TsubakiJournal

Généralement le grand public classe toutes les formes d'activités physiques liées au combat sous les appellations génériques d'arts martiaux ou sports de combats en employant ces termes indifféremment. Et une grande majorité de pratiquants fait de même. Un bref coup d'œil suffit pourtant pour noter qu'il existe plusieurs groupes aux différences très marquées.

Bujutsu, budo, kakutogi
Il est très difficile de traduire des termes japonais car le ou les caractères qui composent un mot ont parfois de multiples significations ou un sens très large selon les idéogrammes auxquels ils sont associés. Le français en revanche est une langue dont les mots sont généralement beaucoup plus précis. La traduction que j'ai choisie pour les groupes de disciplines me semble la plus simple mais ne transmet toutefois pas la richesse de sens que recouvre leur appellation en japonais. Je n'aborderai toutefois pas ce point dans le détail ici car il mériterait un développement en soi.


Bujutsu, Kuroda Tetsuzan et Yasumasa à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 07
(Photo Pierre Sivisay)


On peut grossièrement diviser les pratiques physiques liées au combat en trois catégories, les bujutsu que je traduirais par techniques martiales, les budo, voies martiales, et les kakutogi, techniques de combat.
Les bujutsu regroupent les techniques enseignées au sein des koryu, écoles traditionnelles, telles que le Katori shinto ryu, le Yagyu shinkage ryu, etc… Les plus anciennes de ces écoles ont été crées il y a plusieurs siècles, les plus récentes datant du 19ème.
Les budo regroupent les voies martiales qui ont été crées entre la fin du 19ème siècle et aujourd'hui. Le premier a été le Judo et le dernier reconnu à l'heure actuelle est l'Aïkido.
Les kakutogi quand à eux désignent les sports de combat tels que le MMA (Mixed Martial Arts). Ces disciplines ont été crées entre la fin du 19ème siècle et aujourd'hui.

Les généralisations portent toujours en elles les germes de leurs erreurs et beaucoup de disciplines ne rentrent totalement dans l'une ou l'autre de ces catégories, particulièrement celles classées dans les budo qui possèdent parfois un versant très traditionnel et un autre totalement orienté vers le sport. En montrant par quelques exemples en quoi diffèrent et même s'opposent un bujutsu et un sport de combat théoriques "purs" je démontrerai que bien que l'un soit à l'origine de l'autre, leur essence est en réalité totalement différente.
Je laisserai volontairement à l'écart les budo en raison de leur aspect souvent mal défini que j'ai souligné.


Budo, Brahim Si Guesmi à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels 07
(Photo Pierre Sivisay)


Différences entres bujutsu et kakutogi

Les techniques martiales traditionnelles visent à détruire un ou plusieurs ennemis le plus rapidement possible et de manière définitive. Les techniques utilisées sont les plus dévastatrices et visent les articulations et points vitaux du corps humain.
Les sports de combat visent à battre un adversaire en le contraignant à l'abandon, le mettant K.o. ou en remportant un nombre de points supérieur au sien. Les techniques utilisées sont les plus inoffensives possibles afin de permettre un affrontement sans danger des participants. Pas d'attaques à la colonne vertébrale, la gorge, la nuque, les yeux, les testicules, les articulations faibles telles que les doigts, etc…

Les bujutsu supposent que l'on peut être opposé à des adversaires aux capacités physiques supérieures aux nôtres, que l'on peut être  blessé lorsque la confrontation a lieu, enfin que l'on est désavantagé de toute manière possible et imaginable.
Les kakutogi lissent les différences par des catégories de poids, d'âge et éliminent au maximum tout avantage que l'un des participants pourrait avoir sur l'autre.

Les techniques martiales traditionnelles préparent à affronter un ou plusieurs ennemis qui peuvent surgir par surprise, dans n'importe quels lieux, moments et conditions pour une durée indéterminée.
Les sports de combat préparent leurs pratiquants à combattre un seul adversaire dans un lieu précis à un moment donné pour une durée déterminée.

Il existe de nombreux autres exemples mais leur énoncé n'apporterait pas beaucoup plus. Les bujutsu sont le produit d'un monde brutal ou la possibilité d'un affrontement mortel était réelle. Les kakutogi sont le fruit d'une société pacifiée où l'on cherche à contenir la violence dans des limites socialement acceptables.


