokyo de l’école de Horikawa, la Daïto-ryu Aïkijujutsu Kodokaï.

Roppokaï
Après la disparition de son maître Okamoto senseï créera le Roppokaï afin de diffuser le Daïto-ryu. Aujourd’hui le Roppokaï est l’une des quatres écoles principales d’Aïkijujutsu avec le Daïto-ryu Aïki budo de Takeda Tokimune, le Takumakaï de Takuma Hisa et le Kodokaï de Horikawa Kodo. Il s’agit de la seule école reconnue à ne pas avoir été fondée par un élève direct de Takeda Sokaku.

La signification de « Roppokaï »
Kaï signifie « groupe, organisation, association ». Le terme Roppo quand à lui possède plusieurs significations.
Il a d’abord une signification technique. Roppo est alors assimilé aux six directions comme sur un dé, impliquant que les techniques permettent de faire face à n’importe quelle attaque provenant de n’importe quelle direction, par le haut ou le bas, l’avant ou l’arrière, la droite ou la gauche. Toutefois Okamoto senseï précise que contrairement à un dé les techniques doivent être rondes et former six cercles infinis. Six cercles que l’on retrouve dans le symbole du Roppokaï. Le cercle étant une des notions fondamentales de l’enseignement technique de Okamoto senseï.
Le terme Roppo a par ailleurs des origines historiques et anecdotiques. Du point de vue historique il fait référence au Roppogumi, six groupes de jeunes guerriers écumant les rues durant l’époque Edo.
L’origine anecdotique est elle liée à Takeda Sokaku. Dans le théatre Kabuki le Roppo est une sortie de scène spectaculaire et rapide accompagnée de grands gestes. Assistant un jour à une représentation où jouait un acteur célèbre nommé Kikugoro, Takeda l’interpella en lui disant que son jeu était bon mais son Roppo mauvais… Arrivé dans sa loge Kikugoro envoya un de ses serviteurs chercher l’étrange spectateur qui l’avait apostrophé. Takeda lui expliquera alors ses erreurs et lui enseignera la manière correcte de se déplacer. Kikugoro qui était un grand acteur améliorera tellement son Roppo pendant la nuit que ses admirateurs en furent stupéfaits. Pour remercier Takeda il lui enseignera alors la danse japonaise.

Ma rencontre avec Okamoto senseï
J’ai pour la première fois entendu parler de Okamoto senseï grâce à un de mes amis pratiquants, Asobu Matsushita. A l’époque Asobu pratiquait passionément l’Aïkido depuis plus d’une dizaine d’années. Il me parla d’un maître de Daïto-ryu à la technique extraordinaire qu’il avait rencontré. Intrigué par son récit je lui demandai de me prêter quelques vidéos de maître Okamoto.
Je dois avouer qu’au premier abord j’ai été surpris. Sans le témoignage enthousiaste de mon ami qui avait déjà plusieurs fois ressenti les techniques je serai sans doute passé à côté de cette découverte. Ma curiosité éveillée j’ai donc regardé avec attention les vidéos et j’ai été stupéfait par la technique d’Okamoto senseï. Je me promis alors de le rencontrer dès que l’occasion se présenterait.
Plusieurs années plus tard, devenu un pratiquant assidu du Roppokaï, Asobu me présentera à maître Okamoto et j’aurai la chance de sentir l’Aïki en action…

Le principe Aïki
Le Daïto-ryu est généralement connu à travers ses écoles les plus répandues, les courants de Takeda Tokimune ou Kondo Katsuyuki. Les techniques sont démontrées de manière « carrée » et l’on perçoit fortement le travail de type Jujutsu, notamment à travers les nombreuses clés.
Le Roppokaï insiste beaucoup plus sur le travail d’un principe appellé Aïki. Ce principe implique qu’à l’instant du contact avec le partenaire celui-ci soit immédiatement déséquilibré.
Il est probable que le principe Aïki soit commun à tous les styles de Daïto-ryu Aïkijujutsu. Tous les élèves avancés de Takeda Sokaku, Ueshiba, Sagawa, Kodo ou son fils Tokimune étaient passés maîtres dans son utilisation.
Il semble que l’Aïki soit un des principes secrets du style qui n’était à l’origine enseigné qu’aux élèves les plus avancés. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles Takeda Sokaku se brouillera avec Ueshiba Moriheï qui n’hésitait pas à en faire la démonstration…

Le mot Aïki est utilisé dans d’autres écoles que le Daïto-ryu. Toutefois à la différence de celles-ci où il s’agit généralement soit d’un principe philisophique, soit d’un principe stratégique, il s’agit en Daïto-ryu d’un principe technique concret fondamental de l’école. Okamoto senseï le démontre sans détours et pense qu’il est naturel de partager ce savoir.

La technique d’Okamoto senseï
Okamoto senseï possède une des techniques les plus épurées qu’il soit donné de voir dans les arts martiaux. Ses gestes sont réduits au minimum de leur amplitude à tel point qu’il est très difficile d’en percevoir une grande partie à l’œil nu. Recevoir sa technique est une expérience stupéfiante. Au moment du contact vous avez l’impression d’avoir saisi un câble électrique. Votre corps se tend et perd l’équilibre instantanément. Ce n’est pas une impression agréable… Mais c’est redoutable d’efficacité.


L'impression d'avoir saisi un câble électrique! L'élève qui se relève au premier plan est un officier de police 5° dan de Kendo et de Judo.


Etre projeté par Okamoto senseï est une expérience incroyable. Généralement les experts d’Aïkido, Aïkijujutsu, Judou ou Jujutsu contrôlent votre corps dans sa globalité. Lorsqu’ils vous déséquilibrent vous sentez qu’ils ont trouvé le centre gravité de votre corps et le contrôlent.
Lorsque vous êtes entre les mains d’Okamoto senseï vous sentez qu’il contrôle toute l’architecture intérieure de votre corps. Il ne déplace pas simplement une masse dans la direction où il le désire, il est capable de faire prendre n’importe quelle position à votre corps, de vous empêcher de respirer, uniquement à travers votre saisie…
Stanley Pranin, éditeur d’Aïkidojournal, a rencontré les plus grands experts d’Aïkido et de Daïto-ryu. Il explique qu’il était assez sceptique quand à cette approche souple de l’Aïkijujutsu mais que son opinion changea lorsqu’il eut l’occasion d’être projeté par Okamoto senseï. « Technique fine, subtile et parfait contrôle » déclarera-t-il dès lors. On ne saurait dire mieux.

L’enseignement au Roppokaï
Okamoto senseï a reçu son enseignement de manière très traditionelle. L’entraînement se faisait sans paroles et sans explications mais il explique que cela obligeait à écouter de tout son corps et à observer avec ses cinq sens. A cette époque les élèves pratiquaient avec un ancien et ne pouvait ressentir la technique du maître que rarement et après plusieurs années.
Okamoto senseï a changé cette méthode d’entraînement. Au Roppokaï il projette chaque élève avec chaque technique qu’il enseigne. Ainsi, tous et dès les premiers jours peuvent ressentir l’effet recherché. Cette façon d’enseigner demande un investissement énorme de l’enseignant. Aujourd’hui à quatre-vingt deux ans Okamoto senseï enseigne toujours de la même manière, projetant inlassablement chaque élève à chaque cours.
Le principe Aïki qui est encore jalousement gardé par beaucoup d’écoles qui le réservent à leurs élèves avancés est ici enseigné de manière ouverte. En cela Okamoto senseï est proche d’un enseignant tel que Kuroda senseï qui fait travailler ses élèves dans le respect des principes supérieurs dès leur entrée dans son école.

Un élève particulier
En 2002 un film intitulé Aïki fut réalisé. Il est inspiré de l’histoire réelle d’un paraplégique et de sa rencontre avec Okamoto senseï.
A l’âge de 16 ans Ole Kingston Jensen est renversé par une voiture alors qu’il roule tranquillement en vélo à Copenhague. En 1988, âge de 29 ans il rencontre Okamoto senseï qui acceptera de le prendre comme élève.
Aujourd’hui Ole est 4ème dan et il enseigne le Daïto-ryu. Il est l’élève le plus haut gradé du Roppokaï hors du Japon et est réputé pour sa maîtrise de l’Aïki.


Affiche du film "Aïki" inspiré de la vie de Ole Kingston Jensen


Entretien avec Okamoto senseï
L’interview qui suit est exceptionnelle à plus d’un titre. Tout d’abord parce qu’il s’agit de la première interview d’Okamoto senseï en France, et surtout parce qu’aujourd’hui Okamoto senseï ne livre plus d’interviews, préférant se consacrer à l’enseignement. Rencontre avec un maître exceptionnel.


Senseï, vous avez commencé à pratiquer chez Horikawa senseï. Comment était la pratique à l’époque ?
C’était très douloureux ! Bien que maître Horikawa ait été un maître de l’Aïki nous pratiquions surtout le Jujutsu et ses techniques de contraintes articulaires.

Vous avez progressé à une vitesse incroyable. Quel est votre secret ?
(rires) On m’a décerné mes grades pour me récompenser de mon assiduité !

Quel est le but de la pratique du Daïto-ryu ?
Le Daïto-ryu est un Goshin-jutsu, une méthode de défense. Son but technique, comme celui du Iaïdo, est de pouvoir réagir instantanément à toute attaque. Le maître de mon maître, Takeda Sokaku, était un homme effrayant. Il avait tué de nombreuses personnes en combat et l’art qu’il enseigna était clairement un Bujutsu. Mais c’est aussi un Budo dans la mesure où l’entraînement doit vous amener à pouvoir contrôler l’attaquant sans le détruire.

Vous pratiquez énormément et voyagez pour enseigner aux quatre coins du monde. Vous ne vous reposez jamais ?
(rires) En Daïto-ryu il ne faut utiliser que 20 à 30% de ses capacités physiques. C’est le rôle de la technique. Dans la plupart des autres disciplines comme en Judo par exemple on utilise 100 voire même 120% de ses capacités physiques. Il est donc impossible de combattre 50 ou 60 adversaires.

Vos mouvements sont extrèmements courts.
Oui et normalement ils le sont encore plus rendant la technique encore plus efficace et rapide. Mais les élèves ne peuvent pas suivre ou apprendre si je pratique ainsi.
Les pratiquants d’Aïkido critiquent souvent l’amplitude de mes gestes. Mais rapidement ceux qui viennent pratiquer comprennent leur efficacité et changent d’opinion.

Vous avez beaucoup d’élèves qui viennent d’autres disciplines ?
Oui, il y a des pratiquants d’Aïkido, de Judo, de Kendo… Beaucoup viennent de l’Aïkido et repartent après trois ou quatre ans en pensant avoir compris l’Aïki. Mais on ne peut comprendre l’Aïki en si peu de temps. Ils n’en connaissent que la forme extérieure, pas l’essence.

Vous projetez toujours très proche de vous ?
Oui c’est important car c’est plus efficace et cela permettait dans le passé d’asséner le todome (coup de grâce).

Enseignez-vous aussi aux enfants ?
Certains dojos du Roppokaï le font. Ici j’ai un enfant de douze ans mais généralement je ne prends pas les élèves avant quatorze ans. L’Aïki est trop difficile à saisir avant cet âge.

La pratique des armes est-elle différente de celle à mains nues ?
Non, le principe Aïki s’utilise exactement de la même manière, avec ou sans armes.

Contrairement à l’Aïkido par exemple, où pour chaque technique le uke chute généralement de la même manière, lorsque vous utilisez l’Aïki vos élèves ne chutent pas tous de la même manière.
Oui, les techniques ont un effet différent selon que le pratiquant est grand ou petit, mince ou gros, et surtout, sensible ou pas. Nous n’enseignons pas la manière de chuter au Roppokaï. Chacun suit naturellement et trouve sa manière de chuter. Il est très important de s’entraîner et d’apprendre à protéger son corps de manière naturelle.

Merci senseï pour cet entretien.


Le futur du Roppokaï
Okamoto senseï, par l’excellence de sa technique et la générosité de son enseignement, attire chaque jour de plus en plus d’élèves désireux d’apprendre les secrets de l’Aïki.
De nombreux hauts gradés d’autres disciplines viennent pratiquer le Daïto-ryu chez maître Okamoto tel ce policier 5ème dan de Kendo et 5ème dan de Judo que je vis revêtir une ceinture blanche et pratiquer avec enthousiasme. Okamoto senseï les accueille et leur enseigne toujours avec bienveillance.
Le Roppokaï possède maintenant des branches dans tout le Japon et dans de nombreux pays étrangers. Okamoto senseï met un point d’honneur à visiter tous les dojos chaque année et à pratiquer avec chaque élève. Il est incroyable d’imaginer les efforts fournis par ce maître de quatre-vingt deux ans afin de transmettre ses connaissances et sa générosité dans le partage du savoir n’a d’égale que sa maîtrise de l’Aïki...

Vidéos et livres
Okamoto senseï est l’auteur d’une dizaine de livres et vidéos. Même s’il est évidemment impossible d’apprendre le Daïto-ryu et surtout le principe Aïki à travers ces publications, elles donnent un aperçu passionant de l’Aïki et de ses applications. De plus Okamoto comme dans ses cours explique avec une très grande générosité de nombreux points techniques qui peuvent intéresser les pratiquants d’arts martiaux et plus particulièrement les étudiants d’Aïkido, de Daïto-ryu et de Jujutsu.
Les deux DVD les plus intéressants sont ceux de ses séminaires à Hawaï, Okamoto Aïki Shinden. Les explications détaillées et le large éventail de techniques sont passionants. De plus de nombreux élèves étant débutants cela offre la chance de voir les techniques effectuées sur des personnes n’ayant pas d’idée préconçues des techniques et de leurs effets.


Okamoto Aïki shinden 1


Pour en savoir plus
Voici quelques liens où vous pouvez brièvement admirer la technique d’Okamoto senseï :
http://www.youtube.com/watch?v=hvPEU9mAX5Y
http://www.youtube.com/watch?v=WUabmGscELU
Le site officiel du Roppokaï :
http://www.daitoryu-roppokai.org/site/


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Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Samedi 8 septembre 2007 6 08 /09 /2007 04:56

Le Japon est un pays de traditions. Malgré les aléas de l’Histoire il a réussi à en préserver un grand nombre qui font aujourd’hui encore partie de la vie des japonais, des arts martiaux à la cérémonie du thé en passant par l’arrangement floral, le théâtre No ou le Sumo.

Une des traditions les plus improbables et les plus spectaculaires qui ait été préservée est celle du Yabusame, le tir à l’arc à cheval. Plongée dans un rituel vieux de mille cinq cent ans !

 
Un art alliant maîtrise de l'équitation et de l'archerie
 

Une tradition unique

Le Japon est un pays à la culture unique. Volontairement refermé sur lui-même pendant deux siècles et demi il a développé et mûri des rituels uniques au monde. Passant d’une société féodale à une civilisation industrielle en trois décennies il a réussi l’incroyable tour de force de préserver ces traditions, parfois en les adaptant comme le Kendo ou le Judo, parfois en les conservant telles quelles, préservées dans leur forme authentique, comme le théâtre No ou le Yabusame.

 

Le Yabusame est du tir à l’arc à cheval. La première trace de ce type de pratique remonte au 6ème siècle lorsque en 530 le 29ème empereur, Kinmeï, tira pour la première fois à cheval sur trois cibles dans un rituel destiné à attirer la bénédiction des Dieux sur son territoire dans une époque troublée. Les trois cibles, sankan, symbolisaient les trois royaumes de Corée.


Un équipement inchangé depuis mille ans


L’arc, un symbole d’autorité et de pouvoir

L’arc a toujours été au Japon symbole d’autorité et de pouvoir. Le Bushido, la Voie des guerriers, fut d’ailleurs longtemps appelé Kyuba no michi, la Voie de l’arc et du cheval. Les plus anciens arcs retrouvés dans l’archipel datent de plus de six mille ans. Utilisés à pied à leur création ils commencèrent à être employés par des cavaliers à partir du 4ème siècle.

Au 10ème siècle lors des batailles rangées des duels à cheval à l’arc avaient lieu, chaque adversaire tirant trois flèches. Arme indispensable de toute les guerres l’utilisation de l’arc connaîtra un coup d’arrêt brutal au 16ème siècle lorsque les portugais introduiront les armes à feu au Japon. Mais dès le 17ème siècle, dans un Japon pacifié, Ogasawara Heibei Tsuneharu remettra sa pratique au goût du jour sous l’impulsion du shogun Tokugawa Yoshimune qui désire voir développés la concentration, la discipline et le raffinement de ses samouraïs.

 
L'arc, symbole d'autorité et de pouvoir


Une arme unique

L’arc japonais, comme le katana, est une arme unique. Sa très grande taille et son asymétrie qui placent sa poignée sous le centre en font une arme particulièrement difficile à maîtriser. Aujourd’hui les pratiquants de Kyudo et de Yabusame sont les héritiers des samouraïs et préservent son utilisation, une tradition particulièrement élégante et raffinée intimement liée au zen.

 

Un fait d’armes légendaire

La guerre de Genpei (1180-1185) opposa les Heike et les Genji. Période clé de l’histoire japonaise elle est la source de nombreux faits héroïques et de légendes qui ont inspirées la littérature de l’archipel.

Lors de la bataille de Yashima les Heike défaits par les Genji fuient en prenant la mer. Attendant un vent favorable pour partir ils font face aux Genji qui sont à cheval sur la plage. Dans un défi chevaleresque ils attachent en guise de cible un éventail au sommet du mât d’un de leurs bateaux.

Un guerrier nommé Nasu Yoichi relève le défi. Il s’élance avec son cheval dans les flots et vise la minuscule cible mouvante qui tangue au gré des flots. Réussissant à la transpercer d’une flèche il déclenchera une ovation générale ! Il sera récompensé de son adresse en étant fait daimyo.

 

Takeda et Ogasawara, deux écoles rivales depuis la nuit des temps

Comme dans toute histoire digne de ce nom le Yabusame s’est développé parallèlement dans deux écoles rivales, la Takeda ryu et la Ogasawara ryu.

La plus ancienne, la Takeda ryu, fut fondée au 9ème siècle par Minamoto Yoshiari sur l’ordre de l’empereur Uda. La seconde, l’Ogasawara ryu, fut fondée par Ogasawara Nagakiyo au 12ème siècle sur l’ordre du shogun Minamoto Yoritomo.

Aujourd’hui encore ces deux écoles se partagent les charges et se disputent les honneurs, chacune considérant qu’elle est la seule à perpétuer l’authentique art du Yabusame.

