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Littérature

Samedi 17 mars 2007 6 17 /03 /Mars /2007 07:20

Tragique et bouleversante destinée que celle de l’Homme. Prisonnier affolé de sa vie qu’il sait éphémère, le coeur emmêlé et écartelé par les trois espaces Temps qui déterminent la trame de son histoire, aspirant à une éternité qu’il s’épuise à rêver, il vacille au-dessus de l’abîme, petit funambule touchant et  intrépide, jouant avec le vide, curieux mais si souvent effrayé par la moindre turbulence atmosphérique de son existence, imprudent quand même pour tenter de toucher, ne serait-ce que du bout de l’âme de petits éclats scintillants d’éternité. Se jouer du Temps pour être libre, ne pas craindre la Mort pour espérer être au moins vivant au moment  ultime, c’est sans doute ce à quoi nous nous efforçons tous de parvenir avec plus ou moins d’adresse et surtout de satisfaction.


Moriheï Ueshiba

Quête improbable que le bonheur et la plénitude de l’Homme ? Humblement et sans inclination particulière pour le désespoir, je l’ai souvent pensé, convaincue que l’Art était la seule consolation possible, la seule explication plausible à notre vie ici-bas ; le seul sens probant que pouvait avoir nos existences et ce quel que soit l’Art choisi consciemment ou non. Je ne savais pas que m’attendait alors sur ce chemin si solitaire qu’est celui des mots et de la fiction, un autre Art qui a tout sublimé et illuminé de vérité, dépouillant en douceur mais avec une absolue intransigeance tout ce qui pouvait ne pas être parfaitement essentiel.

Dans le silence du Dojo, mes mots ont trouvé une place dans l’espace ; le froissement des hakamas a réveillé ceux qui s’étaient endormis, inachevés, petits prisonniers d’un intérieur un peu trop frileux ; des pieds nus sur les tatamis, s’est élevée toute la puissance du verbe juste ; au fur et à mesure des techniques, au rythme des souffles mêlés, les phrases ont éclos pareilles à de petites bulles d’air vitales au cœur d’un ballet singulier à l’harmonie céleste et aux volcaniques vibrations ; les chutes dédramatisaient le doute, faisaient taire la peur, rendaient au verbe toute sa noblesse, son élégance et son absolue virtuosité. Chuter , c’était ce vide de tous les possibles, cette élégance de la vacuité, cette puissance vertigineuse de l’ abîme dans lequel le corps basculait sans filets et ce tout que l ‘âme frôlait alors et qu’au prix de cette salvatrice imprudence.


Nobuyoshi Tamura

Armée de mon stylo, je tenais le Monde à distance pour mieux le voir, pour me préserver de ses tragédies, pour n’en prendre que la beauté, pour le transformer en une fictive réalité dont moi seule était l’auteur ; du bout du boken, je suis rentrée dans le Monde, à chaque garde qui s’entrouvrait, je me frayais un chemin dans d’autres univers qui ne  me devaient pas leur existence, quand je l’ouvrais, je m’abandonnais enfin, j’acceptais d’autres énergies, d’autres regards, d’autres émotions et je les faisais miennes.

J’ai longtemps cru que l’Aïkido abolissait le Temps, longtemps pensé qu’écrire me consolait d’hier et  d’un demain éperdu d’incertitudes. Je me suis trompée. Tous deux  sont dans le temps,  parfaitement dans le rythme, dans la marche du Monde. Le choix de mes mots vient du Passé, mais chaque mot qui s’écrit est porteur de Demain, et c’est dans l’acte d’écrire que je suis dans mon Présent ; chaque attaque qui arrive sur moi résulte elle aussi du Passé, simultanément à la perception que j’en ai, j’ai déjà choisi Demain, et c’est dans ce fragile instant de grâce éphémère et absolue  qu’est l’action que je suis dans un Présent plein et habité.


Toshiro Suga

J’ai parfois revu sur les tatamis, l’Aube se lever sur les bords du Gange, parfois senti tout l’éclat de la neige sur Kyoto, retrouvé le bleu de Marc Chagall, le lyrisme de Hugo, le velours triste de Kawabata, la tendresse de Tagore et il m’arrive souvent de rêver qu’un jour, peut-être, je pratiquerai l’Aïkido avec, dans le corps, le cœur et l’âme, toute la puissance de Mozart, l’émotion tragique de Billy Holliday ou encore la voix d’Esther Lamandier.