Kakutogi, Hubert Chas et Tamaki Léo


Une comparaison de leur efficacité?

Il n'est pas question de juger ici de la valeur de telle ou telle pratique. Si ma recherche m'a amené aux budo et bujutsu j'ai longtemps pratiqué avec plaisir les sports de combats qui demandent un investissement et des efforts qui ne leur sont en rien inférieurs. Toutefois il convient de ne pas se méprendre sur le but et le travail développé dans ces disciplines respectives.

Aujourd'hui lorsque ces groupes de disciplines sont comparées le principal débat concerne généralement "l'efficacité", sous-entendu en combat. Au-delà de l'aspect puéril qui motive généralement cette comparaison, le débat est faussé car le but est fondamentalement différent. Ces pratiques répondent à des situations diamétralement opposées comme les exemples ci-dessus l'ont démontré. Un maître de bujutsu aura ainsi peu de chances de l'emporter contre un champion de sports de combats s'il respecte les règles dans lesquelles celui-ci évolue, tandis que ce dernier n'aura quasiment aucune chance de survie s'il doit faire face à lui sur son terrain.

Des disciplines aux essences éloignées

Les kakutogis sont les descendants des bujutsu. Mais l'essence de ces disciplines est en réalité très éloignée et elles n'ont plus en commun qu'une vague ressemblance extérieure dans certaines formes techniques.
Aujourd'hui les sports de combats sont pratiqués en tant que loisirs tandis que les techniques martiales sont utilisées comme une voie spirituelle. Leurs buts sont différents ainsi que les moyens de les atteindre et par là les qualités qu'ils développent chez leurs pratiquants. La différence fondamentale réside à mon avis dans l'utilisation du corps qui use celui-ci dans les sports de combats, l'efficacité dans sa propre discipline déclinant alors rapidement dès que les premiers signes de l'âge apparaissent…


Ven 20 jun 2008 9 commentaires
Salut Léo,

J'adore lire tes articles sur les différences entre les arts martiaux et sports de combat, j'avais moi même assez de mal à les différencier par le passé.

J'ai fait le sens inverse de ta pratique, je suis passé des Budo aux Kakutogi. J'essai toujours de garder ma pratique la plus martiale possible, que ce soit par les gestes, l'attitude sur les tatamis et ne pas abandonner dès que cela devient difficile.

Finalement on pourrait dire que le Judo est devenu un kakutogi dès qu'il y a eu des compétitions, de même pour le Karate Shotokan, le Kendo etc... Seul l'Aïkido est resté un Budo à mes yeux.

La photo "Kakutogi, Hubert Chas et Tamaki Léo" a été prise au Dojo de la Montagne ? Les pionniers du MMA en France avec Akio ;) Une époque que j'aurais bien voulu connaitre, je me contente d'étudier sous la direction de ces pionniers.

Cyril
Cyril Valeyre - le 24/06/2008 à 11h08
Salut Cyril,

Bon c'est simplement une tentative d'éclaircissement parce qu'effectivement je crois que beaucoup de choses sont souvent confondues.

Pour ton attitude martiale je n'ai aucun doutes ;-)

Je ne suis pas sûr que l'introduction de la compétition ait immédiatement transformé le Judo en kakutogi. Les premiers pratiquants devaient comprendre la place et l'utilité de la compétition. Mais les nouveaux venus n'ont probablement pas réussi à comprendre le statut d'outil de la compétition...

Je ne sais plus où a été prise la photo avec Hubert mais elle date oui ;-)
C'est vrai qu'on était comme des fous quand on a vu arriver les premières vidéos de l'UFC! Que de bons souvenirs :D

Amicalement,

Léo

Tamaki
Bonjour Leo,

C'est un plaisir de te ré-écrire et de lire tes derniers articles et péripéties via Budo no Nayami.

J'avais déjà lu cet article dans Dragon mais le lire de nouveau permet de bien éclaicir personnellement certains points et de forcer sa réflexion.

Pour répondre à Cyril. Le karate shotokan un kakutogi??? C'est une hérésie. Effectivement il ne s'agit pas d'un bujutsu mais il reste fondamentalement un budo. Maintenant tout est question de "comment tu te places dans ta pratique."