Takeda-ryu

La Takeda-ryu enseigne le Kyuba-jutsu, la technique de tir à l’arc à cheval, mais aussi l’utilisation du naginata et du tachi à cheval. L’école a par ailleurs collaboré à de nombreux films et séries télévisés. Parmi les plus célèbres citons « Les sept samouraïs » et « Kagemusha » d’Akira Kurosawa.

Toshiro Mifune, l’un des plus célèbres acteurs japonais fut d’ailleurs l’un des meilleurs élèves de l’école.

 
Un rituel majestueux et spectaculaire


Tsurugaoka Hachiman-gu, sanctuaire du Dieu de la guerre

Il existe plusieurs cérémonies distinctes pendant lesquelles le Yabusame est réalisé. L’une des plus importantes est réalisée chaque année par la Takeda ryu au mois d’avril à Kamakura dans sanctuaire du clan Minamoto, Tsurugaoka Hachiman-gu. Fondé en 1063 il est dédié au Dieu de la Guerre. C’est le sanctuaire principal de Kamakura.

Les raisons qui poussèrent Minamoto no Yoritomo à instituer ce rituel ne sont pas clairement établies. Pour certains il s’agissait d’un moyen d’amener ses hommes qui négligeaient l’archerie à s’entraîner. Pour d’autres il s’agissait d’une cérémonie pour célébrer son avènement en tant que shogun. Sans doute ces deux motifs étaient-ils liés.

 

Une tradition religieuse élaborée jusqu’au moindre détail

Le Yabusame, comme le Sumo, est une tradition étroitement liée au Shinto, la Voie des Dieux. Il s’agit d’un rituel extrêmement élaboré destiné à divertir les Dieux pour s’attirer leurs faveurs. Aujourd’hui bien sûr seuls les exégètes comprennent la signification de toutes les cérémonies qui entourent les tirs proprement dits et la foule des curieux et des amateurs se réjouit simplement de voir un tel déploiements de fastes.

 
Procession au Tsurugaoka Hachiman-gu


Dès le matin ont lieu à Hachiman-gu des processions qui voient les prêtres Shinto se livrer à de multiples cérémonies. Vers dix heures les cavaliers commencent à s’entraîner. Ils parcourent à vive allure les 208 mètres de la piste qui coupe perpendiculairement l’allée principale du sanctuaire. Petit à petit il lâchent les rênes et miment le tir les mains nues puis avec l’arc mais sans flèches. Après plus de deux heures de courses ils se retirent pendant une heure pour déjeuner et laisser les chevaux se reposer.

A ce moment les quelques mètres de chaque côtés de la travée sont déjà littéralement bondés et des milliers de japonais émaillés de quelques touristes attendent patiemment pour assister à la cérémonie.

Vers treize heures le grand prêtre dirige une procession qui parcourt la travée dans les deux sens et à laquelle prennent part le maître de la Takeda ryu et les ites, les tireurs qui officieront.

 

Un équipement inchangé depuis mille ans

Depuis la première cérémonie qui eut lieu en 1187 le rituel est resté inchangé de même que l’équipement des tireurs. Leur tenue élégante et distinguée renforce l’impression de beauté qui se dégage des ites. En kimono, hakama et avec un tachi (sabre ancien) au côté ils personnifient par leur attitude sobre et digne les générations de samouraïs qui ont perpétué l’art du Yabusame.

 

Un rituel majestueux et spectaculaire

Trois cibles en bois, shiki no mato, sont placées le long de la travée. Elles sont placées à une hauteur qui correspond à la cible la plus meurtrière sur un ennemi en armure, située juste sous la visière, mabisashi.

Les shiki no mato sont surmontées de fleurs artificielles. A l’époque féodale la participation au rituel du Yabusame était un grand honneur fait aux meilleurs guerriers. Mais un échec était aussi une honte impossible à effacer et que beaucoup lavaient par le suicide rituel, seppuku. Afin de préserver la vie de guerriers valeureux on plaça alors ces fleurs à l’endroit où se perdaient les flèches qui avaient ratées la cible. Les toucher était considéré comme suffisant et permettait d’éviter d’inutiles pertes en vies humaines.

 
Une tradition élaborée jusqu'au moindre détail


Dans un silence religieux le premier cavalier tourne le dos à la piste, s’élance pour prendre de la vitesse et fait faire demi-tour à sa monture. En un instant il est en position de tir et lâche sa flèche qui vient faire voler en éclats la cible de bois.

Les morceaux de la première cible ont à peine touchés le sol que la deuxième flèche est lâchée, aussi rapidement suivi par la troisième. La course se termine par un freinage aussi brusque qu’efficace au bout de la courte travée.

Cinq tireurs se succèderont ainsi avant d’entamer un retour au pas à l’entrée de la piste. Ils effectueront trois passages similaires avant de voir la cible réduite deux fois et de recommencer leur routine. Lors des derniers passages la cible sera une minuscule soucoupe en terre cuite de 9 cm de diamètre…

 
Une discipline qui exige une rapidité phénoménale


Chaque cible touchée soulève l’enthousiasme des spectateurs tant il est évident même pour un néophyte que le niveau requis est extrêmement élevé. Afin de pouvoir sauter à terre pour combattre les étriers n’entourent pas le pied mais le soutiennent uniquement. Ne contrôlant leur monture que par les genoux dès le début de la piste ces cavaliers doivent de plus faire preuve d’un talent exceptionnel en archerie. L’arc est tel qu’il faut faire un geste ample qui amène la flèche derrière l’oreille à chaque tir en un temps record.

La participation à ces cérémonies étaient réservée aux meilleurs guerriers de l’époque. Arriver à rivaliser avec eux est un exploit dans le monde actuel qui mérite le plus grand respect. Il est d’ailleurs à noter que les montures utilisées aujourd’hui sont d’anciens chevaux de course qui sont réputés beaucoup plus difficiles d’utilisation pour cette discipline.

 

Le Yabusame aujourd’hui

Symbole fort de la culture traditionnelle le Yabusame enthousiasme autant les foules autochtones que les dignitaires étrangers tels que George Bush ou le prince Charles. Sa pratique qui fait partie de la richesse du patrimoine japonais ne pourra probablement jamais être répandue dans le grand public. Il est toutefois admirable de constater que son avenir semble garanti et que ce magnifique rituel sera préservé dans ce pays de traditions qu’est le Japon.

 
Une habileté incroyable


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Dimanche 16 septembre 2007 7 16 /09 /2007 17:32
En japonais kata signifie « forme, moule ». De tous temps les disciplines martiales se sont transmises par le kata. Qu’il s’agisse d’enchaînements de techniques comme en Karaté, dans certains styles de Kung-fu ou en Iaïdo, ou que cela soit aussi bref qu’une technique d’Aïkido, de Judo, ou même un coup de poing en boxe. Dès lors que l’on transmet un geste cela est une forme de kata, dans le sens large du terme.


Kanazawa Hirokazu


Aujourd’hui on oppose souvent le kata à la recherche d’efficacité, considérant que la forme figée que l’on reçoit n’a pas d’applications concrètes en combat. Je crois qu’il s’agit là d’une erreur quand à la compréhension du but du kata.

Un kata utile transmet des principes, des stratégies, et permet de développer des qualités. Il n’est pas la reproduction d’une situation réelle de combat mais sa schématisation. Les situations de combat sont innombrables et il serait vain de chercher à les reproduire toutes. Les établissements enseignant à répondre à de nombreux types d’attaques par autant de techniques sont de bonnes affaires commerciales mais de piètres écoles d’arts martiaux.


Nishio Shoji


Lorsque l’on travaille un kata il est important d’essayer de le reproduire le plus fidèlement possible à chaque étape sans chercher à dénaturer le mouvement pour l’adapter à sa morphologie ou son humeur. Les mouvements de kata ne sont jamais faciles. S’ils le sont c’est qu’ils ont été mal transmis ou compris. Non pas qu’ils exigent des performances acrobatiques, cela étant en général l’apanage des disciplines modernes qui privilégient le spectaculaire, mais parce que chaque geste transmet un enseignement et que ceux qui semblent les plus simples sont souvent les plus durs.


Yang Jwing Ming


Malheureusement la transmission d’un kata ne peut se faire que par un maître ou un pratiquant très avancé. A une époque où l’enseignement de masse est généralisé et n’est soumis qu’à un diplôme sportif, c’est malheureusement très rarement le cas. Les techniques incomprises sont alors réinterprétées, modifiées et le résultat est limité par le niveau de l’enseignant.


Saito Morihiro


L’entraînement ne peut se résumer uniquement au travail du kata. Mais cela doit rester la base à laquelle s’ajouteront ultérieurement et selon le niveau des exercices plus libres et du combat.

La multiplication de combats sans la compréhension du travail du kata ne permet pas de réels progrès. C’est malheureusement ce qui est arrivé au Judo quand les compétitions ont cessées d’être un outil permettant de tester son niveau de pratique pour devenir un but en soi. La discipline s’est appauvrie et les techniques aujourd’hui sont très éloignées de ce qu’elles étaient à l’origine. Cela est particulièrement flagrant lorsqu’on compare le travail d’un maître comme Mifune Kyuzo à une compétition olympique. Dès les premiers instant la posture des pratiquants révèle le gouffre qui sépare les deux pratiques…
Les athlètes ont cherché à rendre les techniques plus efficaces tout en jouant sur les règles. Règles plus ou moins restrictives mais qui existent dans toute discipline sportive afin de préserver l’intégrité des pratiquants.
Le même problème se pose aux pratiquants de Karaté dont la pratique s’éloigne de plus en plus de celles des fondateurs à mesure que le côté sportif se développe.


Tamura Nobuyoshi (photo David Dumas)


Même une discipline non compétitive comme l’Aïkido est sujette à ce type de transformations, la majorité des pratiquants ne voyant que la fin des techniques, cherchant à projeter ou immobiliser à tout prix quitte à changer la forme travaillée pour y parvenir. Les formes sont considérées comme des techniques de combat applicables telles quelles alors même que le nombre restreint de techniques choisies par le fondateur devrait être une indication du sens de leur travail. Il existe quantité de clés, projections et luxations. Le Daïto-ryu Aïkijujutsu par exemple en compte nettement plus que l’Aïkido. Mais on peut supposer que le fondateur a sélectionné celles qui lui semblaient porter les enseignements majeurs et les a liées à ses propres créations après les avoir réinterprétées. Le développement des qualités ainsi que la compréhension et la maîtrise des principes cachés dans ces techniques permettent alors d’accéder au plus haut niveau de pratique de l’Aïkido, Takemusu Aïki.


Kuroda Tetsuzan


Les katas nous mettent en situation de difficulté. Contourner ces difficultés enlève tout intérêt à leur travail.

Une justification commune consiste à considérer que la forme travaillée par le maître de l’école suivie n’est réservée qu’aux pratiquants de haut niveau et que l’on ne peut l’aborder en tant que débutant. Ce raisonnement cache dans le meilleur des cas une incompréhension de la méthode de transmission des techniques martiales, et dans le pire des cas une incompétence technique.


Yamaguchi Gogen


Bien compris le kata, et donc la pratique d’une voie martiale traditionnelle, est source de véritable efficacité. Incompris il n’est rien d’autre qu’une inutile chorégraphie et une perte de temps.


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /2007 06:03
Nous vivons dans un monde où les images et les informations nous assaillent de tous côtés. Films, publicités, musiques, font partie de notre quotidien. Et à mesure que ces informations se "répandent", elles lissent et homogénéisent notre culture et nos références. Est-ce un bien ou un mal pour nos sociétés, échapperons-nous à une uniformisation réductrice, l’avenir nous le dira. En attendant examinons le problème dans le domaine qui nous intéresse, à savoir les Voies martiales.


Sylvester Stalonne dans Rocky Balboa


De Moscou à New York et de Tokyo à Paris chacun connaît Levi’s, Coca, Michael Jackson et Arnold Schwarzennegger. Et beaucoup ont vu ou entrevu des films d’action, généralement américains.
La mise en scène des combats dans les films hollywoodiens a évoluée. Dans la manière de filmer d’abord. Nous sommes passés des plans longs et larges à des séquences de plus en plus courtes, hachées au montage. Dans le répertoire technique utilisé ensuite. Si les westerns montraient des bagarres de saloons à coup de poings, aujourd'hui les héros pratiquent un éventail très riche d’arts martiaux, de l’Aïkido au Taekwondo en passant par le Kung-fu et le Close combat.


Cow-boys en action


Mais la représentation de fond n’a pas réellement évolué. Les combats ressemblent à une partie de ping pong. L’un attaque, l’autre esquive, pare, ou prend le coup. Et on recommence, généralement en alternant les rôles. Les coups sont amples et larges. Ils sont assénés avec une puissance puisée dans la tension musculaire.


Tony Jaa


Voilà globalement à quoi ressemblent les combats de cinéma. Et si certains héros de films d’action ont eu le bienfait d’amener de nombreux pratiquants dans les salles, ils les ont malheureusement envoyés avec ces images éronnées d'efficacité à l'esprit. A tel point que la pratique en a été complètement transformée et que l’on pourrait croire que ce sont les films qui inspirent l’enseignement…


Steven Seagal


Le rythme des techniques a été si profondément modifié que les enchaînements n’ont souvent plus aucun sens et aucune efficacité réelle contre un pratiquant connaissant le véritable sens du travail.
Alors que la pratique traditionelle repose sur l'économie d'énergie l’éxécution des techniques aujourd'hui ne peut plus être conçue sans une débauche d’énergie et de tensions, une explosion de puissance. Alors que les gestes des véritables maîtres tendent à devenir "invisibles" ceux des "experts" actuels sont si démonstratifs qu'on croirait qu'ils s'adressent à une audience de spectateurs…


Jeu vidéo "Tekken"


Il est très difficile d’échapper aux stéréotypes et de comprendre que les combats de cinéma sont, à de très rares exceptions près, l’exact opposé de l’efficacité réelle. Plus un geste est invisible et éxécuté sans efforts ni tensions, plus il est efficace.
Il suffit de regarder deux chats se battre. Ils n’attaquent pas chacun à leur tour, n’encaissent pas, ne font pas de grands gestes, ne se contractent pas. Et pourtant ils n’agissent qu’à l’instinct. Pourquoi les hommes auraient-ils affinés des techniques pendant des siècles pour arriver à un résultat inférieur…


Jean-Claude van Damme


Assister à des compétitons de Judo montre à quel point la pratique a changée. Il y a évidemment des gestes techniques fabuleux démontrant un opportunisme qui n’est pas sans rappeller le go no sen. Mais c’est généralement une débauche de puissance et de tension où l’on attaque à tour de rôle. Quelle différence avec le Judo de Kyuzo Mifune, ce grand maître qui resta efficace jusqu’à sa mort contre des adversaires beaucup plus jeunes, grands, et vigoureux. Chose impossible pour tout Judoka actuel…
Et il en est malheureusement de même pour la pratique de l’Aïkido. Un pratiquant attaque, généralement de manière suicidaire, puis attend que son partenaire fasse sa technique, le plus souvent avec la plus grande amplitude et le maximum de puissance possible.


Jet Li dans "Roméo doit mourir"


Aujourd’hui où, heureusement, le fait de se battre pour sa vie est de plus en plus rare, le risque est de tomber dans une pratique stéréotypée inspirée par les seules références que sont les combats de films.
Il n’est évidemment pas souhaitable de vivre des situations à la frontière de la Vie et de la Mort. Mais il est précieux pour les pratiquants de se reposer sur l’expérience de ceux qui ont vécu ce genre de situations et sur ceux qui loin de l’imagerie populaire transmettent un art pur dont ils ont la compréhension. Ce sont malheureusement souvent des pratiques peu spectaculaires à l’œil non éxercé et il est à craindre qu’elles tombent petit à petit dans l’oubli…


Bruce Lee dans "Le Jeu de la Mort"


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /2007 19:19
Aux origines, Kano et Ueshiba
Il existe beaucoup d'anecdotes mettant en scène Kano Jigoro, fondateur du Judo, et Ueshiba Moriheï, fondateur de l'Aïkido. Si elles divergent légèrement dans leurs versions, elles s'accordent sur le respect mutuel que se portaient ces deux maîtres légendaires.


Ueshiba Moriheï


Kano Jigoro


De Tomiki à Shimizu
De nombreux Aïkidokas célèbres tels que Tomiki Kenji, Mochizuki Minoru, Abbe Kenshiro, Sugino Yoshio, Nishio Shoji ou Shimizu Kenji, furent, à l'origine, des pratiquants de Judo. En fait la quasi-totalité des premiers maîtres d'Aïkido pratiqua le Judo, mais je n'ai retenu ici que quelques uns de ceux qui attinrent un haut niveau dans cette discipline.
Le passage du Judo à l'Aïkido a d'ailleurs aussi souvent eu lieu en France où le plus illustre à avoir fait cette transition fut André Nocquet.
Certains pratiquèrent ces disciplines conjointement toute leur vie durant tandis que d'autres se consacrèrent uniquement à l'Aïkido.


Ueshiba Moriheï et Shimizu Kenji


Mochizuki Minoru (photo AikidoJournal)


Judo, voie martiale ou sport de combat...
A mon sens le véritable Judo est très proche de l'Aïkido. Malheureusement ce que l'on appelle aujourd'hui Judo est pour moi si éloigné de la discipline d'origine que cela devrait porter un autre nom...
Evidemment il existe de rares dojos où le Judo est enseigné et pratiqué tel qu'une véritable voie martiale. Mais généralement force est de constater qu'il s'agit surtout d'un sport de combat. Je ne reproche rien aux sports de combats et je les ai pratiqués longtemps. L'habileté, les efforts et les sacrifices qu'ils demandent ne sont en rien inférieurs à ceux qui sont attendus des pratiquants de voies martiales. Mais leurs pratiques, leurs buts et leurs essences sont presque diamétralement opposés à ceux des Budo Bujutsu.




"L'Aïkido est mon Budo idéal."
En considérant la liste des maîtres qui ont pratiqué le Judo avant de se tourner vers l'Aïkido certains sauteront le pas qui consiste à imaginer que l'Aïkido est une forme supérieure ou plus évoluée de Judo. Idée que certains appuient par une anecdote où Kano Jigoro aurait affirmé que l'Aïkido était son Budo idéal.

Je ne suis pas du tout d'accord avec cette interprétation.

Tout d'abord l'anecdote a été maintes fois raportée sous des versions différentes. Personnellement je pense que Kano parlait non pas de la technique mais de l'attitude et de la manière de travailler. De nombreux témoignages montrent que déjà de son vivant Kano s'inquiétait de la tournure sportive et de l'importance apportée à la compétition et aux victoires. Le futur lui aura malheureusement donné raison...

Ensuite il suffit de regarder les films de Kano Jigoro ou Mifune Kyuzo pour voir que le véritable Judo est, à l'origine une véritable voie martiale.