Ce matin, j’ai repris mon boken, dans un jardin encore alangui de nuit et de rosée, et j’ai sabré l’air et la timide lumière. Peu à peu, le souffle se faisait plus régulier, plus calme, plus souple et le son de l’air réveillé par l’arme était autant d’arpèges qui me donnaient le courage- ou l’arrogance- de croire que la Musique de l’Aïkido résonnait encore un peu en moi…

                                                                        

 

Par Emmanuelle Raymond - Publié dans : Littérature
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Mercredi 18 octobre 2006 3 18 /10 /Oct /2006 12:44
Un monument de la culture populaire japonaise
 
            La série "Kozure Ôkami" (le loup au petit), plus connue dans le monde sous ses titres anglais "Lone Wolf and Cub" ou "Baby Cart" est un monument de la culture populaire japonaise.
            Scénarisée par Koike Kazuo et dessinée par Kojima Goseki, ce manga, ou plutôt gekika (bande dessinée pour adultes), paraîtra pour la première fois en 1970. Jusqu'à sa fin en 1976 Kozure Ôkami couvira 8700 pages d'un graphisme dynamique et d'une histoire passionnante. Les lecteurs japonais ne s'y tromperont pas puisqu'il se vendra plus de 8 millions de ses 28 tomes rien que sur l'archipel.

Ogami Itto et Daïgoro, héros de Kozure Ôkami

            Très rapidement et devant un tel engouement populaire, Kozure Ôkami dépassera le cadre du 9ème art et sera adapté en films, séries télé, disque et jeu vidéo. Baby Cart inspirera par ailleurs de nombreux auteurs tant dans le domaine du manga que du cinéma.
 

L'histoire
 
            Kozure Ôkami raconte le périple de Ogami Itto, ancien bourreau du shogun Tokugawa, et de son fils Daïgoro. Disgracié à la suite d'un complot mené par le clan Yagyu pour lui ravir sa place, Ogami jure de venger son nom et le meurtre de sa femme. Lone wolf and cub les suit, lui et son fils le long de leur quète tragique au cours de laquelle ils affronteront des hordes d'ennemis impitoyables.
           
Un père et un fils, seuls contre tous

           Kozure Ôkami comme toutes les oeuvres de Koike Kazuo est extrèmement bien documentée. Le héros, Ogami Itto, est d'ailleurs un expert d'un style qui existe véritablement, le Suio ryu et utilise un type de sabre connu, le Dotanuki. Malgré de nécessaires libertés scénaristiques le contexte historique est extrèmement fidèle à la réalité et on apprend en outre de nombreux détails passionants de la vie quotidienne du Japon à l'époque féodale.

Ogami Itto, un combattant invincible et impitoyable

            Au fil des histoires le lecteur comprend peu à peu la signification de la voie du samouraï et se retrouve emporté par cette tragique et touchante histoire qui, au-delà des nombreux combats nous touche par la relation qui lie le père à l'enfant dans un combat où ils sont seuls contre tous.
 

Influences
 
            Kozure Ôkami devint rapidement une série culte à l'étranger sous le nom de Lone wolf and cub, notamment grâce à Frank Miller, le célèbre dessinateur de BD, auteur ente autres de Sin city. Frank Miller fit circuler Kozure Ôkami autour de lui et alla jusqu'à réaliser 12 couvertures originales pour la publication de la série aux Etats-Unis. Grand fan de ce gekika et de la culture japonaise, on sent l'influence de ses passions dans le renouveau qu'il a insufflé dans les séries de Daredevil, Batman et surtout Wolverine (Serval en français).

Couverture de Frank Miller, édition française

            Lone wolf and cub eut une influence importante sur de nombreux autres auteurs. Citons parmi les plus célèbres John Carpenter ("Jack Burton dans les griffes du mandarin"), Quentin Tarantino ("Kill Bill 2"), John Woo...
            On retrouve aussi la marque de Kozure Ôkami dans une oeuvre comme "Road to perdition" de Max Allan Collins qui fut adaptée au cinéma par le réalisateur Sam Mendes dans un film avec Tom Hanks ("Les sentiers de la perdition" en français).
 

Baby cart
 
            Kozure Ôkami a déjà été adapté huit fois au cinéma, deux fois en séries téléviséees et plusieurs fois en téléfilms.
            Les six premiers films furent réalisés avec Wakayama Tomisaburo dans le rôle de Ogami Itto entre 1972 et 74 et les cinq premiers furent scénarisés par l'auteur du gekika, Koike Kazuo. Ils sont généralement regroupé sous le nom de Baby cart. Les trois premiers films furent réalisés par Misumi Kenji et produits par Katsu Shintaro, rendu célèbre par son interprétation de Zatoichi, le samouraï aveugle.