Oui effectivement si ton but est la compétition, le karaté est un kakutogi mais tu passeras à côté de tant de choses à approfondir. C'est en ce sens que le karaté reste pour moi un budo. Voie de l'accomplissement pour celui qui le pratique avec introspection et humilité. J'imagine que pour le Kendo c'est la même chose.

Il est vrai que le côté attractif de ces arts martiaux reste la partie visible et populaire de l'iceberg: les tournois et autres open, car dans notre monde où tout marche sur le visuel et le système pécunier il a bien fallu à ces arts trouver une voie de subsistance pour ne pas tomber dans l'oubli, au risque d'usurper l'essence même de la pratique. Peut-on réellement leur en vouloir??? Sans celà le projet d'implantation des budo dans le monde serait mort dans l'oeuf.
Mais c'est grâce à cet aspect que dans l'ombre d'autres personnes peuvent continuer à travailler avec les moyens nécessaires mis à leur disposition par les collectivités locales.

La France et dans une plus large mesure l'Europe n'est pas le Japon. Le dojo, le travaille sur soi, l'introspection, le zen etc... sont des cultures qui nous étaient totalement étrangères et jamais en France tu ne trouveras un petit dojo qui tourne sur ses propres petits fonds avec un maitre et ses disciples qui vivent pour leur pratique. Ce n'est tout simplement pas dans l'esprit de la majorité des gens et toute tentative de ce genre aurait été de suite assimilée à une secte ou groupuscule.

J'en reviens donc à ma déduction que dans un sens les kakutogi et leur forme d'expression publique ont permis le développement et l'encrage de ces merveilleux arts martiaux venus d'Asie.

Je me fais peut-être l'avocat du diable et je ne veux absolument pas passer pour un partisan de ces pratiques. Bien au contraire mais il faut bien reconnaitre qu'elles apportent leur contribution. Ensuite il restera je pense toujours des minorités intéressé pour s'aventurer dans les profondeurs et les richesses que recèlent ses arts et tant qu'il y en aura le Budo vivra encore de belles heures.

J'espère avoir été claire. Léo comme d'hab' j'attend ton commentaire toujours le bienvenu et instructif pour ma recherche personnelle.

P.S: ton post sur le stage à Bras chez Tamura senseï me donne vraiment l'envie de connaitre un jour j'espère cette immense personne.
Sinon je viens de passer mon 1er kyu d'Aîki avec l'autorisation de porter le hakama. J'en suis vraiment très fier et reconnaissant vis-à-vis de mon enseignant surtout qu'il m'a attribué le grade alors que je n'étais que 4e kyu. Par reconnaissance je vais rester dans ce dojo encore un peu alors que j'avais dans l'intention d'en changer pour pratiquer un peu plus et d'agrémenter ma pratique du Iaido. ce n'est que partie  remise. J'en profite d'ailleurs pour glisser le site web du dojo par gratitude et pour ceux que ça intéresse.

Bien amicalement
Shotokan - le 27/06/2008 à 13h57
Bonjour Shotokan,

Merci pour ton post et la lecture ;-)

L'article visait à éclaircir un peu les différentes pratiques qui sont souvent confondues dans le grand public. Maintenant le problème est qu'avec leur multiplication et le lissage dû au partage de l'information les disciplines sont de plus en plus protéiformes. Avec les redécouvertes, évolutions, créations plus ou moins avouées on entre dans une époque où les classifications perdent souvent leur sens. D'autant plus lorsque des enjeux financiers sont présents et que certains enseignants essayent de plaire à tout le monde en gommant certains aspects trop marqués de leur pratique et en en développant d'autres qui ne font parfois pas partie de leur discipline à l'origine…

Excepté en Judo où Kano le fit dans un objectif éducatif (malheureusement vite dévoyé), c'est la volonté de développer une discipline qui a généralement présidé à l'introduction de la compétition.
Nakayama qui le fit en Karaté a d'ailleurs toujours mesuré les dangers de cette pratique et il semble qu'il s'est demandé jusqu'à son dernier souffle s'il avait bien fait. Le système qu'il avait créé pour le Shotokan me semble excellent… pour des pratiquants avancés. Malheureusement comme en Judo les compétiteurs ont eu tôt fait de changer leur pratique et de tirer avantage des règlements…

Le Shotokan me semble être à la croisée des budo et kakutogi, seul le choix de l'enseignant faisant la différence. Pour moi il est indéniable que son principal intérêt est sa pratique en tant que budo mais malheureusement ce n'est pas toujours, loin de là, en tant que tel qu'il est pratiqué. De même pour le Kendo.