Mifune Kyuzo


L'argument par l'exception
Le Judo ayant été créé avant l'Aïkido et ayant été obligatoire à l'école pendant très longtemps au Japon, il est naturel que la plupart des maîtres d'Aïkido l'ai pratiqué. Et si l'on met toujours en avant l'argument que certains sont passés de l'Aïkido au Judo, leur nombre ne représente qu'une infime partie de la totalité des pratiquants de Judo.
C'est d'ailleurs un argument récurrent pour démontrer la prétendue supériorité d'un style ou d'une discipline. Le Karaté est supérieur au Judo puisque untel et untel ont laissé tomber le Judo pour en faire. Le Taekwondo est supérieur au Karaté puisque untel et untel... Le Karaté Kyokushinkaï est supérieur au Taekwondo puisque... Effet de mode temporaire qui se renouvelle à intervalles réguliers et alimente les discussions de vestiaires qui n'ont malheureusement souvent rien à envier aux "Brèves de comptoirs".


Tomiki Kenji


Il reste au final que dans ces exemples une très large majorité a trouvé son bonheur dans un style ou une discipline que quelques uns ont quitté. Et cet abandon d'une infime portion de pratiquants justifie la supériorité de leur nouvelle discipline de prédilection.
Il me semble d'ailleurs que ceux qui utilisent cet argument risquent de se voir opposer le fait que ce sont ceux qui sont partis qui n'ont pas su voir l'essence de ce qu'ils étudiaient.

Les chiffres ne mentent pas?
J'ai moi-même pratiqué de nombreux styles et disciplines. Et si ma recherche personelle m'a éloigné de certains cela n'est en aucun cas un critère d'évaluation de leur valeur.
D'ailleurs si on suivait réellement un raisonnement chiffré on pourrait simplement en déduire que l'Aïkido et même l'ensemble des voies martiales ne vaut rien puisque le nombre de personnes ayant arrêté la pratique est de loin supérieur à celui de ceux qui ont continué!


Nishio Shoji


Aïkido et Judo, un futur en point d'interrogation
Aujourd'hui le Judo connaît un léger déclin et dans son histoire on peut voir en filigranne un avenir possible de l'Aïkido. Alors que le Judo était encore en plein développement une partie de ses pratiquants s'orientaient vers l'Aïkido. Aujourd'hui alors que l'Aïkido se développe dans le monde certains de ses pratiquants se tournent vers le Iaïdo ou les Koryu.


Sugino Yoshio


Plus on veut ratisser large moins ce qui est proposé a de goût. C'est le cas de nombreux "blockbusters" américains qui à force de vouloir plaire à tout le monde n'intéressent plus personne. Les pratiquants s'orientent alors vers des disciplines plus confidentielles dont le développement n'est pas encore suffisament important pour en avoir fait perdre l'essence.

Le Judo comme l'Aïkido et toutes les voies martiales ne pourront faire l'économie de cette prise de conscience si elles veulent préserver ou retrouver leur essence...


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Samedi 10 novembre 2007 6 10 /11 /2007 18:40
Kuroda Tetsuzan est l'un des plus grands maîtres d'arts martiaux contemporains. A vingt ans il devient le plus jeune pratiquant de l'histoire à recevoir le titre de Hanshi Hachidan (8ème dan) de Kobudo du Daï Nippon Butokukaï. Pratiquant hors pair il est aussi un théoricien exceptionnel qui a mis en lumière les principes régissant l'utilisation du corps dans les voies martiales traditionnelles.




Senseï, à quel âge avez-vous commencé à pratiquer les arts martiaux?
Lorsqu'on me pose cette question je réponds généralement que j'ai commencé sérieusement l'entraînement à cinq ans. Mais en réalité il n'y a pas eu de moment particulier où je me souviens avoir débuté.
J'écoutais le bruit des bokkens, le son des shinaïs et les kiaïs dans le ventre de ma mère. Je suis né et j'ai été élevé dans ce monde. Le dojo n'était séparé des pièces d'habitation que par une cloison et j'ai grandi au son de la pratique. Aussi loin que remontent mes souvenirs conscients j'étais déjà en train de m'entraîner avec les adultes.

Votre enfance a du être assez différente de celle de la plupart des enfants.
Je ne faisais pas d'entraînements spéciaux. J'ai été élevé de manière classique dans un environnement particulier.
Je n'en ai pas souvenir mais on m'a raconté qu'étant enfant lorsque j'étais assis sur les genoux de mon père il me laissait rouler des journaux et lui en mettre des coups. Une sorte d'entraînement ludique spontané. (rires)

Est-ce que vous preniez plaisir à pratiquer ou était-ce plutôt une corvée?
Ce dont je me souviens c'est simplement qu'on me disait "C'est l'entraînement." Je travaillais les katas puis on me mettait l'armure pour les exercices. Ce sont les souvenirs que j'ai.
Mais lors de l'enterrement de mon grand-père un des sempaïs qui avait un peu plus d'une dizaine d'années que moi m'a dit "Tetchan tu n'écoutais vraiment rien. Tu t'enfuyais en pleurant et en courant dans tous les sens! Il fallait plusieurs adultes pour te maîtriser et t'enfiler ton armure."
Je n'ai aucun souvenir de cela mais c'est probablement pénible pour un enfant de se voir harnaché d'une armure. Il semble que c'est ce qui se passait quand j'étais tout petit mais je ne m'en souviens pas.

(Note du traducteur : -Un sempaï est un aîné, un ancien de l'école dans le cas présent.
-Tetchan est un surnom affectif pour Tetsuzan.)

Sur votre site il y a des photos de vous, enfant, en démonstration. A cette époque vous ne pratiquez plus à contrecoeur?
Je devais être en cinquième année d'école primaire. Je devais avoir onze ans. Ce n'est pas que j'allais de moi-même au dojo parce que j'adorais cela. C'était juste quelque chose de naturel qui faisait partie de mon quotidien.

Avez-vous des frères et soeurs?
J'ai une petite soeur. Mais elle n'a jamais pratiqué. A l'âge adulte elle a voulu pratiquer le Iaï. Je lui ai dit qu'elle pouvait commencer et mon grand-père est arrivé au dojo. Il lui a parlé comme à n'importe quelle autre élève. "Qu'est ce que c'est que ça? C'est incorrect." Et elle a arrêté aussi soudainement qu'elle avait commencé. (rires)




A quel âge êtes-vous devenu Soke?
Il n'y a pas eu de denjushiki ou quoi que ce soit de particulier. Mon grand-père m'emmenait toujours avec lui à l'embukaï de Kyoto. Finalement lorsqu'il ne fut plus en état d'y aller à cause d'une attaque cérébrale il m'envoya seul avec les disciples.
Lorsqu'il est mort mon père m'annonça simplement qu'il lui avait dit que c'était à moi de lui succéder. Les choses se sont passées ainsi, très naturellement.

(N.d.T. : -Le denjushiki est une cérémonie traditionnelle où l'on reçoit une licence dans les voies traditionnelles japonaises.
-Un embukaï est une démonstration traditionnelle d'arts martiaux.)

C'est à la mort de votre grand-père que vous avez reçu les e-densho de l'école?
Lorsqu'il était vivant mon grand-père me livrait petit à petit les e-densho des ryu. Une fois je lui ai demandé si il y avait des e-densho de Iaï et il m'a répondu que non.
Un jour il est venu me voir et m'a dit "Tiens." en me donnant les e-densho de Iaïjutsu. Il avait une idée précise du moment où il fallait me révéler les e-densho. (rires)

(N.d.T. : -Les e-densho sont les parchemins où sont dessinées les techniques du ryu, l'école.)

Quel genre de personne était votre grand-père?
C'était un gentil grand-père. Lorsqu'il prenait le train pour aller à un embukaï si il voyait un bébé dans le train il lui souriait tout le long du trajet. Il avait un très beau visage avec son crâne rasé comme un bonze. On aurait dit un jizo! (rires)

(N.d.T. : Jizo est un Boddhisattva protecteur des enfants.)

Comment était-il pendant les entraînements?
Je ne sais pas parce qu'il ne restait pas au dojo pendant les cours. Quand je commençais à m'entraîner seul il venait alors s'installer tranquillement et me regardait en souriant. Ca m'ennuyait vraiment d'être observé pendant que je pratiquais. (rires)
D'abord il me disait tout le temps que ma saya était en retard, que ma main gauche était trop lente. Il me regardait une heure puis repartait dans sa chambre. Mais qu'il soit dans le dojo ou pas il voyait de la même manière, il savait ce qui s'y passait.
Il dégageait la présence imposante de quelqu'un qui a la maîtrise.

Comment se sont passés vos débuts d'enseignants?
J'ai commencé à enseigner après l'université. J'ai d'abord eu quatre ou cinq élèves, des adultes puis quelques enfants. Petit à petit le bruit s'est répandu que le dojo était sérieux et les élèves ont commencé à affluer.


Kuroda Yasuji


Est-ce votre père ou votre grand-père qui vous a enseigné les katas?
J'ai appris les katas avec mon grand-père. Je pratiquais les katas depuis l'enfance mais lorsque j'avais un trou de mémoire je demandais à un des sempaïs proche de mon grand-père, celui qui m'a raconté l'anecdote lors de son enterrement.
Mon grand-père voulait l'adopter car il était doué et s'entraînait sérieusement.

On raconte beaucoup d'histoires sur votre grand-père. J'ai notamment entendu qu'il s'était battu contre quatre yakuzas.
Je crois que c'est l'histoire qui s'est passée à Omiya sur la Hikasando. Mais ils n'étaient pas quatre. Il étaient sept ou huit. Je n'ai pas assisté à la scène mais plusieurs personnes qui habitaient le quartier me l'ont racontée.
Mon grand-père marchait en getas et s'est retrouvé entouré d'une bande de yakuzas armés d'aïkuchi. Tous les gens autour étaient effrayés à la vue de cette bande armée. Mon grand-père a alors pris un geta dans chaque main et les a tous frappés sur la tête en les traitant d'abrutis. Ils se sont tous enfuis en courant! Il a essuyé ses getas et a repris son chemin.
Il n'a blessé personne. C'était ce genre de personne.

(N.d.T. : -Les getas sont des sandales de bois.
-Les yakuzas sont les mafieux japonais.
-Les aikuchis sont une variété sans garde de tanto, les poignards japonais.)

J'ai aussi lu plusieurs histoires où il démontre une compétence en coupe incroyable.
Il y a plusieurs anecdotes.
Il y en a une qui s'est passée à l'académie militaire de Toyama pendant la guerre. On lui avait demandé de venir enseigner la coupe aux soldats. A cette époque l'entraînement consistait à couper des bambous plantés dans le sol.
Mon grand-père leur dit: "Vous êtes des militaires et vous ne ferez pas face à des adversaires qui attendent simplement assis ou debout. Entraînez-vous plutôt à couper en courant!"
L'instructeur lui répondit que c'était plus facile à dire qu'à faire et lui demanda une démonstration. Il prit alors un sabre militaire et coupa en courant tous les bambous.
Ce qui est important ce n'est pas qu'il ait coupé tous les bambous mais la manière dont il l'a fait. Il ne s'est pas arrêté pour prendre appui et couper en diagonale. Il les a tous coupés à l'horizontale en courant avec juste un léger mouvement du poignet!
L'instructeur lui a alors dit: "Vous pouvez couper ainsi mais c'est impossible pour des soldats." Mon grand-père est alors parti. (rires)

Il y a aussi cette histoire qui s'est aussi passée pendant la guerre. Il y avait à l'époque des réunions où l'on allait encourager les soldats qui partaient au front. Des militaires faisaient des démonstrations et l'un d'entre eux essaya de couper une cible faite de trois bambous remplis de sable. Il coupa avec puissance et réussit à trancher la moitié de la cible.
Il a alors proposé aux maîtres de kendo présents d'essayer de couper à leur tour mais peu habitués à ce type d'exercices ils ont tous décliné l'offre.
Mon grand-père accepta mais dit: "Etant donné que c'est mon métier il n'y a rien d'intéressant à couper avec un sabre tranchant." Il prit un sabre non aiguisé au mur du dojo et coupa la cible en deux.
Ce sont aussi des gens habitant le quartier qui y avaient assisté qui me l'ont raconté. Ils étaient tous sidérés. Tout le monde était surpris et fier qu'un tel maître vive à Omiya.

Il semble que votre grand-père avait vraiment atteint un niveau remarquable.
Mon grand-père possédait la force d'un combattant, la capacité de mettre les choses en pratique dans une situation réelle. Le genre de capacité qu'il a démontrée en combattant les yakuzas. Il avait travaillé aussi bien la forme que le combat.
Ses mouvements était magnifiques. Il tenait le sabre si légèrement. Pas d'une manière ostensible mais avec une véritable légèreté.

Il est venu s'installer à Omiya à vingt-cinq ans. Jusque là il avait pu s'investir totalement dans la pratique et a reçu rapidement la transmission de l'école. Mais à partir de ce moment-là il s'est consacré à la formation de ses disciples et n'a pas eu le loisir de s'entraîner réellement.
Rien que depuis l'université il s'est passé plus de trente ans pendant lesquels je me suis investi complètement dans l'étude et la pratique. Rien qu'avec ces années-là j'ai pu m'entraîner plus que mon grand-père. Si il avait eu cette possibilité il serait probablement parvenu au niveau des Meïjin, les plus grands maîtres de l'histoire.


Kuroda Yasuji


Le Shinbukan est composé de cinq écoles. Ces traditions ont-elles été réunies parce qu'elles partageaient les mêmes principes ou se sont-elles "transformées" lorsqu'elles ont été unies?
Le Shinbukan a été fondé par Kuroda Yaheï Masayoshi et c'est à cette époque que les cinq traditions ont été réunies. Plusieurs personnes m'ont posé la question et on m'a même fait la remarque que si elles sont pratiquées par la même personne, toutes les écoles deviennent semblables et perdent leur spécificité.
La question est alors de savoir ce qu'est la spécificité d'un ryu. Je ne suis pas sûr de saisir ce que ces personnes veulent dire. Est-ce que, en prenant l'exemple du Karaté, il s'agit de la différence de hauteur du poing en position de garde comme en Shuri-te ou Naha-te? Ou est-ce la manière d'utiliser le corps?
Si c'est la manière d'utiliser le corps c'est autre chose. Tous les corps sont semblables. Qu'on monte le bras ou qu'on le descende c'est la même chose. Après il faut juste voir si le mouvement est juste. Pas la forme.

La spécificité d'une école est un sujet très compliqué qui est débattu depuis l'ère Edo et sur lequel existe de nombreux écrits.
Les Ryugi, Ryu-ha présentent des différences au niveau de la forme et des gardes et c'est naturel. Mais que l'on puisse reconnaître en voyant quelqu'un bouger qu'il est de telle école est plus un défaut ou une mauvaise habitude. Ce n'est pas le genre de chose sur lequel on peut miser sa vie...
Les mouvements doivent être mushu mushoku, inodores et incolores.

(N.d.T. : -Un ryu est une école traditionnelle de techniques martiales.
-Les ryugi et ryuha sont les traditions et styles martiaux.)

Il n'y a donc pas de spécificités d'écoles?
Il y en a dans les katas, dans les positions, les gardes, les armes utilisées, le ken, le bo, le jutte, etc... Ce sont les éléments qui posent le problème. Comment bouger à partir de cette situation, cette position?
Tout ce qui est du domaine de l' "ambiance" dans la manière de bouger est un "tic", une mauvaise habitude puisque ce sont des gestes "visibles".
Une des écoles s'appelle Tsubaki Kotengu-ryu Bojutsu. On peut alors imaginer que dans une école fondée par un Tengu on doit bouger comme un Tengu. (rires) J'avoue alors mon incompétence.

(N.d.T. : -Ken = sabre.
-Bo = bâton, il s'agit dans le Tsubaki Kotengu-ryu Bojutsu d'un bâton similaire à celui utilisé en Aïkido.
-Jutte = matraque en acier munie d'un crochet.
-Tsubaki Kotengu-ryu bojutsu = l'école de la technique du bâton du petit tengu Tsubaki.
-Les tengus sont des créatures mythiques japonaises, sortes de lutins maîtres en arts martiaux.)

Cela signifie-t-il que les pratiquants d'autrefois bougeaient comme vous le faites?
Je ne peux pas dire comment il bougeaient. Mais les élèves de mon grand-père qui ont atteint le mokuroku avant la guerre bougeaient exactement comme lui. Il n'y avait rien. Juste les gestes purs sans maniérisme.
Au Shinbukan il existait un système de kyu mais pas de dan. Après le premier kyu on recevait la transmission, le mokuroku.
Jusqu'au 5ème ou 4ème kyu il restait encore des tics. Le pratiquant pouvait être fort en combat mais c'était autre chose.
A partir du 3ème kyu, quel que soit le pratiquant qui l'exécutait, le kata était identique. On pouvait donc l'apprendre de n'importe lequel d'entre eux. C'est un niveau auquel je n'ai pas encore réussi à amener d'élèves.

(N.d.T. : -Les kyu et dan sont des grades utilisés dans les arts martiaux.
-Le mokuroku est un diplôme attestant la transmission d'une école.)

C'est la raison pour laquelle personne n'est autorisé à enseigner au Shinbukan excepté vous?
Oui. Je veux que la transmission soit inaltérée. Parce que le but est que les élèves arrivent à copier exactement ce que je fais. Lorsque j'enseigne les gens ne voient pas, ne comprennent pas. Dans le groupe des élèves avancés où j'enseigne en détail, de la marche au salut, à la prise du sabre, etc..., certains ont acquis la marche. Mais il leur est interdit d'enseigner.
Dans les exercices éducatifs ils peuvent faire sentir à leur partenaire les moments où la force est utilisée, où il y a un blocage. Il est possible qu'ils expliquent ce qui est recherché ou la théorie utilisée dans le mouvement mais il leur est interdit de montrer le kata.

C'est interdit parce que sinon le kata deviendrait immédiatement la copie de cette personne.

Admettons que vous recevez l'enseignement d'un kata par un maître. Vous regardez mais vous ne voyez pas. Vous demandez alors à un sempaï de vous montrer ce que vous n'avez pas compris. Cela semble acceptable puisque vous avez reçu l'enseignement du kata par le maître.
L'ancien vous montre alors le kata et les choses deviennent plus claires. Vous voyez et comprenez. Vous commencez à pratiquer et vous avez en fait appris le kata du sempaï.
Tout ce qui fait la richesse et l'intérêt de l'étude a disparu. Les mouvements invisibles sont devenus visibles.

