TsubakiJournal
Je vais aborder ici la notion de Do qui est essentielle à tous les pratiquants d'arts martiaux ainsi qu'à ceux qui suivent une voie
traditionnelle. Mais avant de commencer je voudrais donner quelques précisions sur les kanjis.
"Do" par Ueshiba Moriheï
漢字 les kanjis
Le japonais s'écrit à l'aide de trois types d'écritures, les katakanas, les hiraganas et les kanjis. Les deux premiers sont des syllabaires tandis que le dernier est composé de logogrammes qui se répartissent en idéogrammes et pictogrammes. On emploie toutefois généralement le terme idéogramme pour traduire le mot kanji, 漢字, écriture des Han.
Les japonais ont intégré le système d'écriture chinois entre le 5ème et le 7ème siècle. Et à partir du 9ème siècle le Japon enverra régulièrement des délégations principalement constituées de bonzes pour étudier la culture chinoise, notamment ses idéogrammes.
A partir du 10ème siècle les échanges entre les deux pays s'intensifieront jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent au début du 13ème. Durant toute cette période il eut environ une expédition tous les dix à vingt ans.
A cette époque la Chine était composée de treize régions entourées d'une quarantaine de royaumes barbares qui l'envahissaient régulièrement. Et la langue chinoise évoluait au fil de ces guerres et conquêtes successives. La prononciation et le sens des idéogrammes changeaient ainsi peu à peu et les délégations revenaient de leurs voyages d'études avec une compréhension différente des kanjis. Cela finit par créer une polémique au Japon qui finit par ne plus envoyer d'expédition.
Aujourd'hui la prononciation des kanjis se divise en onyomi, lecture par le son, ou kunyomi, lecture par le sens. Difficulté encore corsée par le fait que certains caractères ont conservé plusieurs lectures au fil des évolutions successives de la langue chinoise.
道 se lit donc "michi" en kunyomi, et "do" ou "to" en onyomi, prononciation chinoise ancienne japonisée de cet idéogramme que l'on prononce aujourd'hui "tao" ou "dao" en mandarin…
道 Do, analyse d'un caractère
Do est un kanji composé de deux clés. La partie de gauche représente un carrefour et un pied tandis que celle de droite représente des cheveux et un œil, donc une tête.
Il s'agit donc d'une personne réfléchissant au chemin à prendre à un croisement ou du chemin qu'a décidé de prendre quelqu'un. Et la lecture kunyomi, michi, confirme cette idée de voie, chemin. Toutefois il serait simpliste d'arrêter l'analyse ici car les kanjis ont souvent un sens beaucoup plus vaste et c'est particulièrement le cas de do.
道 Do, analyse d'un concept
C'est Lao Tseu qui donnera un sens très fort au concept de do. Il emploiera ce terme pour désigner l'univers, le tout. Il explique que le tao n'a ni odeur ni mouvement visible mais qu'il est l'origine de tout. Dès lors le tao sera assimilé au ten, 天, le ciel.
Dans les premières lignes du Zhong Yong (Tchun Yan en japonais), l'un des Quatre livres classiques du confucianisme, Zi Si (Tsu Won) petit-fils de Confucius (Ko Shi) dit:
"La nature de l'homme est un décret du ciel
Suivre sa nature est la voie (do/tao)
Etudier la voie est l'éducation"
La notion de dieu personnalisé est quasiment absente dans la culture chinoise qui considère que notre nature d'homme et celle de l'univers ne font qu'un. Le problème deviendra alors de savoir si la nature de l'homme est fondamentalement bonne, mauvaise ou neutre…
Dans ce débat la thèse de Mencius deviendra fondamentale. Il défend le point de vue que l'homme est naturellement bon et que seules les circonstances l'empêchent de réaliser sa nature véritable. Dans un exemple célèbre il explique que lorsqu'un enfant tombe dans un puit même les pires criminels essayent instinctivement de le sauver.