Doit-on accepter le côté spectaculaire et parfois mercantile pour préserver une pratique authentique? Si cela fonctionnait je dirai oui bien évidemment. Malheureusement la manne financière n'est jamais redistribuée. L'argent que les fédérations de Judo ou Karaté gagnent ne sert pas à développer la pratique traditionnelle, où uniquement lorsqu'elle est en vogue afin de récupérer des licences supplémentaires.
La pratique martiale traditionnelle est pour moi généralement antinomique des objectifs d'une fédération dont le but est son propre développement. Une ligue doit-elle choisir un expert intervenant en fonction du nombre de stagiaires qu'il va déplacer, parfois simple reflet de sa médiatisation? Oui. C'est dans sa logique de fonctionnement. Les comptes doivent être équilibrés, il y a parfois aussi des impératifs de nombre comme en Aïkido ou deux fédérations se disputent les pratiquants, etc… Un président de ligue qui agirait autrement serait indigne des responsabilités qui lui ont été confiées.
Est-ce dans l'intérêt de la discipline? Pas toujours…

Quand aux collectivités locales, cesseraient-elles de mettre leurs locaux à disposition si les compétitions cessaient ou que leur importance diminuait? Je ne pense pas.

La France n'est pas le Japon mais la très large majorité des experts japonais que j'ai rencontrés sont plus que pessimistes sur l'avenir des arts martiaux dans leur pays. Il faut bien comprendre qu'aujourd'hui les japonais dans leur large majorité ne s'intéressent pas du tout aux pratiques martiales et qu'ils sont extrêmement occidentalisés ou plutôt américanisés (pire?).
Au sujet de l'esprit "zen", les japonais qui pratiquent le font souvent beaucoup plus "simplement". A côté de chez eux, pour la santé ou se détendre. Ils sont loin de la quête austère que l'on imagine.

Quand aux petits dojos il y en a peu en France effectivement. Cela est en partie dû aux prix très peu élevés des cotisations mais j'aborderai le sujet ultérieurement plus en détail.

Les kakutogi ont probablement permis à quelques pratiquants de s'orienter sur une autre recherche mais je crains que cela soit plus l'exception que la règle. Peu d'adeptes de boxe thaïe ou MMA viennent peupler les dojos d'Aïkido ou de Kyudo (même si cela arrive).

J'espère que tu croiseras un jour la route de Tamura senseï car c'est effectivement quelqu'un d'exceptionnel.

Félicitations pour ton 1er kyu! Je suppose que ton enseignant a désiré te motiver et récompenser ton investissement et tes progrès. Bonne pratique!

Amicalement,

Léo


Tamaki

Bonjour tout le monde,

 

 1 Le fait de ne pas forcément tuer son agresseur a été incorporé au bujutsu a partir de quelle époque ?

 

 2  Combien de gens résolvent une agression avec leur technique martiale « pour pas se payer la honte de s’être fait battre » alors que l agression n’était pas si dangereuse ? Combien l’ont utilisé car il n’y avait pas de témoins et que c’était la seule chance de survie ? Combien on été dans ce dernier cas cité alors qu’ils n en n avaient jamais auparavant « rêvé «  un jour ? Combien n’excluent pas la possibilité de se retrouver un jour dans cette situation mais en faisant justement « ce qu’il faut et qui est en leur pouvoir » pour que ça n’arrive jamais ?

 

Mais aussi combien cherchent a faire leurs preuves dans une agression afin de se mettre en valeur  et donc seront plus ou moins  a l’affût d’une occasion? (optique que l’on peut probablement qualifier d’«égotique » ou de « paranoiaque » )

 

Je suppose qu’il doit être possible de développer une certaine éfficacite bujutsu sans jamais être allé dans une agression létale, non ???