Autrefois quel que soit la personne qui vous enseignait le kata la forme était intacte. Mais aujourd'hui il n'y a plus d'élèves de ce niveau. Si vous apprenez le kata avec A ou B vos gestes seront immédiatement ceux de A ou B. Parce que vous voyez leurs gestes, qu'ils sont faciles à voir et à copier. Vous n'apprenez que le mauvais côté de la spécificité d'une école et passez à côté de son essence. Il faut apprendre des gestes sans couleurs et sans odeurs. Ce sont les seuls qui vous permettront de ne pas être coupés.




Vous n'utilisez plus le système de kyu?
Je n'utilise pas le système des kyu qui définit ce que l'on doit apprendre par niveau. Ce système crée une pyramide très large à la base qui s'amenuise très vite car seul ceux qui sont capables d'apprendre correctement les formes ont la possibilité de découvrir ce qu'il y a derrière.
J'essaye de faire en sorte que tout le monde pratique et progresse ensemble, que tout le monde prenne plaisir à travailler les gokui dans les kata ou les asobi geiko.

L'entraînement que tout le monde fait actuellement, même s'il s'agit de katas omote n'est pas de niveau omote. C'est une pratique de niveau très élevé. Au Shinbukan tout le monde travaille les principes supérieurs dès le départ, musoku, ukimi, etc...
Si je définissais des critères pour tel ou tel kyu chacun travaillerait uniquement dans cette optique. Dans le monde moderne des Budo Bujutsu c'est peut-être cela la spécificité de notre école.
Cette manière de faire est d'ailleurs parfois mal vue dans des ryus traditionalistes car c'est une vision de l'enseignement très moderne. De la même manière les éducatifs que l'on pratique dans une atmosphère détendue sont aussi assez souvent mal vus et compris. (rires)

(N.d.T. : -Les gokui sont les principes secrets, supérieurs d'une école.
-Les asobi geiko sont des exercices éducatifs qui permettent de travailler un ou plusieurs principes dans des mouvements particuliers.
-Omote signifie ce qui est visible, il s'agit dans ce cas des premiers enseignements que l'on reçoit.
-Musoku: théorie qui vise à ne pas prendre appui dans le sol.
-Ukimi: théorie du "corps flottant".)

Il n'y avait pas d'exercices éducatifs dans le passé?
Non, on travaillait simplement les katas puis on revêtait l'équipement pour passer aux combats. La pratique se composait par moitié de répétition de katas et par moitié de combats.

Quand avez-vous commencé les asobi geiko?
J'ai commencé à utiliser le terme dans des écrits il y a sept ou huit ans.  Mais ils ont commencé il y a beaucoup plus longtemps. C'est venu d'une prise de conscience après plusieurs rencontres.
Mes échanges avec Kono Yoshinori et d'autres rencontres m'ont amenés à revoir ma pratique et l'héritage du Shinbukan. Le fait que je n'arrive pas à utiliser efficacement telle ou telle partie d'un kata m'ont amené à travailler encore et encore tel ou tel mouvement. C'est ainsi que sont nés les asobi geiko.
Ce n'est pas quelque chose que j'ai pensé créer mais qui est né très simplement. Tel jour nous travaillions uniquement un mouvement d'un certain kata en prenant conscience du plus infime détail, puis un autre à l'entraînement suivant. J'ai ainsi pu redécouvrir toute ma pratique. Pourquoi en faisant ainsi le mouvement ne créait pas de déséquilibre, quelle utilisation du corps rendait la technique efficiente?

Aujourd'hui il n'y a plus de pratique avec armures. Est-ce parce que c'est inutile?
Il y a à cela deux raisons. Tout d'abord il y a le manque de temps. Mais il y a surtout le fait qu'après avoir travaillé des choses extrêmement fines tout disparaît dès qu'on revêt l'armure. Si on travaille pendant trois heures à pratiquer sans force, tout disparaît dès la première frappe et les trois heures d'entraînement sont évaporées! En travaillant ainsi on n'arrive jamais à changer la manière d'utiliser le corps.
Les gens qui sourient et sont heureux en étant frappés sont rares. (rires) Et même si on dit de pratiquer souplement souvent les gens n'ont pas conscience qu'ils frappent fort. Les gens changent lorsqu'il revêtent l'armure. De la même manière qu'ils changent lorsqu'ils sont au volant d'une voiture. On peut leur demander de ne pas frapper près des oreilles ou de ne pas mettre de force, les consignes ne sont pas respectées. C'est un problème que je connais bien et je ne veux pas perdre de temps comme cela.
De plus le combat sert à mesurer sa technique, mais il faut avoir une technique à mesurer avant de revêtir une armure. (rires)

Lorsque vous combattiez avec les armures pratiquiez vous avec les postures du Kendo moderne?
Non, nous pratiquons le Komagawa Kaïshin-ryu, les hanche basses, le kissaki haut. A l'époque du Budokaï nous combattions encore avec des kendokas et ils étaient toujours surpris par la hauteur de notre sabre. Le kamae est totalement différent.

(N.d.T. : -Le kissaki est la pointe du sabre.
-Kamae = garde.)




Ukimi, musoku et les autres théories sont-elles des okudens anciens ou des découvertes que vous avez faites?
Ce sont des choses que j'ai développées moi-même lorsque j'ai réexaminé ma pratique, des suburis aux katas.
Il existait bien sûr des concepts tels que rendre les choses courtes longues, utiliser les longues comme si elles étaient courtes. Nous faisions par exemple les suburis près des shojis de manière à pouvoir utiliser le sabre même dans un espace restreint sans heurter les murs ou le plafond. C'était ce genre de choses concrètes.
Et faisant ainsi on comprenait que le sabre ne doit pas tourner. S'il ne tourne pas on ne peut pas utiliser d'élan, fouetter ou balancer comme avec une batte de base-ball. Si on coupe en fouettant ou avec élan on a besoin de puissance pour avoir de la vitesse, et cela d'autant plus que l'objet est long.
Dès le suburi de base, wa no tachi, on est confronté à un principe fondamental de l'école qui consiste à couper sans fouetter ou prendre d'élan ni faire de cercle. Ce sont ces théories que j'ai redécouvertes et formalisées.

(N.d.T. : -Okuden = enseignement interne, secret.
Suburi = mouvement de coupe au sabre.
Shoji = porte coulissante japonaise en bois et papier.)

D'après l'exemple que vous venez de mentionner une arme peut donc être utilisée de la même manière qu'elle soit longue ou courte?
Bien sûr. Il y a une technique connue en Iaï qui consiste à arrêter une attaque de tanto avec le sabre à une distance de 9sun 5bu, c'est-à-dire moins de 30cm, avec un katana. Si la pratique ne permet pas d'exécuter ce genre de choses elle est inutile. Si on dégaine avec amplitude on finit transpercé avant que le sabre n'ait pu être sorti. Comment miser sa vie dans une technique aussi limitée?!
Il y a beaucoup d'histoires de grands maîtres de Iaï qui illustrent ce principe mais ce n'est bien sûr pas l'essence du Iaï. Seulement c'est une des choses que l'on doit pouvoir réaliser.

Lorsque vous avez formalisé vos théories avez-vous été inspiré par d'autres écoles?
Je parle parfois de la méthode Alexander parce que je me suis rendu compte en lisant un livre sur le sujet que l'un de ses principes qui dit qu'il ne faut pas bouger juste avec l'idée du geste mais en étant réellement conscient de ce que nous faisons est semblable à ce que nous travaillons. Mais je ne l'ai pas étudiée et je ne m'en suis pas inspiré, ni d'autres écoles d'ailleurs.

Avez-vous déjà vu des écoles ou des maîtres qui utilisent les mêmes principes que vous?
Je n'en ai jamais rencontré mais je n'en ai pas cherché non plus. Il est tout à fait possible que d'autres écoles utilisent les mêmes principes. Il y a par contre d'autres écoles qui utilisent des termes proches ou similaires tels que seichusen ou musoku mais qui ne recouvrent pas du tout le même travail ou la même conception.

(N.d.T. : -Seichusen = ligne centrale, axe)

Vous expliquez souvent que ceux qui ne peuvent pas voir ne voient pas. Qu'entendez-vous par là?
Quelle que soit le domaine un oeil exercé voit des choses que la plupart des gens ne voient pas. Il ne s'agit pas de choses mesurables qui sont faciles à voir et qui peuvent être contrefaites, mais de l'essence des choses. Du regard qui permet de voir au-delà des apparences souvent trompeuses et de voir même recouvert de boue le véritable trésor.
Dans le domaine des arts martiaux il n'est pas nécessaire par exemple d'être un pratiquant pour reconnaître de telles choses et Nishioka senseï, le maître de Shodo, voit parfaitement le seichusen alors qu'il reste invisible au commun des gens, même pratiquants.
Après avoir vu la vidéo où je pratique le bo il m'a dit: "Je voyais quelque chose de bizarre en la regardant mais je n'arrivait pas à savoir quoi jusqu'à ce que je vois que tout votre corps était en permanence caché par le bo."
La technique consiste effectivement à être en permanence protégé mais il ne s'agit pas d'être réellement derrière le bo dont le diamètre ne peut absolument pas cacher la largeur du corps même de profil. Mais il voyait et comprenait la technique. Si on parle de ça avec une personne qui ne possède pas cette vision elle répondra juste: "Evidemment on vous voit!"

(N.d.T. : -Shodo = calligraphie.)




En Shinbukan on pratique toujours en souplesse, sans passer par un travail dur qui est souvent la base ou un passage dans d'autres écoles ou disciplines, quelle en est la raison?
C'est une question de niveau. Nous pratiquons le Jujutsu et c'est un art qui repose sur la souplesse. Quand mon grand-père voyait des gens pratiquer en force il disait "C'est du Gojutsu pas du Jujutsu.".

(N.d.T. : -Jujutsu = ju signifie souplesse et jutsu technique.
-Gojutsu = go signifie force.)

La pratique des armes au Shinbukan se fait aussi sans heurts et chocs violents. Quelle en est la raison?
C'est aussi une question de niveau.

Les débutants peuvent donc ou doivent pratiquer avec force et puissance?
Dans l'absolu ce n'est pas vraiment un problème qu'ils pratiquent ainsi. Mais en faisant cela il est très difficile d'évoluer et de passer à une autre pratique. A une époque où nous disposons d'aussi peu de temps et où l'on ne peut consacrer que quelques heures par semaine ou par mois il est impossible de rentrer dans une autre dimension de pratique en s'entraînant comme cela.
C'est pour ces raisons que j'enseigne les principes supérieurs dès le départ à tous les élèves et que j'exige qu'ils n'utilisent absolument aucune force dans la pratique. Si on utilise la force on est tout de suite dans un travail très limité. Recevant cet enseignement dès le départ il est normal de le mettre en application immédiatement.

Certains disent qu'il ne faut pas imiter les gens âgés alors qu'on est jeune et qu'il faut utiliser son corps au maximum. Ce n'est pas qu'il ne faut pas utiliser les ressources de son corps. Quand on regarde le corps de mon grand-père ou celui de son frère on est impressionné. Mais c'est un corps qu'ils ont développé et acquis en s'entraînant du matin au soir dès leur plus jeune âge en appliquant le principe de ne jamais utiliser la force.
Ils ne l'ont pas développé en s'entraînant à soulever des pierres, en escaladant des montagnes ou en portant des branches. (rires) C'est en pratiquant sans relâche en appliquant le principe de non utilisation de la force qu'ils ont développé des bras aussi épais. C'est là un travail véritablement remarquable.
Développer un tel corps en n'utilisant aucune force implique une quantité de pratique incroyable. Ce sont généralement des choses qui ne peuvent être développées que par une pratique intensive dès la plus tendre enfance. Etant nés dans une maison de maîtres d'arts martiaux ils pratiquaient du matin au soir tandis que les élèves se succédaient. A l'époque après une journée d'entraînement sans utiliser la force musculaire il arrivait que mon grand-père ne puisse même plus tenir ses baguettes et qu'il faille que quelqu'un lui serre les doigts autour.
C'était réellement un niveau effrayant. Il faut imaginer l'entraînement de mokurokus qui se déroulait à une vitesse incroyable.



Autrefois comme les gens consacraient plus de temps à la pratique on laissait donc les gens pratiquer en force jusqu'à ce qu'ils comprennent naturellement?
Non, nous ne prenions pas ce genre d'élèves puisque seuls ceux qui pouvaient faire le suburi correctement après trois ans étaient acceptés. Même les pratiquants de niveau kyu avaient un niveau très élevé même si ils n'étaient pas encore au stade des mokurokus.
C'est là le véritable entraînement.

Vous parlez d'étapes de pratiques, qu'entendez-vous par là?
Aujourd'hui les pratiquants s'entraînent de la même manière tout le long de leur vie. Un huitième dan fera mieux la même chose qu'un premier dan. Mais l'essence de leur entraînement est identique.
La pratique doit évoluer et les étapes nous amènent à utiliser le corps différemment. C'est ce que j'appelle rentrer dans un autre monde.

Lorsque vous étudiez receviez-vous des explications?
Non. J'ai appris les katas si jeune que je ne m'en souviens pas. Il n'y avait pas d'explications.

Est-il nécessaire de donner des explications où l'enseignement sans paroles est-il préférable?
Dans l'absolu il n'y a besoin d'aucune paroles et la véritable transmission se fait "I shin den shin".
Dans le monde actuel si les gens veulent étudier les théories supérieures il est nécessaire de les expliquer. Le problème ne se pose plus vraiment de savoir quel est le mode de transmission.
Dans la situation actuelle il faut que l'élève commence par comprendre les théories avec la tête. Ensuite dès qu'il commence à bouger je lui fait alors remarquer qu'il utilise la force, qu'il pousse dans le sol. Et à partir de là le travail de correction commence.
Sans explications il sera possible d'imiter la forme mais pas de comprendre les mécanismes d'utilisation du corps. Je l'explique et le démontre en faisant toucher les muscles que j'utilise aux élèves mais pour effectuer le même mouvement les muscles que je sollicite sont totalement différents des leurs. Si je ne donnais pas d'explications et disais seulement: "Voilà c'est ainsi." après une démonstration, les élèves continueraient à utiliser les mêmes muscles et de la même manière. Il n'y aurait pas d'évolution.
D'un autre côté il est évident que les mots ne permettent de percevoir les choses que d'une manière superficielle et n'en transmettent pas l'essence...

(N.d.T. : -I shin den shin = d'âme à âme.)




Vos mouvements évoluent-ils encore?
Je le crois. Je sens des changements subtils qui continuent à s'opérer, enfin je l'espère! (rires)

Il y a cinq écoles dans le Shinbukan. Une seule école ne suffirait-elle pas à apprendre l'utilisation correcte du corps?
On dit qu'il est plus facile de monter un escalier quand les marches ne sont pas trop espacées. Il est plus facile de comprendre les choses lorsqu'on peut les voir sous différents angles.
Le corps des gens ne bouge pas comme ils le désirent. Une fois cette prise de conscience acquise il est plus facile d'avancer en pratiquant un grand nombre de mouvements différents.

Comme nous l'évoquions précédemment au sujet de la spécificité d'un ryuha, de son parfum, certains pensent qu'il n'y a pas assez de temps pour maîtriser plusieurs écoles. Chez nous les théories qui sous-tendent les écoles sont les mêmes et nous cherchons avec toutes à faire disparaître nos mouvements, à appliquer les théories.

On dit parfois d'un individu qu'il est mauvais en katas mais fort en combat. C'est sans intérêt. C'est en devenant bon dans la pratique des katas que l'on développe une véritable technique.

Le fait que les katas sont importants et qu'il faut les transmettre intacts n'est bien sûr que mon opinion personnelle et il existe beaucoup de personnes qui pensent différemment. Il s'agit juste de la manière de penser qui sous-tend la tradition dont j'ai hérité.
Toutefois dire simplement que les katas sont importants ne suffit pas. Il ne s'agit pas de les conserver comme des vestiges ou des pièces de musée. Les katas sont des outils qui permettent la transformation du corps, une révolution dans son utilisation.
C'est totalement différent d'un sport qui développe généralement le corps dans son utilisation commune. J'ai d'ailleurs toujours été mauvais en sport. L'esprit ne me convenait pas mais surtout je n'avais par un corps adapté à ce genre de pratique. De plus je n'avais aucune aptitude à l'utilisation d'une balle. (rires)
La première fois que j'ai lancé un shuriken je l'ai parfaitement compris. J'arrivais à planter facilement un shuriken mais pas à lancer une balle. J'utilisais mon poignet en juntaï et n'arrivait pas à fouetter. Du coup je n'ai jamais apprécié le base-ball ou ce genre de choses.

Dans ma jeunesse je pensais que les qualités physiques et la vitesse déclinaient avec l'âge. Je n'avais pas conscience qu'il existait un état où cette loi ne s'appliquerait pas. Ce sont des mouvements que je suis capable de faire aujourd'hui.

(N.d.T. : -Juntaï = théorie du Shinbukan qui consiste à utiliser le corps en effectuant le moins de mouvements possibles.)

La musculation, la course ou le stretching sont donc des pratiques inutiles selon vous?
Du point de vue du Bujutsu, oui. Mais du point de vue de la santé c'est différent. S'étirer au réveil par exemple pour des gens qui ont un corps raide comme moi est une bonne chose.
Quand j'ai dépassé la quarantaine je me suis rendu compte que mes muscles étaient tendus après les cours. J'ai alors commencé à m'étirer régulièrement. Au début ça n'allait vraiment pas loin. (rires) Mais ça a progressé petit à petit.




Il y a près de trois cent katas dans le Shinbukan. Chacun renferme-t-il un enseignement particulier?
Non. Les katas transmettent les théories. Mais il y a différents niveaux de katas. Les katas des débutants contiennent plus de gestes. Ensuite en avançant les katas deviennent de plus en plus simples.
Mais simple n'est pas le mot juste car leur simplicité apparente cache une plus grande difficulté. C'est très clair en Jujutsu ou Kenjutsu où les premiers katas sont faits de plusieurs séquences et où ils deviennent souvent un seul mouvement dans les katas supérieurs.
Dans les disciplines modernes on commence souvent par enseigner des techniques simples avec peu de mouvements au début. Les Bujutsu font le contraire.
Le nombre de mouvements peut faire apparaître les choses difficiles mais il suffit de faire les gestes les uns après les autres. Par contre les katas supérieurs demandent de comprendre les principes et de voir si le geste est effectif ou pas. Il faut sentir si l'on a réussi à prendre le partenaire ou pas. Mais pour une personne qui n'a pas la capacité de voir ce type de travail n'est d'aucune utilité. On peut expliquer de n'importe quelle manière, une personne qui ne voit pas ne comprendra pas.
Ce n'est pas que l'on réagit à une frappe ou une coupe. Il faut pouvoir saisir ce qui est invisible. Une personne au regard aiguisé verra tout ce qui se passe alors même qu'il peut n'y avoir aucun mouvement et qu'un oeil non éduqué ne verra qu'une situation figée. Les gens qui ne voient que la forme extérieure ne peuvent pas comprendre. Ils imaginent qu'à tel geste correspond telle réaction et que sans mouvement rien ne se passe. Ils sont aveugles.
C'est là la vrai difficulté de katas qui apparaissent très simples en apparence.
Les katas de débutants qui semblent difficiles en raison de leur grand nombre de séquences servent à éduquer le corps et apprendre à bouger et sont en réalité plus faciles d'exécution.