Ogami Itto

            Le film Shogun Assassin qui fut créé pour le marché américain par la société de production de Roger Corman mélange des scènes des deux premiers films de la série et en change les dialogues.
            Les trois derniers films de Baby cart furent produits par Wakayama lui-même et réalisés dans l'ordre par Saito Buichi, à nouveau Misumi Kenji puis enfin Kuroda Yoshiyuki.
            Il est à noter qu'hormis Wakayama, le rôle de son fils Daïgoro est aussi tenu par le même enfant lors des six opus, Tomikawa Akihiro.
 
Le loup et l'enfant

            L'univers de Kozure Ôkami a été assez fidèlement retranscrit dans les cinq premiers épisodes de cette série et certains plans reprennent parfois des scènes entières du manga avec un grand souci du détail.
         Baby cart est une oeuvre extrèmement stylisée où tous les éléments, du jeu des acteurs à la réalisation en passant par le scénario jusqu'au montage nous transporte dans un monde à la frontière de l'imaginaire et du réel.
            Les épisodes les plus réussis sont de loin ceux réalisés par le cinéaste Misumi Kenji dont l'oeuvre est trop souvent négligée.

La longue marche des héros de Baby cart
 

Wakayama Tomisaburo
 
            Wakayama Tomisaburo, frère aîné de Katsu Shintaro a grandi dans une famille d'acteurs de Kabuki, une des formes du théatre traditionnel japonais. Passioné d'arts martiaux il pratiquera toute sa vie le Judo, le Iaïdo et le Kendo. Malgré une carrière très prolifique au Japon il n'est souvent connu en occident que pour son interprétation de Ogami Itto dans la série Baby cart et celle de Sugaï, le parrain yakuza dans "Black rain" de Ridley Scott.

Wakayama Tomisaburo en action

            Wakayama était un grand fan de Kozure Okami et c'est lui qui prendra les devants en allant rencontrer le scénariste Koike Kazuo afin d'obtenir le rôle. Et il est vrai qu'il réussit à personnifier de façon très vraisemblable Ogami malgré les quelques kilos de plus qu'il portait par rapport à son modèle de papier. Aussi convaincant dans les nombreuses scènes de combat que lors des moments d'intimité avec son fils, il est véritablement habité par son personnage.

Le combat d'un père et d'un fils
 

Coffret Baby cart
 
            Wild side vidéo propose l'intégrale de la première série d'adaptations au cinéma sous le titre "Baby cart, le loup à l'enfant". Elle est composé des six films agrémentés d'un disque de bonus et d'un livret présentés dans un coffret à l'esthétique soignée.

Menu DVD Baby cart

            Le disque de bonus propose les bandes annonces des films et cinq documentaires ou entretiens mais seul le premier, "Lame d'un père, l'âme d'un sabre" est véritablement intéressant. On y découvre de nombreuses interviews dont celle du scénariste Koike Kazuo et des deux réalisateurs encore vivants de la série, Saito Buichi et Kuroda Yoshiyuki. Par chance il est de loin le plus long.
            Le livret à la couverture magnifique est assez réussi. Il détaille le contexte de l'époque, offre une analyse intéressante de l'oeuvre et propose des biographies détaillées des protagonistes de Baby cart. Les puristes regretteront juste une traduction assez approximative.

Livret du coffret Baby cart
 

Aujourd'hui
 
            Une série nommée "Shin lone wolf and cub" qui prend pour héros Daïgoro est actuellement publiée. Toujours scénarisée par Koike Kazuo elle est dessinée par Mori Hideki en raison de la disparition de Kojima Goseki.
            Par ailleurs Hollywood a longtemps eu un projet d'adaptation qui est pour l'instant au point mort.

Kozure Ôkami


 

 
Par Léo Tamaki - Publié dans : Littérature
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Lundi 2 octobre 2006 1 02 /10 /Oct /2006 00:01

Titre : Best 13 of Golgo 13
Auteurs : Saito Takao
Editeur : Glénat

    Golgo 13 est le nom de code d’un tueur à gages mystérieux et quasi-invincible. Depuis sa première publication en 1968 ce héros de manga japonais n’a jamais cessé de paraître. Véritable icône de la culture pop japonaise il est déjà apparu dans plus de 30 000 planches, a été adapté deux fois en dessins animés, deux fois en films et plusieurs fois en jeux vidéos. Il fut interprété à l’écran par deux acteurs de premier plan japonais, Takakura Ken et Chiba Shin’ichi.