 

 3 Et-ce pour ces raisons, et en raison de l’évident intêrêt culturel  des bujitsu (mais aussi des « transformations » psychomotrices » de la pratique) que tu as parlé de son aspect spirituel?

 Au fond, un pratiquant de bujitsu qui de nos jours ne chercherait pas à aller se battre à tout prix, pratique t-il, d’une certaine manière, une approche « budo » ? (je ne nie pas le coté spirituel existait déjà bien avant les budos, évidemment..)

 

4 Au sujet de l efficacité technique :

A quel point était/est-il développé le fait de savoir répérer les difficultés techniques possibles et les possibles mises en échec de nos propres critères techniques par d’autres « codes techniques » ? L enseignement de cette forme d efficacité est fait ouvertement ou alors de façon sous jacente dans les bujutsu à un certain niveau ? Le principe d’ »adaptabilité » dans les arts traditionnels va/allait-t il jusqu'à englober tout cela ?

 

 J arrête la sinon on risque de tout mélanger…

 

Amicalement

Benoit

benoit bertin - le 27/06/2008 à 20h02

Bonjour Benoît,

 

1 Le fait de ne pas tuer son agresseur ne fait pas partie de l’enseignement des bujutsu que je connais. Il s’agit plus à mon avis de la démarche d’individus tels que Yagyu Muneyoshi ou Miyamoto Musashi qui à la fin de leur vie défaisaient leurs ennemis sans les tuer.

Mais je crois que l’on peut dire que cet esprit de clémence devait exister bien avant eux, mais surtout qu’il n’est viable que s’il existe une différence de niveau importante. Il ne me semble d’ailleurs pas que cela soit un des enseignements de base de leurs écoles…

 

La philosophie de l’Aïkido est pour moi la véritable révolution dans la mesure où elle est le fondement de la discipline. Mais pour être tout à fait sincère je crois que cela ne pouvait naître que dans un monde où les risques de confrontations mortelles à mains nues ou à l’arme blanche étaient quasiment inexistantes. Cela en fait une parfaite discipline d’éducation de l’homme, le budo par excellence.

 

2 Pouvoir répondre à une agression de façon mesurée demande un véritable "niveau". J'aborderai le sujet à l'occasion car ça m'est arrivé plusieurs fois.

Quand au fait de vouloir se "tester" ça m'arrivait effectivement souvent par le passé. Cela explique d'ailleurs probablement pourquoi je me suis battu certaines fois. Si je conviens que c'est puéril je dois avouer que ce sont des expériences que je ne regrette pas. Mais on sort clairement du cadre de l'esprit du budo.

 

Il est bien évidemment possible de développer une efficacité en bujutsu sans vivre une agression mortelle. C'est d'ailleurs le cas de Kuroda senseï. Mais c'est un fait qui était bien plus rare dans le passé. Même sans aller jusqu'à une confrontation à mort d'ailleurs, il est tout à fait exceptionnel aujourd'hui que des dojo yaburi aient lieu.

 

3 Je n'ai cherché dans l'article qu'à donné quelques points de comparaisons permettant de différencier des pratiques. Les bujutsu sont pour moi des pièces de musée. Je ne pense pas qu'ils soient destinés à toucher un grand public et c'est très bien ainsi, leur pratique étant très contraignante.

Malheureusement notre époque tend à voir se développer les kakutogi alors que ce sont les budo dont nous aurions besoin…

 

Effectivement les bujutsu peuvent modifier l'utilisation du corps de façon efficace. Mais ces enseignements peuvent aussi être transmis dans les budo. Ils sont nés de la nécessité de survivre dans les bujutsu et malheureusement la disparition de la cause de leur naissance a précédé de peu leur disparition quasi-totale…

 

Un pratiquant de bujutsu, même par le passé, devait probablement chercher à éviter le combat autant que possible, ne s'y livrant volontairement que de manière très réfléchie. La transformation en budo tient plus au but de la pratique: -efficacité martiale en bujutsu, -méthode d'auto-éducation en budo.

Mais les comportements pouvaient être les mêmes même si le but final de la pratique différait.