Aujourd'hui très peu de gens sont intéressés par les voies traditionnelles au Japon alors que les sports de combat sont très populaires. Un argument récurrent est le fait que les katas ne sont pas des techniques réellement applicables en combat. Qu'en pensez-vous?
Les gens qui sont forts en combat le sont généralement naturellement même s'ils ne pratiquent rien. L'entraînement en sports de combats leur permet juste de développer ces aptitudes.
Les katas servent à imprégner le corps des théories et à le transformer. Les gestes des personnes normales sont visibles et peuvent être stoppés par une autre personne. Nous pratiquons afin d'arriver à un geste qui ne peut être arrêté, à rendre nos mouvements invisibles, et à développer la capacité à saisir le moment où le partenaire à l'intention de bouger.
Il ne s'agit pas de développer la capacité à briser des briques. Notre pratique nécessite du temps. Il vaut mieux que les gens qui s'entraînent avec l'idée d'utiliser leurs acquis en bagarres ne viennent pas au Shinbukan. Ils ne seront pas prêts à temps. Il vaut mieux qu'ils aillent faire des pompes et développer leurs muscles et leur endurance. Cela leur servira probablement plus rapidement. Même si cela n'a rien à voir avec le Bujutsu.

Il est impossible d'éviter une attaque rapide si on ne possède pas la rapidité d'une mangouste. Il faut des qualités animales pour esquiver ce genre d'attaques.
Lorsque deux individus combattent dans les sports de combats ils opposent leur qualités physiques. Nous cherchons à développer une sensibilité qui nous permette de sentir une attaque avant qu'elle ne se développe. Nous nous entraînons à amener l'adversaire à attaquer où nous le désirons. C'est le type d'entraînement qui me semble valable.
Mais avant de combattre il est important de contrôler son corps. Pour cela il faut d'abord prendre conscience que nous ne contrôlons pas notre corps même pour des gestes aussi simples que de lever le bras. Nous cherchons à développer un corps qui bouge librement.
Je voudrais amener les élèves à s'approcher ne serait-ce qu'un peu de l'essence du monde du ken.




Quels sont les différences entre les voies martiales japonaises, chinoises ou occidentales?
Ce sont surtout des différences d'ordre culturel. Au Japon Bun, la culture, et Bu, la technique martiale, sont mises au même niveau. En Chine par contre la culture est considérée supérieure à la pratique martiale qui était réservée aux mercenaire, gardes, etc...
Le rapport aux objets de pratique y est aussi différent. Une arme peut y être foulée aux pieds puisqu'elle n'est qu'un instrument d'entraînement.

Au Japon il y a eu une culture issue des samouraïs. Le katana y est considéré l'âme du bushi. Il s'agit, plus que d'une simple technique de combat, d'éduquer un homme avec des valeurs morales. Le Bushido est l'éducation d'un gentleman.

(N.d.T. : -Bushi = guerrier.)

Avez-vous rencontré des maîtres qui vous ont impressionné?
Quand j'étais jeune mes yeux ne voyaient pas et je ne regardais que les mouvements de mon grand-père que je trouvais superbes. Les autres senseïs possédaient sans aucun doute une technique magnifique mais je n'étais pas capable d'être touché.

Récemment il m'est arrivé une chose très étonnante. J'étais invité à Aïki expo et j'ai vu une démonstration de Ellis Amdur du Toda-ha buko ryu avec son disciple. En regardant la démonstration j'ai eu les larmes aux yeux. Je me demandais ce qui m'arrivait.
Je continuais à y réfléchir une fois rentré à l'hôtel et j'ai compris ce qui m'avait touché. Il préservait le kata avec toute ses forces. Ce n'est pas un niveau technique qui m'a impressionné, mais le fait qu'il préserve le kata aussi fidèlement. Il n'y a plus dans des cas pareils de distinction entre un japonais, un américain ou qui que ce soit.
Ce n'est pas que ses gestes aient été proches de notre école ou qu'il utilisait les mêmes théories que nous, mais son kokoromichi durant l'embukaï m'a profondément touché.

Beaucoup donnaient probablement de l'importance aux katas mais seul Ellis Amdur m'a ému. Le coeur qu'il mettait dans la préservation du kata m'avait touché au plus profond de moi-même et je n'arrivai plus à arrêter mes larmes.
C'est parce que j'ai mis tout mon coeur à préserver les katas de ma tradition que voir une telle chose m'a fait pleurer. Je suis vraiment heureux d'avoir pu participer à cet Embukaï.

J'aurai voulu le lui dire moi-même mais j'en étais encore ému et je n'ai rien su dire. Lors de la fête du départ j'ai voulu aller le voir et lui dire ce que j'avais ressenti mais en me rappelant la scène j'ai été à nouveau ému et je suis resté sans voix. C'est une chose qui touche durablement. C'était magnifique.

(N.d.T. : -Aïki expo = séminaire ayant lieu aux Etats-Unis et réunissant des maîtres d'Aïkido et d'arts martiaux.
-Kokoromochi = attitude, émotion.)




Quel est selon vous le but de la pratique aujourd'hui?
C'est ce que nous avons évoqué tout à l'heure. Le plaisir d'arriver à changer notre manière d'utiliser notre corps, d'arriver à voir ce qui est invisible est probablement le principal.
Si on va plus loin on arrive à se demander quelle vie nous vivons, nous qui ne savons pas réellement nous lever ou marcher. Du point de vue du Bujutsu on ne possède pas plus de capacités qu'un nouveau-né.
Nous cherchons à développer un corps qui a intégré les mouvements des samouraïs du passé, à arriver à réellement utiliser le corps que nous ont donné nos parents.

Le Shinbukan n'est pas une école pour devenir fort en bagarre et détruire un adversaire. La capacité doit être là mais ne doit pas être utilisée. Le but des Bujutsu n'est pas de trancher la tête des gens.

Le monde est devenu un endroit d'une grande violence. Mais le but de la pratique n'est absolument pas d'apprendre à blesser ou tuer. Il faut faire en sorte que l'autre n'accomplisse pas le geste. Terminer un combat avant qu'il ait eu lieu.
C'est le véritable but du Bujutsu. Régler un conflit avant qu'il ne se développe.


Pour en savoir plus
De nombreux articles et livres ont été écrits par Kuroda senseï mais ne sont disponibles qu'au Japon et sans traductions.
On peut par contre se procurer ses DVD. Les plus intéressants pour découvrir son école sont "Kuroda ken no maki" qui regroupe un large échantillon de son travail aux armes avec trois katas de Iaïjutsu, six au bokken, six au jutte et douze au kodachi en Kenjutsu et "Kuroda ju no maki" où il démontre 29 katas assis et debout de Jujutsu.
Les asobi geiko sont démontrés dans de nombreuses vidéos, notamment "Kuroda Gokui hitochoshi no ugoki".


Il existe par ailleurs des vidéos que l?on peut voir sur Youtube aux adresses suivantes :
Des scènes issues de ses DVD.
Un court reportage de la BBC.
Une démonstration à l?Aïki Expo.
Une ancienne démonstration à Omiya.




Shinbukan
Les traditions du Shinbukan sont enseignées directement par maître Kuroda et personne d'autre que lui n'est autorisé à les enseigner.
Site officiel du Shinbukan.
Les élèves qui vont à ses stages ou à son dojo au Japon se réunissent dans des groupes d'entraînement, les keïkokaï.


Articles sur Kuroda senseï et le Shinbukan
Kuroda Tetsuzan, le maître du Shinbukan
Kuroda, Tamura, Okamoto... maîtres et gentlemen
Sasaki Masando et Kuroda Tetsuzan
Golden week, katas du Shinbukan et Shiba inu
Shinbukan Kuroda ryugi, un trésor effrayant...
Kuroda senseï à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Dimanche 16 décembre 2007 7 16 /12 /2007 16:41
Les arts martiaux japonais sont intimement liés au Bouddhisme, au Shintoïsme, et dans une moindre mesure au Taoïsme et au Confucianisme. Un des concepts hérités du Bouddhisme est celui de shoshin, l'esprit du débutant.
Shoshin consiste à avoir l'attitude et l'état d'esprit de quelqu'un qui s'engage dans une pratique pour la première fois. Une attitude faite d'enthousiasme, de modestie, d'humilité et d'absence de préconceptions.


Moine pratiquant le zazen


Shoshin est très souvent illustré par une histoire de sagesse mettant aux prises un maître de zen et un étudiant. Il en existe plusieurs versions mais l'essence est celle-ci:
"Un célèbre maître de zen reçoit un jour la visite d'un homme qui déclare vouloir étudier avec lui. Le maître l'invite à boire le thé pendant que le visiteur lui expose son passé, lui décrit son cheminement spirituel, ses découvertes, ses réflexions et nomme les maîtres qu'il a côtoyés.
Le maître écoute patiemment et recommence à lui verser du thé dans sa tasse déjà pleine. Celle-ci se remplit à ras bord et finit par déborder, le thé coulant tout autour. L'élève s'écrit alors "Que faites-vous?! Ma tasse est déjà pleine!".
Et le maître lui répond "Comment voulez-vous qu'un enseignement pénètre votre esprit alors qu'il est déjà plein comme cette tasse?"


Tasse de thé...


Dans cette époque de rentrée il y aura comme chaque année dans tous les dojos d'anciens élèves qui reviendront et de nouveaux élèves qui arriveront. Il n'est pas facile même pour un débutant d'avoir le shoshin. Mais c'est encore plus difficile pour un ancien.

Un débutant arrive souvent avec des préconceptions liées à ce qu'on lui a raconté, ce qu'il a pu lire ou voir sur la voie dans laquelle il s'engage. A une époque où nous croulons sous les informations superficielles il aura des attentes et une vision de ce qu'il va étudier et de la façon dont se déroulera son apprentissage. La situation sera d'ailleurs exacerbée s'il possède une précédente expérience martiale, ou pire encore un vécu dans la même discipline.
Généralement un débutant se rend rapidement compte de l'écart qui sépare ce qu'il croyait deviner et ce qu'il découvre. Face à la réalité il décidera alors si il désire s'engager plus avant ou chercher un autre chemin.


Nara


Pour un ancien retrouver le shoshin est extrêmement difficile mais encore plus indispensable à sa progression. Les années passant on se familiarise naturellement avec la discipline que l'on étudie. L'environnement du dojo, les techniques, les rituels de la pratique tels que les saluts deviennent une habitude. De l'habitude naissent des automatismes. Ces automatismes nous permettent alors de pratiquer avec plus d'aisance et de facilité.
C'est là que la progression cesse souvent brutalement. Et l'on met parfois des mois, des années à s'en rendre compte. Certains se complaisant à ce stade n'en prendront parfois même jamais conscience. Il y en a parmi les anciens que l'on retrouve dans tout dojo. Habiles et impressionnants au premier abord, ils sont souvent des modèles auxquels on s'identifie. Mais les suivre peut-être dangereux car ils sont bloqués à une étape et que leur compréhension reste limitée. L'ancien qui se remet en question et cherche est un meilleur modèle, même s'il peut être moins flamboyant au premier abord…

L'aisance amène généralement l'orgueil. Et l'habitude nous amène en permanence à lier ce que l'on voit à ce que l'on connaît déjà. C'est la raison pour laquelle les élèves d'un maître sont souvent incapables de le suivre dans son évolution. Bloqués à une étape de sa pratique qu'ils maîtrisent ils ne saisissent pas les changements, le regardant aujourd'hui mais voyant ce qu'il faisait hier… Certains ne dépasseront jamais le stade de pratique qu'ils ont maîtrisé et continueront indéfiniment à peaufiner des techniques dans un travail intermédiaire sans passer à l'étape suivante.

Beaucoup ont ralenti ou cessé leur pratique durant les vacances estivales. De retour au dojo le premier réflexe est généralement d'essayer de retrouver ses marques, ses sensations. Je crois au contraire que c'est l'occasion de rechercher en soi le shoshin, l'esprit du débutant.
Il est difficile de se mettre en danger et l'homme cherche toujours la facilité et le confort. Imaginez que vous voyez pour la première fois le professeur ou l'expert qui est devant vous. Retrouvez l'attention que vous aviez lorsque vous avez commencé à pratiquer. Chassez toute pensée qui vous dira au premier geste que vous reconnaîtrez qu'il s'agit de telle ou telle technique. Luttez contre la croyance que vous savez faire. Oubliez ce que vous savez ou croyez savoir et commencez cette nouvelle saison avec un esprit neuf et ouvert.

En luttant contre notre orgueil et nos préconceptions au dojo nous pouvons développer une attitude positive qui nous aidera dans chaque domaine de notre vie. C'est ainsi qu'un travail concret sur la technique amènera des changements dans notre cœur et notre esprit. Le shoshin développe un esprit vierge de préjugés et une attention aiguisée qui nous permettent de voir les leçons qui s'offrent à nous à chaque instant…


Deshimaru Taisen


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Vendredi 18 janvier 2008 5 18 /01 /2008 22:36
15 ans 8 mois et 9 jours…
J'ai vu le film "American gangster" il y a peu. Il s'agit de l'histoire vraie d'un gangster réalisée par Ridley Scott avec Denzel Washington et Russel Crowe dans les rôles principaux. J'ai apprécié ce film que j'ai trouvé bien réalisé et surtout excellement interprété.
On apprend à un moment que l'un des personnages, Franck Lucas, a succédé à un parrain de la pègre. Je crois qu'il dit à un moment quelque chose comme "Je l'ai côtoyé chaque jour pendant 15 ans 8 mois et 9 jours."




Dix ou quinze ans
Kuroda senseï reçoit beaucoup d'élèves qui ont de hautes ambitions. Galvanisés par sa pratique ils espèrent en allant étudier avec lui quelques années comprendre et surtout arriver à mettre en pratique une partie de ses théories.
Lors d'une conversation Kuroda senseï me dit un jour que beaucoup d'élèves se nourrissaient d'illusions car il fallait au moins dix ou quinze ans de pratique quotidienne pour arriver à changer l'utilisation de son corps.


Kuroda Tetsuzan (Photo Sébastien Chaventon)


Progrès graduels?
Il est évident que dans les voies martiales le changement n'est pas subit après dix ou quinze ans. Mais en admettant que l'on suive une méthode efficace, il faut garder à l'esprit que même si les progrès sont graduels, ce que l'on croit acquis l'est rarement réellement et disparaît rapidement lorsque l'on arrête de pratiquer sous la direction d'un maître. De plus certaines "découvertes" qui sont des passages obligés sont en réalité des impasses que l'on découvre en poursuivant son étude mais qui resteront des vérités si l'on s'arrête en chemin…

Un investissement incompréhensible
L'engagement et l'investissement des maîtres (et non experts célèbres ou champions) ayant réellement atteint un niveau exceptionnel est incompréhensible pour la plupart des gens. Il leur a fallu un acharnement, une obsession qui seraient probablement jugés symptômatiques d'une maladie mentale si ils étaient analysés.

Mc Do et Star'Ac
Aujourd'hui la plupart des pratiquants qui estiment se plonger dans les arts martiaux considèrent s'investir en allant passer quelques années au Japon ou ailleurs en Asie. Ils comptent leurs jours et leurs heures comme des comptables et reviennent précher la bonne parole dans leur pays natal auréolés de ces années de pratique… Et la vérité est qu'à l'époque de la Star'Ac et du Mc Do ils ont fait beaucoup plus que ce que la plupart sont prêts à faire. Et malheureusement probablement bien plus que ce que les générations suivantes seront prêtes à faire car à mesure que nous cherchons à simplifier nos vies nous perdons le goût et la capacité de faire des efforts.

Le début d'un long chemin
Mais ce qu'ils ont pu étudier en quelques années n'est que le début d'un long chemin qui ne prendra de valeur que s'il est poursuivi toute leur vie. Certains le comprennent tandis que d'autres se gargarisent de leurs séjours et stagnent en pontifiant et montrant fièrement les quelques pas qu'ils ont faits sur la route…


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Lundi 11 février 2008 1 11 /02 /2008 22:06
Les montagnes de Wakayama à l'est de Kyoto ont de tout temps été considérées comme un lieu emprunt de spiritualité. Abritant le complexe de temples du mont Koya, la cascade sacrée de Nachi et des dizaines de sanctuaires, c'est là que naquit Ueshiba Moriheï, fondateur de l'Aïkido. Et c'est là que Hino Akira, l'un des plus grands maîtres d'arts martiaux contemporains a bâti sa maison et son école, le Hino Budo Institute.
Hino senseï est un personnage de roman. Grandissant dans les bas-fonds d'Osaka il sera très tôt le témoin et parfois l'acteur involontaire de violentes rixes. Adolescent il s'oriente vers la musique qui l'orientera indirectement vers la Voie des arts martiaux. Auteur de nombreux livres et vidéos il est aujourd'hui un de ceux dont la voix porte bien au-delà des frontières du monde martial. Aujourd'hui médaillés olympiques, champions de Kick-boxing et de combat libre, footballeurs et joueurs de rugby professionnels côtoient danseurs, acteurs et thérapeutes pour venir étudier auprès de lui l'utilisation efficace du corps selon les principes du Budo.
Rencontre avec un maître d'exception.



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L'interview de Hino senseï a été déplacée ici.


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /2008 21:58
Une pratique à l'horizon limité
Aujourd'hui la pratique sportive ou martiale repose sur le développement de nos capacités physiques et techniques. Nous apprenons à affiner nos mouvements en augmentant notre force, notre rapidité et notre endurance. Une telle pratique ne nous offre malheureusement qu'un horizon limité et nous amène rapidement face à nos limites.

Quelle que soit la discipline, Judo, Karaté, Aïkido, Kendo, Iaïdo, Taï chi, etc… la pratique d'un débutant, celle d'un maître et celle d'un compétiteur sont fondamentalement les mêmes. Bien sûr les gestes du maître sont les plus précis et sa technique ne présente plus de failles tandis que ceux du compétiteur sont plus dynamiques et puissants. Les gestes ont été affinés et les qualités développées. Mais l'utilisation du corps est la même.