Pendant longtemps en Asie l'éducation a été basée sur l'étude de principes moraux qui visait à amener l'homme à s'accorder aux parfaites lois de l'univers et l'étude des sciences telles que les mathématiques ne revêtait aucune importance. L'achèvement de l'homme résidait alors dans la connaissance de la voie. L'esprit même de Confucius pour qui un homme qui peut entendre le tao le matin peut mourir le soir…
Suga Toshiro, irimi nage, (uke Tamaki Isseï)
(photo Frédérick Carnet)
道 Do, analyse d'une pratique
合気道 est généralement traduit par la voie de l'union des énergies. Mais je pense que ce sens est très limité. Pour moi l'Aïkido est l'union de son ki à celui de l'univers. La pratique devient alors un chemin pour atteindre au tao et réaliser sa véritable nature d'homme.
Osenseï n'a pas laissé d'indications claires sur le choix des caractères et sans doute mon interprétation est-elle éloignée de son intention d'origine. Mais ce dont je suis certain c'est que l'Aïkido lui avait permis de comprendre l'univers et de se réaliser en agissant en harmonie avec lui…
Biographie de Suga Toshiro.
"Do" par Ueshiba Moriheï漢字 les kanjis
Le japonais s'écrit à l'aide de trois types d'écritures, les katakanas, les hiraganas et les kanjis. Les deux premiers sont des syllabaires tandis que le dernier est composé de logogrammes qui se répartissent en idéogrammes et pictogrammes. On emploie toutefois généralement le terme idéogramme pour traduire le mot kanji, 漢字, écriture des Han.
Les japonais ont intégré le système d'écriture chinois entre le 5ème et le 7ème siècle. Et à partir du 9ème siècle le Japon enverra régulièrement des délégations principalement constituées de bonzes pour étudier la culture chinoise, notamment ses idéogrammes.
A partir du 10ème siècle les échanges entre les deux pays s'intensifieront jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent au début du 13ème. Durant toute cette période il eut environ une expédition tous les dix à vingt ans.
A cette époque la Chine était composée de treize régions entourées d'une quarantaine de royaumes barbares qui l'envahissaient régulièrement. Et la langue chinoise évoluait au fil de ces guerres et conquêtes successives. La prononciation et le sens des idéogrammes changeaient ainsi peu à peu et les délégations revenaient de leurs voyages d'études avec une compréhension différente des kanjis. Cela finit par créer une polémique au Japon qui finit par ne plus envoyer d'expédition.
Aujourd'hui la prononciation des kanjis se divise en onyomi, lecture par le son, ou kunyomi, lecture par le sens. Difficulté encore corsée par le fait que certains caractères ont conservé plusieurs lectures au fil des évolutions successives de la langue chinoise.
道 se lit donc "michi" en kunyomi, et "do" ou "to" en onyomi, prononciation chinoise ancienne japonisée de cet idéogramme que l'on prononce aujourd'hui "tao" ou "dao" en mandarin…
道 Do, analyse d'un caractère
Do est un kanji composé de deux clés. La partie de gauche représente un carrefour et un pied tandis que celle de droite représente des cheveux et un œil, donc une tête.
Il s'agit donc d'une personne réfléchissant au chemin à prendre à un croisement ou du chemin qu'a décidé de prendre quelqu'un. Et la lecture kunyomi, michi, confirme cette idée de voie, chemin. Toutefois il serait simpliste d'arrêter l'analyse ici car les kanjis ont souvent un sens beaucoup plus vaste et c'est particulièrement le cas de do.
道 Do, analyse d'un concept
C'est Lao Tseu qui donnera un sens très fort au concept de do. Il emploiera ce terme pour désigner l'univers, le tout. Il explique que le tao n'a ni odeur ni mouvement visible mais qu'il est l'origine de tout. Dès lors le tao sera assimilé au ten, 天, le ciel.
Dans les premières lignes du Zhong Yong (Tchun Yan en japonais), l'un des Quatre livres classiques du confucianisme, Zi Si (Tsu Won) petit-fils de Confucius (Ko Shi) dit:
"La nature de l'homme est un décret du ciel
Suivre sa nature est la voie (do/tao)
Etudier la voie est l'éducation"
La notion de dieu personnalisé est quasiment absente dans la culture chinoise qui considère que notre nature d'homme et celle de l'univers ne font qu'un. Le problème deviendra alors de savoir si la nature de l'homme est fondamentalement bonne, mauvaise ou neutre…
Dans ce débat la thèse de Mencius deviendra fondamentale. Il défend le point de vue que l'homme est naturellement bon et que seules les circonstances l'empêchent de réaliser sa nature véritable. Dans un exemple célèbre il explique que lorsqu'un enfant tombe dans un puit même les pires criminels essayent instinctivement de le sauver.