 

 4 Excuse-moi je ne comprends pas bien le point 4…

Ce que je peux dire est qu'au final la technique n'est qu'un moyen. Dans le combat il est illusoire de penser que la technique sera appliquée telle quelle. La pratique nous sert à modifier l'utilisation de notre corps et à nous libérer. En allant à l'extrême, toute attitude identifiable est source de faiblesse…

C'est ce que dit Kuroda senseï dans son interview je crois:

Les Ryugi, Ryu-ha présentent des différences au niveau de la forme et des gardes et c'est naturel. Mais que l'on puisse reconnaître en voyant quelqu'un bouger qu'il est de telle école est plus un défaut ou une mauvaise habitude. Ce n'est pas le genre de chose sur lequel on peut miser sa vie...

Les mouvements doivent être mushu mushoku, inodores et incolores.

 

Les systèmes techniques reposent bien sûr sur une logique. Mais leur enseignement profond dépasse de loin leur possible application en combat…

 

Amicalement,

 

Léo

 

Tamaki
Bonjour Leo,

Merci pour ta réponse. Ton expérience martiale et ta présence au Japon est réellement une source de rêve, d'inspiration et de connaissance pour moi mais je pense pour bien d'autres aussi.
Je voulais également te demander si t'as eu déjà le loisir de croiser la route de sensei Kenji Tokitsu. Je lis actuellement ses articles sur sa recherche très profonde du Budo et j'ai eu également le l'occasion de lire certains de ses livres.
Il s'agit d'une personne riche en enseignement et si tu as l'occasion un jour de l'interwiever pour Dragon, ton article me ferait grand plaisir car je crois qu'il a beaucoup de choses intéressantes à communiquer au public sur sa recherche et sa pratique. 

Je te mets en lien, pour ceux intéressés, son site internet (si tu ne le connais pas déjà)
www.tokitsu.com

Au plaisir d'avoir de tes nouvelles :-)
Shotokan - le 03/07/2008 à 10h27
Bonjour Shotokan,

Merci pour ton message.

J'ai commencé à me pencher sur des aspects dépassant la pratique par hasard mais cela m'a ouvert des horizons concrets dans l'entraînement.
Partager le peu que j'en saisis avec des passionnés est un plaisir.

Je n'ai jamais croisé Tokitsu senseï, en revanche j'ai beaucoup lu ses écrits avec énormément d'intérêt. Si je ne peux donc m'avancer sur sa pratique je dois dire que ses réflexions ont alimenté les miennes.
Le rédacteur en chef de Dragon m'a demandé d'interviewer les maîtres japonais vivant en France dans un avenir proche et il a notamment mentionné Tokitsu senseï. S'il accepte de me recevoir ce sera une interview que j'ai hâte de réaliser.

Amicalement,

Léo
Tamaki
article tres intressant qui met bien en valeur les différences entre les différentes voies.

Je trouve cela pertinent car je doute moi meme de mon efficacité lors d'une situation qui nécessite les arts martiaux comme maniere de résolver le probleme. Surtout que l'aikido , aux yeux des non inités n'est bien souvent qu'une danse martiale.

Bref cet article apporte des éclaircissements.
Ced - le 01/08/2008 à 21h43
Bonjour Ced,

Je crois comprendre que vous pratiquez l'Aïkido.

Même si la self-défense est loin d'être son but premier la pratique de l'Aïkido m'a permis de développer énormément mon efficacité dans une discipline aussi éloignée par exemple que le Karaté Kyokushinkaï. Au-delà des techniques la discipline offre à mon avis beaucoup...

Cordialement,

Tamaki Léo

Tamaki

MERCI pour l'article sur Kondo Katsuyuki.Pratiquant la boxe des Lamas Tibétains,j'ai parfois du mal à relier les 30 formes entre elles(la dernière expliquant la première,votre article fait le lien et c'est la notion universelle qui est la base de tout).Néanmoins,la transmission du savoir est vitale,c'est pourquoi j 'ai du mal avec cette notion tant Japonaise que Chinoise de cacher de peur qu'elle ne soit volée.Mais MERCI encore

el-melik christophe - le 11/09/2008 à 15h56
Cher Christophe,

Merci pour votre message. Si les paroles de Kondo senseï ont trouvé un écho dans votre pratique j'en suis heureux.