Et cette utilisation du corps ne permet pas au petit de battre le grand, au faible de vaincre le fort. Pour remédier à cela et permettre à chacun d'accéder à son quart d'heure de gloire les disciplines possédant un versant sportif ont créé des catégories de poids et d'âge.
Mais quel intérêt de pratiquer une technique qui ne nous permet éventuellement que de battre nos semblables et où notre efficacité ira en s'amenuisant?

Aujourd'hui où les duels et les batailles sont rares, le développement de capacités de combat n'est évidemment pas d'un intérêt vital. Ainsi du moment que la pratique procure délassement et distraction chacun peut être satisfait. Mais pas un bushi n'aurait mis sa vie dans les mains des voies martiales telles qu'elles sont pratiquées maintenant…



undefined Nakadai Tatsuya dans Ran de Kurosawa Akira


La véritable pratique martiale est un outil de survie. Elle doit permettre au souple de vaincre le dur, à son pratiquant de survivre dans des situations où il est surpassé par la force, le nombre, l'armement de ses adversaires. Il faut que le terme le plus faible d'une équation mathématique dépasse le plus fort, qu'un puisse vaincre dix.

Changer les fondements de l'utilisation du corps
Cela n'est possible qu'en changeant les fondements mêmes de l'utilisation du corps. Les hommes possèdent tous deux bras, deux jambes, une tête et un tronc. Chacun croit ainsi naturellement que les hommes étant semblables il n'existe qu'une manière de lever le bras, de marcher ou de respirer et que l'on peut pratiquer les voies martiales en utilisant le corps de la même manière qu'un joueur de tennis ou un sprinteur.
Les techniques martiales traditionnelles reposent sur des principes élaborés pendant des siècles par des hommes dont l'espérance de vie dépendait de leur capacité à combattre. L'instinct de survie leur a permis de découvrir le potentiel incroyable de l'homme et de l'utilisation de son corps et de son esprit.

Des principes d'utilisation du corps totalement différents ont vu le jour et certains guerriers ont pu faire preuves d'aptitudes extraordinaires. Ces exploits ne sont pas le fait de qualités surhumaines mais d'un travail lent, constant, et de siècles de recherche.


undefined Kuroda Tetsuzan


De nombreux principes ont été découverts, basés parfois sur des théories opposées mais permettant également d'atteindre une efficacité vitale. Alors que certaines écoles développaient la stabilité, la puissance et l'enracinement d'autres travaillaient la mobilité, la vitesse et la légèreté. Utilisant les muscles, les os, les tendons, les organes et l'esprit d'une manière nouvelle et plus efficace elles ouvraient des perspectives fantastiques et donnaient un outil précieux à leurs membres.

Certaines de ces théories ont été transmises de manière ininterrompue dans certaines écoles tandis que beaucoup d'autres ont été perdues. Aujourd'hui bien sûr il peut paraître futile de chercher et travailler ces principes. C'est oublier qu'ils permettaient bien plus que la victoire sur un adversaire. Ils permettaient de vivre mieux et plus longtemps.

Redécouverte de la richesse des pratiques traditionnelles
A la fin du 19ème siècle, au lendemain de la seconde guerre mondiale, et à la fin du 20ème siècle, le Japon est passé par plusieurs périodes de désintérêt pour ses propres voies martiales. Aujourd'hui pourtant l'archipel redécouvre avec intérêt la richesse incroyable de ses traditions.
Des pratiquants et chercheurs d'exception tels que Kono Yoshinori, Kuroda Tetsuzan ou Hino Akira sont sollicités de toute part pour leur capacité à améliorer l'utilisation du corps dans tous les domaines. Les magazines, émissions de télévision, livres, DVD et séminaires permettent au grand public de comprendre l'intérêt du patrimoine martial de leur pays et ses applications.


undefined Kono Yoshinori


Les danseurs, judokas, champions de base-ball, golf ou combat libre qui viennent consulter les maîtres Kono, Kuroda ou Hino ont compris cet enjeu et chacun dans son domaine a pu voir l'efficacité de l'utilisation du corps dans les voies martiales dans le développement de son propre potentiel. Tel sportif qui croyait sa carrière terminé en raison de son déclin physique parvient à retrouver son meilleur niveau, tel mèdecin intègre une manière plus efficace de bouger qui lui permet de mieux manipuler et soigner ses patients, tel chorégraphe voit son univers s'élargir subitement et la richesse de son univers se multiplier, tel jeune champion réussit enfin à atteindre les sommets… Et cela non pas en s'appuyant sur le développement de leurs capacités physiques mais en intégrant une nouvelle utilisation de leur corps.


undefined Hino Akira


L'utilisation actuelle habituelle nous limite et l'homme perd petit à petit le contrôle de sa propre enveloppe qui lui devient étrangère. Dans une société où nous avons de moins en moins d'efforts physiques à fournir il est plus que jamais nécessaire de réapprivoiser notre corps et d'apprendre à l'utiliser efficacement.


Par Léo Tamaki - Publié dans : Budo
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Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 22:52
La langue la plus vague du monde
Le japonais est probablement la langue la plus vague du monde. Pas de masculin ni de féminin, pas de singulier ni de pluriel, pas de conjugaisons, de nombreuses onomatopées et un nombre incroyable d'homonymes (en japonais "goshin" peut à la fois signifier "autodéfense", "erreur de diagnostic" ou "erreur judiciaire")…
Et cela a eu un impact énorme sur la culture et la mentalité japonaises, particulièrement au niveau de ses voies martiales.

Zen et langue japonaise
Si le zen est né en Inde et est passé par la Chine avant d'arriver au Japon, nulle part ailleurs n'a-t-il trouvé terre plus fertile pour se développer. Et je crois que cela est dû en très grande partie à la langue japonaise qui par son "imprécision" oblige celui qui l'utilise à "sentir" tout ce qu'il y a derrière la communication verbale.
C'est une tâche très difficile dans la mesure où ce type de communication ne repose pas sur la logique. Il existe bien sûr des non-dits et des sous-entendus dans toutes les langues, mais nul autre pays ne les a développés autant que le Japon.

J'ai une amie coréenne très brillante qui fait des recherches sur l'histoire des religions. Elle possède un QI de 156 et maîtrise plusieurs langues. Après une année au Japon elle parlait et écrivait à la perfection et nettement mieux que moi. Pourtant elle éprouvait de très grandes difficultés car elle sentait qu'elle n'arrivait pas à saisir la communication non verbale, et cela malgré le fait que la culture coréenne y accorde elle-même une certaine importance.
Au Japon il est impératif de ne jamais faire perdre la face à son interlocuteur. Ainsi il est par exemple très rare lors d'une négociation de donner une réponse tranchée. Mais dans les dizaines de manières de dire peut-être, deux japonais sauront lire un oui, un non ou n'importe laquelle des variantes intermédiaires aussi clairement que si les mots avaient été prononcés. Et cela vaut aussi dans l'expression des sentiments…
C'est un fait qui se ressent d'ailleurs pleinement dans la littérature, les haïkus japonais étant aussi succincts et suggestifs que les poèmes occidentaux sont longs et descriptifs.

On dit que comprendre la langue d'un pays c'est comprendre l'âme de son peuple. Au moins dans le cas de la langue japonaise je pense que cela n'en permet qu'une compréhension limitée.



Zen et voies martiales
Le zen qui devint un des piliers de la formation des samouraïs influença leur manière d'appréhender le monde et de vivre. Et c'est tout naturellement qu'il marqua de son empreinte leur pratique martiale, tant au niveau de la technique que de la transmission.
Une des expressions les plus importantes se rapportant à la transmission dans les voies japonaises est "I shin den shin". Cette expression issue du zen se traduit approximativement par "d'âme à âme" ou de "cœur à cœur". Elle est l'illustration parfaite de l'enseignement non verbal qui est l'essence de la transmission de l'ensemble des "do", que cela soit en zen, chado, shodo, budo, etc…

Comparativement à la langue japonaise la langue chinoise est beaucoup plus précise. Ainsi dans la pratique des arts martiaux chinois les étapes sont beaucoup plus claires et les sensations recherchées lors des exercices sont généralement explicites. Grâce à cela les progrès sont plus faciles lors des premières étapes de l'étude. Et en ce sens il n'est pas faux de dire que, de par sa transmission, la pratique martiale japonaise est plus élitiste.
Par contre l'enseignement "I shin den shin" développe l'intuition et la sensibilité, qualités majeures dans la pratique martiale que les grands adeptes du passé avaient développé à un niveau phénoménal.


I shin den shin


Ecrits et arts martiaux
Cela ne signifie pas pour autant que la culture japonaise ne fasse pas place à l'écrit. C'est au Japon qu'a été écrit le premier roman, et c'est aussi au Japon qu'existe le plus grand nombre de documents écrits relatifs aux arts martiaux, makimono, densho, etc…
Mais ces documents étaient soit des aide-mémoire, soit des certificats de transmission. Ils ne servaient nullement à transmettre l'essence d'une école. Les ryus étaient des traditions martiales. A une époque où la technique pouvait faire la différence entre la vie et la mort, le savoir qu'ils transmettaient était un véritable secret militaire. Les rouleaux d'une école étaient donc codés de telle manière qu'il était impossible pour une personne qui n'avait pas été initiée à ses secrets d'en découvrir le véritable sens…

Une transmission sans intuition?
Aujourd'hui le Japon s'est fortement occidentalisé et la transmission "I shin den shin" n'est plus la règle absolue. De nombreux experts d'arts martiaux japonais donnent à présent des explications détaillées et enseignent "à l'occidentale". Ueshiba Moriheï et ses uchi deshi proches seront certainement parmi les derniers adeptes à avoir enseigné et étudié ainsi.

Les Budo modernes sont d'ailleurs probablement à un tournant de leur histoire et il est probable que dans le futur l'enseignement et la pédagogie reposeront de moins en moins sur l'intuition. En prévoir les conséquences est malheureusement impossible mais on peut imaginer que cela se fera aux dépens de l'efficacité qui était celle des samouraïs car l'intuition que développait leur mode d'entraînement et de transmission est un élément vital dans une pratique authentiquement martiale.


Par Tamaki Léo - Publié dans : Budo
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Jeudi 5 juin 2008 4 05 /06 /2008 00:01
Le Ki est un concept famillier à tout pratiquant d'Aïkido. Généralement il est traduit par le mot énergie mais peu sont capables d'en donner une définition plus précise. Toshiro Suga nous livre une tentative d'analyse passionante.


Kanji Ki par Ueshiba Moriheï


Je pratique l'Aïkido depuis trente-neuf ans. Pendant mes vingt premières années de pratique comme la majorité des jeunes je dois avouer que je ne me suis pas intéressé au sens profond du ki. A cette époque je concentrais toute mon énergie dans le développement de ma technique et de mon corps. Et ce n'est peut-être pas si mal puisque l'Aïkido est une voie où le corps est notre principal support.
Il y a une vingtaine d'années j'ai commencé à m'intéresser aux concepts liés à la pratique. L'entraînement physique restait tout aussi important mais je ressentais un manque que je voulais combler. Je voulais comprendre avec mon esprit ce qui guidait mon corps, le sens profond de la voie dans laquelle j'avais investi ma vie.

L'Aïkido, plus peut-être que toute autre voie martiale, renferme des concepts à la richesse incroyable. Des principes tels qu'awase, musubi, tenkan, irimi pour n'en citer que quelques uns ont à la fois des applications concrètes dans nos techniques, mais sont aussi des principes spirituels aux multiples interprétations. De ces concepts, le plus difficile à saisir est sans doute celui du ki.

Comme vous le verrez dans l'analyse détaillée du kanji, le ki est une notion qu'on retrouve dans de très nombreux domaines de la vie japonaise. Pour un japonais le ki fait partie de son quotidien et à ce titre il lui est extrèmement famillier. Pourtant lorsque des élèves me demandaient de leur expliquer ce qu'était le ki je n'avais pas de réponse réellement satisfaisante à leur proposer. Malheureusement pour moi c'est probablement la question la plus fréquente qu'on m'ai posée!

Le ki est donc un concept que j'ai essayé de comprendre depuis une vingtaine d'années, sans arriver jusqu'ici à trouver de définition satisfaisante. Aujourd'hui j'ai la sensation de deviner ce qu'est le ki. J'ai vécu avec le ki pendant toute ma vie. D'abord sans lui prêter attention, ensuite en essayant de comprendre son sens le plus profond. A présent il est pour moi comme un vieil ami, je le connaîs sous presque tous ses angles mais j'ai du mal à le résumer en quelques mots. Un jour peut-être lorsque je l'aurai totalement intégré pourrai-je l'exprimer clairement.

J'espère que vous me pardonnerez cette longue introduction qui ne me sert qu'à justifier les insuffisances de ma tentative d'explication à venir.


Un ki insaisissable qui échappe aux définitions
Dans le Kôjien, le dictionnaire de référence de la langue japonaise, le ki est défini ainsi:
-phénomène naturel de l'univers,
-temps, saison,
-origine de toute chose,
-force maintenant la vie,
-âme, esprit,
-respiration…

Lorsqu'on cherche une explication du ki en japonais on trouve souvent un parallèle avec le spiritus du latin, le pneuma du grec, le prana du sanskrit ou le ruah de l'hébreu. Mais au Japon le ki est un concept de la vie quotidienne qui est vécu comme une évidence. Omniprésent il est insaisissable et échappe aux définitions.
Dans la vie quotidienne un japonais emploiera le mot ki seul ou dans des dizaines d'expressions communes tout au long de ses journées. On a par exemple tenki (天気), le ki du ciel, qui désigne le climat, la météo; genki(元気), le ki d'origine donc la santé; byoki (病気), le ki malade, la maladie; kimochi(気持ち), la présence de ki, qui signifie le sentiment; ki wo tsukeru (気を付ける), mettre du ki, donc faire attention… Et la liste continue utilisant le ki dans toutes les situations de la vie courante.

Analyse du kanji
L'idéogramme de ki est composé de deux parties distinctes. En haut se trouve un kanji signifiant vapeur qui au départ était représenté par trois traits (气). A l'origine on considère que ce seul caractère avait la signification de ki. Cette mystérieuse force immatérielle était principalement observée dans la cuisson du riz. Capable de soulever un couvercle de marmite elle était considérée comme une manifestation du ki. Plus tard cette force fut associé au riz lui-même considéré partie intégrante du phénomène. On ajouta alors la seconde partie du kanji qui symbolise quatre grains de riz dans des cases.
Aujourd'hui le caractère est utilisé dans une forme simplifiée au Japon ou les quatres grains sont remplacés par une croix (気). La forme traditionnelle (氣) n'est plus guère utilisée que dans des mots très spécifiques comme Aïkido(合氣道). Toutefois même pour des termes comme celui-ci la forme moderne tend à se substituer à la version traditionelle…


Décomposition du kanji Ki (par Suga Toshiro)


Une approche matérialiste du ki…
En Aïkido et dans la majorité des voies martiales on a tendance aujourd'hui à considérer le ki comme un phénomène physique, une énergie omniprésente sans laquelle il ne peut y avoir de vie. Et à notre époque matérialiste où chacun est obsédé par son apparence, la préservation de la jeunesse et l'augmentation de son ki, ses méthodes de développement et de conservation telles que le kiko (qi gong en chinois) ou le Taï Chi Chuan sont extrèmement populaires.
Mais le ki est un concept infiniment plus vaste et riche. Il ne peut être limité et résumé à une sorte d'essence pour humains.

Le ki dans la pensée chinoise

Au 12ème siècle en Chine l'histoire de la pensée connaît un pic extraordinaire. Les lettrés de l'époque s'attaquent à l'origine de l'univers et après de nombreuses polémiques l'analyse des "Quatre livres" et des "Cinq classiques" donne naissance à une théorie unifiée.
Les lettrés de l'époque essayaient de comprendre le fonctionnement de l'univers. La notion d'un Dieu avait disparu depuis de nombreux siècles et était remplacé par celle de "ten", le ciel, l'univers.
Au départ se développa la théorie qu'il existait deux phénomènes, le "li", la logique, qui ordonne les choses, et le "ki" qui les éxécute.
A la fin du 12ème siècle apparut alors Zhu Xi (ou Chu Hsi). Ce maître, redéfinit l'ensemble des études confucianistes. Il considérait que toute chose existant dans l'univers avait une raison d'être. Il participa à de nombreux débats contre des représentants du Taoïsme ou du Bouddhisme où personne ne réussit à contrer ses thèses. Dès lors et pendant 3 siècles sa théorie que l'on appelle "dualisme du li (logique) et du ki (phénomène)" devint la pensée dominante.

Wang Yang Ming, le général philosophe
Au 16ème siècle apparut alors un autre penseur majeur, Wang Yang Ming (1472 – 1529) qui fut général, calligraphe, poète et premier ministre!

Wang Yang Ming étudia les thèses de Sun Tzu dès le plus jeune âge. Diplômé à 21 ans il commence un brillante carrière dans l'administration et devient juge à 30 ans. Il démissionera un an plus tard pour se consacrer à l'étude du Bouddhisme et du Taoïsme.
Général à 33 ans il sera banni après s'être dréssé contre un eunuque corrompu proche de l'empereur. Seul au fin fond d'une province il consacrera toute son énergie à la recherche intérieure. Abandonnant les pratiques Bouddhistes et Taoïstes il affirmera dès lors la responsabilité de chacun de développer son savoir au maximum de ses possbilités.

Wang devient devient un enseignant renommé. Il base sa philisophie sur l'intuition, une caractéristique partagée par tous les hommes. Souvent obscurcie il ne s'agit pas simplement d'une notion intellectuelle mais des qualités déterminées par Confucius, telles que la compassion ou la sincérité.
Une autre notion importante dans l'enseignement de Wang est que la connaissance implique l'action. La reconnaissance innée du bien doit être liée à l'action. Chacun est alors responsable de la recherche des lois fondamentales de l'univers.

Chigyo go itsu. Savoir est le commencement de l'action. L'action est la détermination de la connaissance.

A l'âge de 42 ans Wang Yang Ming retrouvera un poste officiel à Nankin et ses théories trouveront un large écho. Il se retirera toutefois dans son village lorsque sa position envers les textes de Chu Hsi devint inacceptable. Les études de Chu Hsi étaient en effet la base de la formation des élites de l'époque et Wang considérait qu'elles devaient être oubliées et que l'on devait retourner à l'étude du texte original des Grandes Etudes.
Il continuera toutefois à attirer de nombreux étudiants et écrira des commentaires sur les Grandes Etudes.

Voici une de ses citations les plus célèbres:
"Les oreilles, les yeux, la bouche, le nez et les 4 membres sont le corps. Mais sans l'esprit comment le corps peut-il voir, entendre, parler ou bouger? Par ailleurs si l'esprit veut voir, entendre, parler ou bouger, il ne peut le faire sans utiliser ses oreilles, yeux, bouche, nez et membres. Ainsi sans esprit il n'y a pas de corps, et sans corps il n'y a pas d'esprit."