    Golgo 13 est une sorte d’alter ego de James Bond ou S.A.S., mais son métier est l’assassinat. Tireur incomparable, combattant d’élite et straège hors pair aux origines mystérieuses il ne lutte pas pour le bien et se situe dans une zone où les notions de bien ou de mal sont quasiment absentes. Partageant de nombreux traits avec Okami Kozure, le ronin assassin héros de la série manga Lone Wolf and cub, il paraît encore plus inhumain et presque ammoral.

    Au niveau scénaristique Golgo 13 n’est pas un chef d’œuvre. Les histoires se laissent lire relativement agréablement mais sont souvent sans surprises tellement le héros est invincible. Mais l’intérêt de Golgo 13 est ailleurs. S’inspirant régulièrement de faits réels et de l’actualité, la lecture des évènements donne un point de vue intéressant sur la perception du monde qu’il offre aux lecteurs japonais.

    La série Golgo 13 n’est disponible en France que sous la forme d’un best of publié par Glénat. Il réunit en 1325 pages les 13 histoires préférées des lecteurs du magazine Big Comic Spirits.


 

Par Léo Tamaki - Publié dans : Littérature
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /Sep /2006 16:43

Titre : Ikebukuro West Gate Park
Auteur : Ishida Ira
Editeur : Philippe Picquier


    Ikebukuro West Gate Park raconte la vie de Majima Makoto, 19 ans. A la suite d’évènements tragiques Makoto devient une sorte de "fixer" servant d’intermédiaire ou résolvant les problèmes de son quartier. On pénètre alors à travers ses yeux dans le monde caché d’Ikebukuro, l’un des grands centres de Tokyo.

    Beaucoup moins âpre que les romans de Murakami Ryu, Ikebukuro West Gate Park nous dévoile à sa manière une face cahée du Japon. Son univers souterrain d’abord avec les yakuzas et les prostituées mais surtout celui de toute cette jeunesse un peu perdue qui laisse perplexe le touriste tout autant que le reste des japonais qui les croisent. A travers les voyous, les employées de salon de massage ou les otakus que rencontre Makoto on découvre une génération un peu perdue mais très attachante essayant de survivre dans un monde aux repères flous.

    Ce roman qui a obtenu le Grand Prix de littérature policière du Japon se laisse lire facilement et avec plaisir. Il a obtenu un succès phénoménal au Japon et a été adapté en série à la télé et en manga.


 

Par Léo Tamaki - Publié dans : Littérature
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Mercredi 16 août 2006 3 16 /08 /Août /2006 06:32

Titre : Yakuza, la mafia japonaise
Auteurs : David Kaplan, Alec Dubro
Editeur : Picquier poche


    Ce livre de 616 pages est sans doute le plus complet et le plus sérieux des ouvrages traitant des Yakuza, les célèbres gangsters japonais. Sans jamais céder au folklore ou à la simplification les auteurs nous entraînent à travers l’histoire japonaise sur les traces d’une des plus grandes et puissantes organisations mafieuses du monde.

    Le livre commence sur la naissance et l’évolution de ces criminels, autoproclamés descendants des samouraïs. On y découvre leur fonctionnement en groupes si puissants qu’ils rassemblent parfois des dizaines de milliers d’hommes. Leurs différents secteurs d’activités sont très clairement disséqués, du racket au jeu en passant par la prostitution, jusqu’à des secteurs plus spécifiquement japonais comme le chantage aux sociétés. On y apprend que certains parrains ont pesé jusqu’à plusieurs milliards de dollars et que leur puissance est telle qu'ils règnent sur la vie politique japonaise depuis la fin de la seconde guerre mondiale, faisant et défaisant les premiers ministres selon leur bon vouloir.

    L’introduction ne ment pas disant qu’on pourrait aussi bien intituler l’ouvrage "l’histoire secrète du Japon" et la seule "critique" que l’on pourrait  adresser aux auteurs serait d’avoir trop bien fait. La longue liste de leurs sources en fin de chaque chapitre, l'abondance des détails de leurs enquêtes est parfois un peu trop chargée pour le commun des lecteurs. Mais c’est aussi cela qui fait de ce passionnant reportage un ouvrage de référence à ne manquer sous aucuns prétextes.


 

Par Léo Tamaki - Publié dans : Littérature
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