Pendant longtemps en Asie l'éducation a été basée sur l'étude de principes moraux qui visait à amener l'homme à s'accorder aux parfaites lois de l'univers et l'étude des sciences telles que les mathématiques ne revêtait aucune importance. L'achèvement de l'homme résidait alors dans la connaissance de la voie. L'esprit même de Confucius pour qui un homme qui peut entendre le tao le matin peut mourir le soir…
Suga Toshiro, irimi nage, (uke Tamaki Isseï)(photo Frédérick Carnet)
道 Do, analyse d'une pratique
合気道 est généralement traduit par la voie de l'union des énergies. Mais je pense que ce sens est très limité. Pour moi l'Aïkido est l'union de son ki à celui de l'univers. La pratique devient alors un chemin pour atteindre au tao et réaliser sa véritable nature d'homme.
Osenseï n'a pas laissé d'indications claires sur le choix des caractères et sans doute mon interprétation est-elle éloignée de son intention d'origine. Mais ce dont je suis certain c'est que l'Aïkido lui avait permis de comprendre l'univers et de se réaliser en agissant en harmonie avec lui…
Biographie de Suga Toshiro.
Sam 12 jui 2008
4 commentaires
Bonjour Thomas,
Merci pour ton message.
Si après les avoir intégrés les japonais ont adapté à leur esprit et fusionné à leurs propres créations les apports chinois tant philosophiques que techniques, ceux-ci sont une des origines majeures des pratiques martiales japonaises.
Je ne m'avancerai pas trop à te répondre en lieu et place de Suga senseï car il aborde des sujets et des notions selon sa vision personnelle.
Je te donnerai simplement une possible réponse personnelle:
Notre ki et celui l'univers sont sans doute les mêmes. Mais notre incompréhension n'est-elle pas à l'origine d'un fractionnement de ce ki?
Résumer l'Aïkido à des "principes physiques, mécaniques, bref techniques" me semble une limitation énorme.
Les légistes sont un courant très intéressant, mais de même voir l'emploi de la notion de ki comme un "refuge" me semble une grande simplification. N'existe-t-il pas de choses que l'homme ne puisse concevoir ou comprendre sans les limiter?
L'emploi de termes mécaniques peut être utile mais leur utilisation excessive n'est-elle pas synonyme d'appauvrissement? N'y a-t-il pas autre chose que des lignes de force à prendre en compte?
Beaucoup de questions auxquelles je serai bien en peine de répondre.
Je t'invite à rencontrer Suga senseï si tu en as l'occasion. Bien mieux que moi il saura, et sera heureux de te répondre.
Tamaki Léo
Merci pour ton message.
Si après les avoir intégrés les japonais ont adapté à leur esprit et fusionné à leurs propres créations les apports chinois tant philosophiques que techniques, ceux-ci sont une des origines majeures des pratiques martiales japonaises.
Je ne m'avancerai pas trop à te répondre en lieu et place de Suga senseï car il aborde des sujets et des notions selon sa vision personnelle.
Je te donnerai simplement une possible réponse personnelle:
Notre ki et celui l'univers sont sans doute les mêmes. Mais notre incompréhension n'est-elle pas à l'origine d'un fractionnement de ce ki?
Résumer l'Aïkido à des "principes physiques, mécaniques, bref techniques" me semble une limitation énorme.
Les légistes sont un courant très intéressant, mais de même voir l'emploi de la notion de ki comme un "refuge" me semble une grande simplification. N'existe-t-il pas de choses que l'homme ne puisse concevoir ou comprendre sans les limiter?
L'emploi de termes mécaniques peut être utile mais leur utilisation excessive n'est-elle pas synonyme d'appauvrissement? N'y a-t-il pas autre chose que des lignes de force à prendre en compte?
Beaucoup de questions auxquelles je serai bien en peine de répondre.
Je t'invite à rencontrer Suga senseï si tu en as l'occasion. Bien mieux que moi il saura, et sera heureux de te répondre.