L'histoire raconte qu'un bambou coupé fut à l'origine de sa réflexion…
Un jour Wang Yang Ming coupa un bambou. Après l'avoir observé sept jours il devint névrosé car il ne parvenait pas à trouver une raison à l'existence de ce bambou. Quel pouvait être l'essence fondamentale de ce morceau de bambou…
Après trois jours il comprit que le cœur était le juge du sens des choses, que sans cœur ou esprit les choses ne peuvent prendre leur valeur.

Si le li est d'essence divine et que l'homme est une manifestation du ki, les hommes sont alors l'instrument de dieu. La pensée de Wang Yang Ming révolutionne ce concept car à présent le ki cherchait le li, l'homme désire connaître dieu. Il ne s'agit donc plus d'une relation d'obéissance à sens unique et cette pensée a été le moteur d'une renaissance en Asie, d'un type proche de celle qui eu lieu en Europe.

A l'origine Confucius niait l'existence des phénomènes extraordinaires. Mais à partir du 2ème siècle le confucianisme devint peu à peu une sorte de religion et les phénomènes inexpliqués y furent reconnus et acceptés. A cette époque on en vint à considérer que les empereurs ou les premiers ministres contrôlaient les éléments comme le climat! Si l'empereur ou son premier ministre étaient bons le climat l'était aussi, si il y avait une sécherese ou une inondation cela était leur faute.

L'idée directrice de Wang Yang Ming est que notre cœur et le ki de l'univers ne font qu'un, qu'ils peuvent comprendre la logique de l'univers et ne devenir qu'un avec lui. Le li ne fait alors plus qu'un avec le ki. Cette thèse est connue en japonais sous le nom de li ki ichi gen ron, la théorie de l'unité du li et du ki.

Dans la logique de cette pensée, tout homme agissant en harmonie avec l'univers est un saint qui siège au côté de dieu.


Suga Toshiro, kokyu nage (uke Tamaki Isseï)


Une conception morale du ki
Au-delà de l'aspect matériel du ki qui soulève encore de nombreuses polémiques, on découvre alors son aspect spirituel et moral. Cette conception morale sous-tend toute notion de ki dans les arts martiaux.
Le ki ne peut se manifester que lorsque l'homme reconnaît et se conforme aux lois de l'univers. Si l'homme ne développe pas les cinq qualités définies par Confucius il ne peut manifester le ki. La conduite personnelle devient ainsi l'élément capital de la manifestation du ki.

Malgré les différences culturelles le cheminement intérieur de l'homme a présenté d'incroyables similitudes dans le monde entier. On peut dire que l'idée que dieu est en nous est aujourd'hui partagée par quasiment toutes les traditions. En Chine elle s'est traduite par l'idée que le li est l'image de dieu et que nous sommes la manifestation du ki.

Une révolution éthique
Quelle a été la manifestation concrète de l'évolution de la pensée de Sun Tzu par Wang Yang Ming? Le dualisme de Sun Tsu était un dogme qui entravait la créativité et développait d'une certaine façon l'immobilisme. La Chine ressemblait alors au moyen âge européen, Dieu imposant, l'église éxécutant, l'ordre des choses encourageant l'immobilisme.
L'aspect révolutionnaire de la pensée de Wang Yang Ming est l'intuition, le ki reconnaît le li. Dès lors il n'est plus une simple manifestation, un éxécutant sans conscience, le phénomène prend conscience de la logique de l'univers. On passe d'une pensée qui encourage la passivité à une philosophie de l'action. Cette évolution majeure de la pensée chinoise aura le même impact que la Renaissance européenne.
Si la pensée de Wang Yang Ming eut un grand retentissement pendant une période en Chine, elle ne se développera réellement qu'au Japon. Cette philosophie de l'action trouvera un formidable écho dans l'archipel où elle se développera parralèlement au zen en renaissant au contact de la caste des samouraïs.

Une pensée zen?
Sun Tzu avait une approche très dogmatique et technique. Au contraire Wang Yang Ming aura une approche inspirée et encouragera la méditation. En ce sens il est très proche du zen. Malheureusement les hommes cherchent souvent le confort d'un système et les gens ont suivi religieusement Wang Yang Ming plutôt que d'essayer de vivre son inspiration et de ressentir la connaissance innée du bien dont il témoigne. Mishima n'échappera pas à ce phénomène dans son Yo Mei Gaku, son étude sur Wang Yang Ming.

Je ne suis pas un lettré ni un spécialiste de philosophie chinoise et mon explication souffre probablement d'inexactitudes. Mais la pensée de Wang Yang Ming que j'ai découverte il y a des années dans ma recherche sur l'essence du ki a révolutionné mes conceptions et j'ai voulu la partager avec vous.

Le ki est au cœur de l'Aïkido. Mais malheureusement il n'y est considéré que dans son aspect le plus limité. Maîtriser les pouvoirs d'un ki magique qui nous rend plus fort ou nous permet de vivre plus longtemps est une conception égoïste et obtuse. L'Aïkido est une voie de formation de l'homme, pas simplement une méthode de santé ou une technique de combat.
Ueshiba n'exprime-t-il pas la pensée de Wang Yang Ming lorsqu'il dit "Uchu Soku Ga", je suis l'univers? Je crois que si.
Si nous nous appliquons à découvrir la conscience innée du bien qui est en nous, nous nous conformerons alors aux lois de l'univers et manifesterons naturellement le ki. L'unité de l'esprit et de la technique de l'Aïkido sera alors aussi claire que celle du li et du ki…


Biographie de
Suga Toshiro


Par Toshiro Suga - Publié dans : Budo
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Vendredi 20 juin 2008 5 20 /06 /2008 00:19
Généralement le grand public classe toutes les formes d'activités physiques liées au combat sous les appellations génériques d'arts martiaux ou sports de combats en employant ces termes indifféremment. Et une grande majorité de pratiquants fait de même. Un bref coup d'œil suffit pourtant pour noter qu'il existe plusieurs groupes aux différences très marquées.

Bujutsu, budo, kakutogi
Il est très difficile de traduire des termes japonais car le ou les caractères qui composent un mot ont parfois de multiples significations ou un sens très large selon les idéogrammes auxquels ils sont associés. Le français en revanche est une langue dont les mots sont généralement beaucoup plus précis. La traduction que j'ai choisie pour les groupes de disciplines me semble la plus simple mais ne transmet toutefois pas la richesse de sens que recouvre leur appellation en japonais. Je n'aborderai toutefois pas ce point dans le détail ici car il mériterait un développement en soi.


Bujutsu, Kuroda Tetsuzan et Yasumasa à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 07
(Photo Pierre Sivisay)


On peut grossièrement diviser les pratiques physiques liées au combat en trois catégories, les bujutsu que je traduirais par techniques martiales, les budo, voies martiales, et les kakutogi, techniques de combat.
Les bujutsu regroupent les techniques enseignées au sein des koryu, écoles traditionnelles, telles que le Katori shinto ryu, le Yagyu shinkage ryu, etc… Les plus anciennes de ces écoles ont été crées il y a plusieurs siècles, les plus récentes datant du 19ème.
Les budo regroupent les voies martiales qui ont été crées entre la fin du 19ème siècle et aujourd'hui. Le premier a été le Judo et le dernier reconnu à l'heure actuelle est l'Aïkido.
Les kakutogi quand à eux désignent les sports de combat tels que le MMA (Mixed Martial Arts). Ces disciplines ont été crées entre la fin du 19ème siècle et aujourd'hui.

Les généralisations portent toujours en elles les germes de leurs erreurs et beaucoup de disciplines ne rentrent totalement dans l'une ou l'autre de ces catégories, particulièrement celles classées dans les budo qui possèdent parfois un versant très traditionnel et un autre totalement orienté vers le sport. En montrant par quelques exemples en quoi diffèrent et même s'opposent un bujutsu et un sport de combat théoriques "purs" je démontrerai que bien que l'un soit à l'origine de l'autre, leur essence est en réalité totalement différente.
Je laisserai volontairement à l'écart les budo en raison de leur aspect souvent mal défini que j'ai souligné.


Budo, Brahim Si Guesmi à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 07
(Photo Pierre Sivisay)


Différences entres bujutsu et kakutogi

Les techniques martiales traditionnelles visent à détruire un ou plusieurs ennemis le plus rapidement possible et de manière définitive. Les techniques utilisées sont les plus dévastatrices et visent les articulations et points vitaux du corps humain.
Les sports de combat visent à battre un adversaire en le contraignant à l'abandon, le mettant K.o. ou en remportant un nombre de points supérieur au sien. Les techniques utilisées sont les plus inoffensives possibles afin de permettre un affrontement sans danger des participants. Pas d'attaques à la colonne vertébrale, la gorge, la nuque, les yeux, les testicules, les articulations faibles telles que les doigts, etc…

Les bujutsu supposent que l'on peut être opposé à des adversaires aux capacités physiques supérieures aux nôtres, que l'on peut être  blessé lorsque la confrontation a lieu, enfin que l'on est désavantagé de toute manière possible et imaginable.
Les kakutogi lissent les différences par des catégories de poids, d'âge et éliminent au maximum tout avantage que l'un des participants pourrait avoir sur l'autre.

Les techniques martiales traditionnelles préparent à affronter un ou plusieurs ennemis qui peuvent surgir par surprise, dans n'importe quels lieux, moments et conditions pour une durée indéterminée.
Les sports de combat préparent leurs pratiquants à combattre un seul adversaire dans un lieu précis à un moment donné pour une durée déterminée.

Il existe de nombreux autres exemples mais leur énoncé n'apporterait pas beaucoup plus. Les bujutsu sont le produit d'un monde brutal ou la possibilité d'un affrontement mortel était réelle. Les kakutogi sont le fruit d'une société pacifiée où l'on cherche à contenir la violence dans des limites socialement acceptables.


Kakutogi, Hubert Chas et Tamaki Léo


Une comparaison de leur efficacité?

Il n'est pas question de juger ici de la valeur de telle ou telle pratique. Si ma recherche m'a amené aux budo et bujutsu j'ai longtemps pratiqué avec plaisir les sports de combats qui demandent un investissement et des efforts qui ne leur sont en rien inférieurs. Toutefois il convient de ne pas se méprendre sur le but et le travail développé dans ces disciplines respectives.

Aujourd'hui lorsque ces groupes de disciplines sont comparées le principal débat concerne généralement "l'efficacité", sous-entendu en combat. Au-delà de l'aspect puéril qui motive généralement cette comparaison, le débat est faussé car le but est fondamentalement différent. Ces pratiques répondent à des situations diamétralement opposées comme les exemples ci-dessus l'ont démontré. Un maître de bujutsu aura ainsi peu de chances de l'emporter contre un champion de sports de combats s'il respecte les règles dans lesquelles celui-ci évolue, tandis que ce dernier n'aura quasiment aucune chance de survie s'il doit faire face à lui sur son terrain.

Des disciplines aux essences éloignées

Les kakutogis sont les descendants des bujutsu. Mais l'essence de ces disciplines est en réalité très éloignée et elles n'ont plus en commun qu'une vague ressemblance extérieure dans certaines formes techniques.
Aujourd'hui les sports de combats sont pratiqués en tant que loisirs tandis que les techniques martiales sont utilisées comme une voie spirituelle. Leurs buts sont différents ainsi que les moyens de les atteindre et par là les qualités qu'ils développent chez leurs pratiquants. La différence fondamentale réside à mon avis dans l'utilisation du corps qui use celui-ci dans les sports de combats, l'efficacité dans sa propre discipline déclinant alors rapidement dès que les premiers signes de l'âge apparaissent…


Par Tamaki Léo - Publié dans : Budo
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /2008 11:25
Kono Yoshinori est sans aucun doute le plus célèbre artiste martial contemporain japonais. Auteurs de dizaines d'ouvrages et vidéos sur les arts martiaux, sujet de séries d'émissions télévisées, il fait en permanence la couverture des magazines et est un invité permanent des plateaux de télévision. Il est sans aucun doute la première véritable "star" des arts martiaux traditionnels car sa renommée a dépassé de loin le cadre étriqué du monde des pratiquants.


Iaïjutsu


Il y a longtemps que je connaissais Kono Yoshinori. J'avais acheté des vidéos de lui il y a quelques années et j'avais lu avec intérêt certains de ses écrits. Le temps passant je l'ai vu passer de pratiquant réputé à maître célèbre jusqu'à devenir le premier pratiquant d'arts martiaux traditionnels à atteindre le statut de star. Et c'est lorsque j'ai décidé d'aller le rencontrer que les difficultés ont commencées…

Une star difficilement accessible

Kono Yoshinori est une star. Il a un emploi du temps de star et un entourage de star. Lorsqu'on essaye de le rencontrer on est d'abord confronté à un de ses assistants qui vous explique qu'il est extrêmement sollicité, très sélectif et donne très peu d'interviews. Si on insiste énormément on vous demande alors d'aller lire des écrits du maître. Enfin un rendez-vous téléphonique peut-être fixé à la suite duquel il prendra une décision. Par chance j'ai finalement réussi à obtenir une brève entrevue.

Hors du temps

Le jour fixé j'attends Kono senseï à la gare de Yoyogi Hachiman, un quartier de Tokyo populaire pour son ambiance bohême. La foule est dense mais je ne peux pas le manquer. Il arrive en kimono traditionnel, chaussé d'ipponba getas avec un furoshiki dans une main et son katana dans l'autre! Nez à nez avec lui j'ai véritablement l'impression d'avoir en face de moi un homme qui a traversé le temps, tant il semble tout droit sorti d'un passé disparu.

(Note de l'auteur: Les ipponba getas sont les socques traditionnelles japonaises en bois mais à une seule dent. Le furoshiki est un sac traditionnel fait à partir d'un carré de tissu que l'on peut plier de nombreuses manières différentes.)


Bojutsu


Photos et autographes
Les passants s'écartent à son passage et chuchotent, l'interpellent. "T'as vu c'est Kono senseï!" "C'est bien vous Kono senseï?!" Léger sourire poli à l'un, brève salutation à l'autre, Kono senseï s'est habitué à ces marques d'attention et y répond avec une bienveillance gênée. Chaque fois que je le reverrais les mêmes scènes se répèteront. Oui Kono senseï est bien une star. Pas un maître célèbre comme peuvent l'être Kuroda Tetsuzan ou Hino Akira qui sont connus de la majorité des pratiquants mais inconnus de la rue. Une véritable star que les passants reconnaissent, à qui l'on demande des autographes et avec qui on se fait photographier.

Au-delà des paillettes
Après avoir réussi à nous soustraire au curieux je me retrouve enfin face à Kono senseï et je n'oublierai jamais cette scène. Nous sommes dans le jardin intérieur d'un café et il commande un lait à la banane qu'il commence à boire à la paille, légèrement voûté et le regard absent. Il m'écoute me présenter d'une oreille distraite comme un enfant qui remplit une obligation. Je commence mon interview et lui pose des questions sur sa vie auxquelles il répond de manière laconique, répétant probablement pour la énième fois un parcours qui ne semble pas l'intéresser. Je commence à me poser des questions sur le résultat de l'entrevue…

Mais soudain lorsque je lui pose une question technique son œil se met à briller et il pose son regard sur moi comme s'il me voyait pour la première fois. J'ai alors véritablement l'impression qu'il sort d'une transe pour revenir à la vie tant le changement est drastique. A partir de là la conversation s'animera, d'une audience d'une heure je finirai par passer la journée avec lui, puis d'autres ensuite, l'accompagnant sur des tournages, stages ou le rencontrant pour des entretiens privés.

Kono senseï est aujourd'hui un personnage public et afin de faire entendre sa voix il joue placidement le jeu d'un système qui ne l'intéresse pas. Mais dès lors qu'on pénètre le domaine de la pratique sa passion l'emporte et aujourd'hui encore je reste ému chaque fois que je le vois déborder de cet enthousiasme incroyable qui le caractérise dès lors qu'on rentre dans le domaine martial.

Des débuts tardifs

A l'adolescence Kono senseï se demande ce que signifie "vivre naturellement". Pour répondre à cette question il décide de pratiquer les arts martiaux et débute l'Aïkido. Pris de passion il étudiera parallèlement le Kashima shin ryu et plusieurs écoles de Shuriken jutsu. Par la suite il ira à la rencontre de très nombreux maîtres pour pratiquer et observer toutes les disciplines qui lui semblent pouvoir lui apporter des réponses dans sa recherche.

(N.d.a.: Shuriken signifie "lame derrière la main". Il s'agit généralement de courtes pointes utilisées en lancer. A ne pas confondre avec les shaken, "étoiles de ninjas", qui ne sont q'une variante de ce groupe.)


Rencontre avec Kuroda Tetsuzan
Kono senseï découvre alors le Shinbukan Kuroda ryugi. Il décide d'aller rencontrer son soke, Kuroda Tetsuzan. Cette rencontre marquera leur vie.
Kuroda senseï et Kono senseï ont seulement un an de différence. Très vite leur passion pour la pratique les lie et ils sympathisent. Kono trouve en Kuroda le dépositaire au niveau remarquable d'une tradition inaltérée. Kuroda trouve en Kono un pratiquant d'exception à l'esprit vif et critique. Chacun donnera le meilleur de lui-même au contact de l'autre et ils en ressortiront définitivement changés. Kuroda senseï ayant réexaminé son héritage en comprendra encore plus profondément la richesse tandis que la pratique de Kono senseï sera dès lors marquée par les principes du Shinbukan. De leur complicité naîtra un livre qui n'est malheureusement pas traduit à l'heure actuelle.