Quand au côté caché de la transmission, il faut pour pouvoir transmettre qu'il y ait en face quelqu'un qui puisse et veuille recevoir. En ouvrant l'enseignement à tous on prend le risque, surtout aujourd'hui, d'être submergé de dilettantes. Le véritable disciple fera les efforts nécessaires...

Tamaki Léo

Tamaki
Bonjour tout le monde.
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire tes explications Léo ainsi que tous les commentaires.
Je suis tout à fait d'accord sur le fait que le but n'est pas du tout le même entre le budo et les kakutogi. Pour ma part je dirais que les deux sont en quelque sorte opposés. Je m'explique, à mon avis les sports de combats permettent une grande efficacité assez rapidement (tout dépend du pratiquant bien sûr) mais, l'âge arrivant il est difficil de continuer. Alors qu'à l'inverse, pour le budo, ce n'est pas parce qu'on pratique depuis quelques années que l'on est capable d'appliqué nos techniques lors d'une attaque. Il est très long d'ancré nos techniques au plus profond de nous même pour être "automatique". Mais le budo s'inscrit dans la longévité, l'âge ne changeant pas grand chose (juste quelque modification de la pratique) Voilà mon sentiment.

Concernant ma pratique personnelle, j'ai la chance d'être tombé sur un art martial traditionnel, sans compétition, le plus proche possible du budo. C'est le kutemichi bun bu ryo do. Oui je sais vous ne connaissez pas (réaction de tout le monde à qui j'en parle), en fait c'est du karaté shotokan, mais travaillé différemment, avec certaines techniques spécifique, certains kata spécifique.... Nous travaillons également les armes traditionnelles telle le katana, le bokken, le bo..... Ce n'est pas beaucoup développé, seulement une petite dizaine de dojo, tous dans la région lyonnaise.
Autre petit détail, non martial mais qui je trouve ajoute une touche particulière, c'est que l'on est baptisé d'un nom japonais (basé sur notre personnalité) par notre senseï quand on passe shodan.

Voilà je vous donne le lien de ma page youtube si vous voulez voir de quoi il s'agit (un site officiel est en préparation)
http://fr.youtube.com/user/x1988

Si vous avez des questions concernant mon art, ou autre, n'hésitez pas, ce sera avec plaisir.
martialement

à bientot
guillaume - le 25/09/2008 à 20h08
Bonjour Guillaume,

Merci pour ton très sympathique commentaire.

Je suis globalement d'accord avec toi sauf en ce qui concerne la recherche d'automatismes. Je crois aujourd'hui que plus qu'une réponse stéréotypée il faut chercher une spontanéité et une liberté dans un mouvement juste.

Cordialement,

Tamaki Léo
Tamaki
Bonjour,
Je me suis mal expliqué en fait je crois. Je ne voulais pas parler de réponses stéréotypées. Ce que je voulais dire, c'est qu'à force de répétitions les gestes (blocage par exemple) deviennent "automatique", c'est à dire que ce n'est plus l'esprit qui va réfléchir comment le faire mais le corps qui fait, c'est ancré. C'est la tête qui décide de faire tel ou tel blocage lors d'une attaque, mais ensuite l'exécution se fait sans réfléchir. Après c'est sûr qu'il faut être "inventif" tout en respectant les techniques.

à bientot
guillaume - le 02/10/2008 à 14h05
Bonjour Guillaume,

Non non, tu étais très clair et c'est ce que je pensais que tu voulais dire. Sans doute est-ce moi qui fut obscur ;-)
En fait je crois qu'après que les gestes techniques soient devenus des automatismes se trouve une étape ou le geste s'adapte instantanément et parfaitement à l'attaque. Tous les individus étant uniques chaque attaque l'est aussi. Un geste travaillé au dojo contient donc une certaine forme de stéréotype qui au plus haunt niveau, "Takemusu Aïki en Aïkido, disparaît...

Amicalement,

Tamaki Léo
Tamaki
Bonjour,
Effectivement c'est toi qui était obscur :P
J'ai compris ton point de vue, et j'adhère :D

à bientot
guillaume - le 03/10/2008 à 14h36
;-)

Léo
Tamaki