Tamaki Léo
Tamaki
Léo,
en lisant ton commentaire je me suis dit que tu savais poser les bonnes questions, chose qui me semble très importante.
Je viens ici pour dire que j'ai beaucoup aimé lire et réfléchir sur ces deux textes de Toshiro Suga que tu as publiés. Si un jour tu as d'autres textes de ce genre, ça m'intéresserait de les lire.
Amicalement
Benoit
en lisant ton commentaire je me suis dit que tu savais poser les bonnes questions, chose qui me semble très importante.
Je viens ici pour dire que j'ai beaucoup aimé lire et réfléchir sur ces deux textes de Toshiro Suga que tu as publiés. Si un jour tu as d'autres textes de ce genre, ça m'intéresserait de les lire.
Amicalement
Benoit
benoit bertin - le 20/08/2008 à 01h55
Cela ne dépend que de Suga senseï ;-)
Amicalement,
Léo
Amicalement,
Léo
Tamaki
salut Léo,
je suis très interessé par ces artictes mais j ai une defficulté pour les lire sur ecran ... pour moi ça demande beaucoup de concontration et a la fin j ai mal a la tete ..j aimerai donc les imprimer pour les lire ensuite tranquil .. est ce que c est possible? et ça sera toujour personel
merci
je suis très interessé par ces artictes mais j ai une defficulté pour les lire sur ecran ... pour moi ça demande beaucoup de concontration et a la fin j ai mal a la tete ..j aimerai donc les imprimer pour les lire ensuite tranquil .. est ce que c est possible? et ça sera toujour personel
merci
Hassan Moukhsil - le 23/02/2009 à 12h02
Cher Hassan,
Tu peux faire un ctrl C.
Amicalement,
Léo
Tu peux faire un ctrl C.
Amicalement,
Léo
Tamaki
merci beaucoup
Hassan Moukhsil - le 26/02/2009 à 00h40
Voila un article qui m'interesse car il soulève là un problème épineu selon moi, la relation entre les arts martiaux et les philosphies traditionnelles d'origines chinoises. Dans un premier temps, je voudrais juste rajouter quelque chose au sujet du Dao tel qu'il est perçu par Laozi, où plutot tels qu'ils sont perçus. En effet Laozi parle bien du Dao indicible, unique qui englobe toute chose de l'univers mais également d'un Dao "nomable". On retrouve ici toute la problématique Taoïste mais aussi Confucéenne de la "juste nomination" des choses. D'ailleurs, je crois qu'on peut faire un parrallèle intéressant avec l'antique notion de Qi qui elle aussi, comme le Dao, est à la foie l'énergie qui circule dans l'ensemble de l'univers, donc invisible, mais aussi la forme "condensé" qui donne naissance à la matière.
A partir de ce moment là et on admettant ce "paradoxe" intrinseque à ces notions, comment l'aikido pourrait être "l'union de son ki avec celui de l'univers" si ce ki en question est de toute facon le même.
En toute honneteté, je ne connais pas grand chose à l'aikido mais en tant qu'art martial qui, semble-il, se base essentiellement sur la notion de déséquilibre, ne pourrait-on pas dire simplement que la voie ( le dao) pour comprendre l'art martial se trouve "simplement" dans des principes physiques, mécaniques, bref techniques.
Il existe une école de pensée en Chine qu'on nomme les Légistes ( qui ont connues certes moins de succès dans l'histoire que leurs compagnons Taoistes, Bouddhistes ou Confucanistes). Cette "école" de pensée donc, qui est tout de même à l'origine de l'unité chinoise des Qin, avait également une vision du Dao interessante. Selon elle, le Dao ce n'était que suivre la forme des choses réelles. Ils excluaient ainsi "l'indicible" qui n'était pour eux qu'une forme de refuge pour expliquer ce qu'on ne comprenait pas (globalement). Ainsi donc si aujourd'hui la science explique les phénomènes d'oppositions de forces, de forces centrifuges et autre principes inhérants aux arts martiaux, pourquoi devrions nous continuer à nous "réfugier" dans des principes "mystiques" ?
Voila c'était juste une petite idée de ma part qui comporte sans doute son lot d'illogismes et qui ne prétend pas à la vérité, mais ca me trottait dans la tête depuis un moment... ;)