Kenjutsu


Les leçons du passé
Un point essentiel de la recherche de Kono Yoshinori est sa volonté de redécouvrir les secrets des adeptes du passé. Il est évident qu'à ses yeux les exploits des sportifs, héros contemporains sont bien peu de choses comparés aux prouesses des guerriers des temps anciens. Et il est vrai qu'à le voir se jouer de champions et professionnels du sport dans leur propre domaine on ne peut qu'adhérer à sa réflexion.
Kono Yoshinori considère qu'un des plus grands drames du Japon est d'avoir perdu l'utilisation traditionnelle du corps. Il explique que lors du passage du monde féodal au monde moderne pendant l'ère Meïji, les japonais ont totalement changé leur façon de bouger en quelques décennies…

Fin 1800, l'archipel a fermé ses frontières depuis deux cent cinquante ans. Coupé du monde le Japon a développé une culture aussi unique que raffinée et les shoguns Tokugawa ont réussi à perpétuer leur mainmise sur le pays pendant la plus longue ère de paix de l'histoire. Mais le monde a rattrapé le pays et après de graves turbulences les nouveaux dirigeants japonais comprennent qu'il n'ont d'autre choix que d'étudier et copier les grandes puissances afin de ne pas subir leur joug. Leur plan marchera au-delà de toute attente puisque le Japon après avoir défait la Chine et la Russie deviendra le premier pays d'Asie à faire partie des grandes puissances.
Mais le prix à payer fut très lourd. Il est impossible aujourd'hui d'imaginer l'ampleur du bouleversement qui eut lieu à l'époque. Les récits nous rapportent qu'en quelques années les vêtements, la nourriture, les bâtiments, jusqu'aux odeurs même, changèrent de façon radicale. Bien sûr le Japon gardera, peut-être plus que tout autre pays, une grande partie de ses traditions. Mais il perdra aussi d'incroyables richesses artistiques et culturelles. Châteaux et temples rasés, sabres vendus ou fondus, dans sa fièvre modernisatrice le Japon fit des dégâts irréversibles.
C'est à cette époque que se perdit la façon traditionnelle de marcher, et partant, d'utiliser le corps. En étudiant de nombreux documents tels que les premières photos du Japon, les edensho, divers écrits et les peintures d'époque, Kono senseï a découvert que les japonais du passé ne marchaient pas en avançant le bras et la jambe opposés comme c'est actuellement la norme, mais en gardant les bras le long du corps sans vriller la colonne vertébrale.

(N.d.a. : Edensho, parchemins où sont dessinées les techniques du ryu, la tradition martiale.)


Namba aruki
Cette marche appelée Namba aruki, marche de Namba, semble avoir non seulement été celle des samouraïs pour qui elle avait l'avantage de permettre d'avoir en permanence les mains proches du sabre, mais aussi de l'ensemble de la population. Et il est vrai que les documents qui nous sont parvenus viennent étayer sa théorie. De même que certaines preuves indirectes telles que le fait que l'habit traditionnel, kimono, laisse apparaître la poitrine en faisant bailler le revers un pas sur deux dès lors que l'on adopte la marche croisée…
Il semble qu'un des facteurs majeurs de cette transformation fut la formation militaire. Les japonais désirant se doter d'une armée moderne confièrent sa formation à l'Allemagne et la France. Chaque japonais obéissant à la conscription appris alors la marche militaire occidentale, entraînant inexorablement la modification de la marche de tout un peuple.

La marche étant une des activités principales de l'homme, la musculature et donc l'utilisation du corps tout entier en fut modifiée. Toutes les techniques martiales qui ont été développées sur une base fondamentalement différente se révèlent dès lors beaucoup moins efficaces lorsqu'elles sont effectuées par un corps "moderne" car les mouvements en sont contraints. Et il n'est qu'à voir la difficulté des débutants en Aïkido à attaquer en avançant le même bras et la même jambe pour le comprendre.
Selon Kono senseï réapprendre à se déplacer sans effectuer de torsions permet donc de retrouver une des clefs de l'efficacité des techniques martiales. En effet il démontre que les mouvements de rotation sont non seulement moins efficients car ils induisent une diffusion de la force, mais sont aussi bien plus prévisibles. Un point crucial dans une situation de vie ou de mort…

Pragmatisme

Dans sa quête Kono senseï a rencontré et pratiqué avec certains des plus grands maîtres d'aujourd'hui. En parallèle il a complété son étude technique par des recherches extrêmement poussées qui en font l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire des arts martiaux. S'il a rencontré nombre d'histoires hagiographiques, il a aussi découvert des récits de faits "extraordinaires" corroborés par des sources diverses. C'est à la suite de ces études que Kono senseï est parvenu à la conclusion que les techniques transmises à travers le temps et qui semblent inapplicables ou inefficaces aujourd'hui ne le sont qu'en raison du faible niveau des pratiquants contemporains.
Ayant eu l'honneur de subir la technique de nombreux maîtres je dois avouer que j'ai souvent eu le sentiment que sans coopération le résultat aurait été pour le moins très différent. C'est une expérience d'autant plus surprenante que de subir les techniques que Kono senseï exécute avec facilité alors même que l'on tente de s'y opposer…


Shurikenjutsu


Universalité
Le travail de Kono senseï est fondé sur la recherche de principes fondamentaux qui vont au-delà de la technique. Maîtrisant aussi bien les techniques à mains nues que celles employant les armes les plus diverses il démontre l'universalité de principes permettant une utilisation plus efficace du corps. Un domaine où il fut révolutionnaire et qui lui a valu sa renommée, est l'application de ces principes aux domaines les plus variés de la vie quotidienne.

Kuwata Masumi ou la résurrection d'un champion de baseball grâce à l'utilisation du corps dans les arts martiaux traditionnels

Kuwata Masumi est un pitcher (lanceur) de baseball né en 1968. A l'âge de dix-huit ans il débute en 1986 dans la plus grande équipe du Japon, les Yomiuri Giants. Joueur au talent exceptionnel il devient très rapidement l'un des meilleurs lanceurs de l'archipel. Malheureusement en 1995 il se blesse gravement au coude droit et subit une lourde intervention chirurgicale qui l'éloigne des terrains pendant près de deux ans.
A son retour Kuwata reste un bon lanceur mais son niveau n'est plus du tout comparable à celui qu'il avait avant sa blessure. Il recherche dans toutes les directions, travaillant selon les méthodes de préparations scientifiques les plus modernes, utilisant musculation et diététique mais rien n'empêche les batteurs de frapper de plus en plus facilement ses balles et sa carrière décline inexorablement. Il décide finalement de prendre sa retraite en 2001 mais son équipe réussit in extremis à le convaincre d'essayer de continuer à jouer. C'est alors qu'il fait la connaissance de Kono senseï…
Lors de leur première entrevue Kono démontre à Kuwata comment appliquer les principes d'utilisation du corps des bujutsu dans sa discipline. Kuwata déclarera par la suite que les mouvements de Kono étaient plus rapides que ceux de n'importe quel joueurs qu'il avait vus.
Cette expérience est une véritable révélation pour lui et il devient dès lors un pratiquant acharné des techniques de Kono senseï. Grâce à la mise en pratique de ces enseignements il deviendra à trente-quatre ans le joueur le plus rapide, ses lancers deviendront imprévisibles à l'œil des batteurs et il reviendra de manière spectaculaire à son plus haut niveau, devenant le meilleur lanceur du Japon!

Sportifs convaincus

Kono senseï démontre régulièrement les résultats stupéfiants auxquels il est arrivé face à des sportifs de haut niveau. On l'a notamment vu se placer face à un boxeur professionnel et le frapper sans que celui-ci puisse réagir, résister à la poussée d'un lutteur de Sumo de plus de cent soixante-dix kilos alors qu'il ne pèse lui-même que soixante-deux kilos, passer la défense de joueurs de football professionnels, retourner avec facilité des judokas de plus de cent kilos, etc… La liste est sans fin des occasions où il a accepté de mettre à l'épreuve ses théories et de prouver leur indubitable efficacité.
Il n'est donc pas étonnant que Kuwata ne soit que le plus célèbre des sportifs faisant confiance à lui. Les joueurs professionnels et les fédérations des sports les plus divers font aujourd'hui appel à ses talents afin d'améliorer leurs résultats. Suetsugu Shingo qui fut le premier à remporter une médaille de bronze au 200 mètres rapporte par exemple que le secret de son efficacité est la marche Namba.


Iaïjutsu


Vie quotidienne

Aujourd'hui l'enseignement de Kono senseï touche un public encore plus large que celui des sportifs car il démontre les principes de l'utilisation "traditionnelle" du corps dans des activités aussi simples que la marche, se lever, s'asseoir ou porter un sac. Ses recherches ont soulevé l'intérêt du grand public, des sportifs, mais aussi des médecins, des sociétés fabriquant des robots, des artistes, etc… Il est un de ceux grâce à qui les arts martiaux traditionnels ont sans aucun doute trouvé un regain de popularité qui leur permettra de survivre… au moins quelques décennies de plus.


Par Tamaki - Publié dans : Budo
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Lundi 15 septembre 2008 1 15 /09 /2008 00:19
J'ai eu la chance de rencontrer certains des maîtres les plus remarquables de notre époque. Tous ont en commun une efficacité redoutable. Pourtant quand il s'agit de puissance Akuzawa Minoru se dégage du lot et de très loin. Sa maîtrise de la force interne est si remarquable qu'en voir et plus encore sentir la manifestation est littéralement effrayant. Pourtant rien de plus paisible que la méthode qu'Akuzawa senseï a créée sur les bases des koryu et qui s'apparente presque par sa forme à un type de Qi Gong. Pour la première fois Akuzawa senseï a accepté d'expliquer la genèse et les principes de sa méthode.




L'interview d'Akuzawa senseï a été déplacée ici.

Par Tamaki - Publié dans : Budo
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Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /2008 10:46
Un peu d'histoire…
Il y a quatre ans est né Dragon. Nous sommes partis d'un constat simple. La France, première au monde par le nombre de pratiquants dans de nombreuses disciplines telles que l'Aïkido, est LE pays occidental des arts martiaux traditionnels. Et s'il existait quelques revues d'arts martiaux, la plupart mélangeaient les versants sportifs et traditionnels sans aborder l'environnement culturel qui leur était lié. Avec Dragon nous avons fait le pari qu'il existait un public intéressé par les voies traditionnelles et le monde qui leur avait donné naissance. Votre fidélité nous a donné raison et grâce à vous nous sommes aujourd'hui après le mensuel japonais Hiden, le second magazine mondial d'arts martiaux traditionnels.

Prolonger l'esprit du magazine   
Nous avons alors voulu prolonger l'esprit du magazine et vous offrir la chance unique d'admirer en chair et en os les maîtres qui nous motivent, nous font rêver et nous apprennent tant dans chaque numéro de Dragon. Souvenez-vous, il y a quelques mois je vous disais:
"J'avais depuis longtemps l'envie de créer un évènement unique autour des voies martiales traditionnelles. Réunir les plus grands maîtres actuels dans un décor sobre qui mettrait en valeur l'essence de leur pratique, leur donner le temps de s'exprimer et de présenter la richesse de leur discipline.
L'Embukaï est au Japon une démonstration d'arts martiaux traditionnels. J'ai voulu retourner aux racines les plus profondes de la pratique martiale en laissant volontairement de côté le sensationnalisme et les champions pour vous présenter des maîtres. Et quels maîtres!"

Pari accompli?
Pari accompli? Mille fois oui. Spectateur parmi les spectateurs j'ai vécu un pur moment de bonheur. En regardant les fantastiques experts qui nous ont fait l'honneur de venir démontrer leur discipline j'ai oublié le temps et l'espace. Devant mes yeux revivaient les samouraïs, les moines de Shaolin et tous les guerriers qui créèrent les formidables voies martiales qui ont traversées le temps.

Comme vous j'ai vibré devant la merveilleuse habileté des maîtres présents ce soir là. Comme vous j'ai été stupéfait par leur efficacité martiale. Mais surtout j'ai été ému par la sobriété et l'authenticité des démonstrations. A une époque où la surenchère est de mise dans tous les domaines j'ai plus que jamais apprécie le travail qui nous a été présenté. Et si le parti pris de limiter le nombre de démonstrateurs pour leur laisser plus de temps ne fut pas facile, je sais aujourd'hui qu'il s'agissait de la bonne décision. Car une voie authentique ne peut s'apprécier le temps d'un clip. Et voir les maîtres et leurs assistants disposer du temps nécessaire pour effectuer une démonstration traditionnelle où le simple salut occupe une place aussi importante que la forme technique en était la preuve vivante.

Au vu des nombreux courriers que vous nous avez envoyés et des discussions que j'ai entendues à la sortie de la Nuit, je crois que vous partagiez mon avis.

NAMT 2?!

En attendant la seconde Nuit des Arts Martiaux Traditionnels voici quelques photos qui prolongeront le rêve. D'ici là, bonne pratique!

Pierre-Yves Bénoliel






Aïkido
Brahim Si Guesmi



Aïkido


C'est Brahim Si Guesmi qui eut la lourde tâche de démarrer la soirée. C'est peu dire qu'il s'en est acquitté avec brio. Souple, mobile, il a magistralement présenté l'Aïkido. Démontrant les principes fondamentaux de sa discipline il a présenté au public l'essence de l'art de Moriheï Ueshiba. Plus jeune expert de la soirée il fut la preuve vivante que la valeur n'attend pas le nombre des années.


Brahim Si Guesmi


Shukokaï Karaté
Okubo Hiroshi



Shukokaï Karaté


Okubo Hiroshi vint ensuite présenter une forme particulière de Karaté issue du style Shito ryu, le Shukokaï fondé par maître Tani Chojiro. Montrant une attaque suivie de son contre il démontra une explosivité d'autant plus spectaculaire qu'elle alternait avec une posture nonchalante et relaxée. Il termina par l'incroyable coupe d'un jo posé sur deux doigts de son assistant avec un bokken!


Okubo Hiroshi


Wing Chun Kung-Fu
Didier Beddar



Wing Chun Kung-Fu


Ce fut Didier Beddar qui arriva ensuite pour présenter le Wing Chun. Si la première partie de sa démonstration fut l'occasion d'admirer son incroyable rapidité dans un travail sobre et élégant alternant pratique avec un partenaire et au mannequin de bois, il fit honneur à ses élèves dans la seconde partie. L'excellence de leur démonstration fut la preuve que Didier Beddar est un enseignant d'exception en plus d'être un des plus grands experts de Wing Chun.


Didier Beddar


Aïkibudo
Alain Floquet



Aïkibudo


C'est Alain Floquet qui nous fit alors l'honneur de présenter la discipline qu'il créa sur les bases de l'enseignement des ses maîtres Takeda Tokimune, Mochizuki Minoru et Sugino Yoshio. Sa démonstration du riche héritage de ces géants des arts martiaux du 20ème siècle fut la preuve par l'exemple que souplesse et douceur sont sources d'efficacité.



Alain Floquet


Tay Son Vo Dao
Chau Phan Toan



Tay Son Vo Dao


Ce fut alors Chau Phan Toan qui vint prendre la suite pour présenter le Tay Son Vo Dao. Cet habitué des démonstrations spectaculaires offrit un très large éventail des possibilités de sa discipline, démontrant que les applications les plus modernes prenaient leurs sources dans les arts les plus traditionnels.


Chau Phan Toan


Gembukan Tode
Pierre Portocarerro



Gembukan Tode


C'est Pierre Portocarrero qui fut ensuite notre invité. Présentant un Karaté issu de son étude avec le défunt Ogura Tsuneyoshi et les plus grands maîtres d'Okinawa, il offrit une splendide démonstration de techniques traditionnelles incluant notamment un travail de clés et de projections connu de très peu de pratiquants de Karaté.


Pierre Portocarrero


Shinbukan Kuroda ryugi
Kuroda Tetsuzan



Shinbukan Kuroda ryugi


Vint enfin le moment tant attendu. Kuroda Tetsuzan, parrain de cette première Nuit des arts martiaux traditionnels présenta le Shinbukan Kuroda ryugi. Assisté par son fils et un de ses élèves il effectua dans un silence de cathédrale une démonstration à couper le souffle. Présentant trois des cinq ryus dont il est le Soke il subjugua l'assistance par sa fabuleuse maîtrise.


Kuroda Tetsuzan


Shodokan "Tomiki" Aïkido
Tsuchiya Satoru



Shodokan "Tomiki" Aïkido


C'est maître Tsuchiya qui débuta la seconde partie de la soirée avec une présentation du Shodokan Aïkido, style codifié par Tomiki senseï, l'un des élèves qui étudia le plus longtemps au côté de Ueshiba Moriheï. Du travail des katas à celui des randori Tsuchiya senseï offrit au public une démonstration dynamique et puissante de ce style majeur d'Aïkido trop peu connu en France.


Tsuchiya Satoru


Taï Chi Chuan style Chen et Da Cheng Chuan
Jian Liujun



Taï Chi Chuan style Chen et Da Cheng Chuan


Maître Jian vint ensuite présenter le Taï Chi Chuan de style Chen et le Da Cheng Chuan. Démontrant à chaque fois les formes de ses arts puis leurs applications à deux, il offrit une magnifique démonstration où alternaient douceur et explosivité.


Jian Liujun


Tenshin Shoden Katori Shinto ryu
Alain Floquet



Tenshin Shoden Katori Shinto ryu


C'est à nouveau Alain Floquet qui nous fit le plaisir de revenir pour présenter le Katori Shinto ryu qu'il étudia auprès de maître Sugino. Katas de Iaïjutsu, Kenjutsu, Bojutsu, Sojutsu et Naginatajutsu se succédèrent dans une démonstration d'exception de cette école légendaire.


Alain Floquet


Shotokan Karaté
Jean-Pierre Vignau



Shotokan Karaté


Le Shotokan est le style de Karaté le plus pratiqué au monde. Jean-Pierre Vignau réussit pourtant le tour de force de surprendre l'assistance par la variété des différentes facettes de sa discipline. Kihons, katas et self-défense se succédèrent jusqu'à une spectaculaire casse de bouteille de bière à mains nues qu'il est un des très rares maîtres à oser effectuer.



Jean-Pierre Vignau


Shaolin Kung-Fu
Shi Yan Li



Shaolin Kung-Fu


C'est un moine de Shaolin, Shi Yan Li, qui représentait le temple de la petite forêt. Enchaînant un travail au fouet lesté puis à mains nues il fit revivre avec brio la légende du plus célèbre temple de moines combattants de l'histoire. Souple, puissant et explosif il livra au public conquis une superbe démonstration.


Shi Yan Li


Shinto Muso ryu
Jean-Pierre Réniez



Shinto Muso ryu


Jean-Pierre Réniez, célèbre pour sa maîtrise du sabre, vint ensuite présenter ce qui est sans doute le plus méconnu de ses nombreux talents, le Jojutsu de la célèbre Shinto Muso ryu. Il nous offrit une superbe démonstration de katas jo contre ken et surtout un très rare travail au kusarigama de toute beauté.



Jean-Pierre Réniez


Taekwondo et Hapkido
Rémi Mollet


Taekwondo et Hapkido


Rémi Mollet et son équipe présentèrent les deux disciplines phares du pays du matin calme. Fait sans doute unique dans l'histoire ils venaient d'effectuer deux démonstrations avant d'arriver devant nous. Enchaînant les multiples facettes de leurs disciplines, ils ravirent leur public par leur démonstration d'un dynamisme exceptionnel.


Rémi Mollet


La seconde Nuit des Arts Martiaux Traditionnels aura lieu le 11 octobre 2008 à la Halle Georges Carpentier, 81 Bd Masséna, Paris 13.


Par Tamaki - Publié dans : Budo
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